

Colloque international 2027 de la SIÉFAR : « Natur·Elles. Quand les femmes observent, questionnent et mettent en forme la nature (Moyen Âge–Époque moderne) »
Colloque international 2027 de la Société Internationale
pour l’Étude des Femmes de l’Ancien Régime
Appel à communication
Les critiques féministes de la modernité occidentale ont très tôt interrogé l’articulation entre domination des femmes et exploitation de la nature. Depuis Françoise d’Eaubonne, qui forgea en 1974 le terme d’« écoféminisme », et Carolyn Merchant, dont l’ouvrage The Death of Nature (1980) a mis en lumière les métaphores genrées de la science moderne, les jalons sont désormais bien identifiés. Ces travaux ont montré combien la naturalisation des hiérarchies sociales s’est appuyée sur des analogies entre féminité et nature. À ces travaux portant sur l’écoféminisme s’ajoutent diverses réflexions concernant le postcolonialisme écocritique qui envisage la manière dont une domination de type colonial bouleverse à la fois les populations et l’écosystème. La jonction de ces deux champs, perceptible chez Jennifer Munroe et Rebecca Laroche (Ecofeminist Approaches to Early Modernity, 2011), s’accompagne désormais d’une visibilité plus grande des femmes dans la production des savoirs sur la nature, dont le volume publié par le Muséum national d’Histoire naturelle (Serge Reubi, Savanturières, 2025) porte témoignage.
Alors que plusieurs projets scientifiques tendent aujourd’hui à réévaluer la place des femmes dans la description, la gestion de la nature, et la production de savoirs sur cette même nature, la SiÉfar entend apporter sa contribution à cette « visibilisation » des femmes à partir des domaines d’étude (France et espaces francophones), des champs d’analyses (littérature, histoire, histoire de l’art) et de la durée historique (Moyen Âge, Époque moderne) qui caractérisent ses travaux.
Ce colloque entend explorer le rapport des femmes à la notion de « nature » dans un sens large : le minéral, le végétal, le paysage entendu comme espace vécu, représenté et aménagé. La question du monde animal pourra être envisagée, sans constituer un axe exclusif. Parmi les questionnements à l’origine de ce colloque, quatre ont retenu l’attention :
- Comment les femmes écrivent-elles, questionnent-elles, figurent-elles et mettent-elles en forme la nature – réelle ou imaginaire ?
- Comment les outils heuristiques issus de l’histoire des femmes et de l’écocritique permettent-ils de repenser les manières de voir, d’écrire et de représenter la nature par les femmes, tout en prenant garde à ne pas verser dans l’essentialisme ?
- Comment la place accordée ou refusée aux femmes permet-elle de penser la place accordée ou refusée à la nature, et inversement ?
- Quelles singularités et évolutions la longue durée permet-elle de mettre en lumière ?
Différents axes d’étude, non exhaustifs, peuvent être privilégiés dans la perspective du colloque, ouvert à tous les types de corpus (littéraire, philosophique, scientifique, historique, rhétorique, socioculturel, artistique), à des démarches disciplinaires et transdisciplinaires, et à des études de cas comme à des essais de synthèse.
Les approches pourront, sans exclusive, porter sur les entrées suivantes :
- La représentation de la nature dans les œuvres produites par des femmes (poésie, roman, récit de voyages, Mémoires, gravures, estampes, peintures, sculptures, etc.) ;
- La description de la nature à des fins pratiques, expérimentales, théoriques dans les écrits d’autrices ;
- La participation des femmes à la construction des savoirs médiévaux et modernes sur la nature ; leur place dans les réseaux savants ;
- La déconstruction de l’invisibilisation des savoirs féminins sur la nature : retrouver les femmes effacées de la production du savoir naturaliste ;
- L’analyse du travail artistique et de la place sociale des peintresses dans le développement des « natures mortes » ;
- Le rôle et la place de la nature dans la peinture (écrite ou figurée) de soi ;
- Le rôle des femmes dans l’anthropisation de la nature.
Ce colloque sera l’occasion de mettre en avant des productions féminines méconnues ou inédites, en lien avec le sujet choisi, ou des figures de femmes oubliées, qui se sont illustrées par leur réflexion sur la nature ou l’usage fait d’une composante naturelle (herbes, plantes, fruits…).
Enfin, en conformité avec les statuts de la SIÉFAR, ce colloque doit développer un champ d’analyses relatif à la France, à des espaces francophones ou à des protagonistes d’expression francophone. Cette démarche n’empêche toutefois pas les approches comparatistes.
Les propositions (titre et résumé d’environ 300 mots, accompagnés d’une brève notice bio-bibliographique) sont à envoyer avant le 1er novembre 2026 à l’adresse suivante : colloquesiefar2027@gmail.com. Après évaluation par le comité scientifique, les réponses seront communiquées dans la seconde moitié du mois de décembre 2026.
Comité d’organisation :
Marie-Christine Payne
Ghislain Tranié
Bibliographie :
Calafat, Guillaume, « 1768 Jeanne Barret découverte à Tahiti », Romain Bertrand (dir.), L’exploration du monde. Une autre histoire des Grandes Découvertes, Paris, Seuil, 2023 [2019], p. 339-343.
Champion, Tori, « Pazienza e diligenza: Early Modern Women Artists in the Genre of Natural History », Consuelo Lollobrigida et Adelina Modesti, Women in Arts, Architecture and Literature : Heritage, Legacy and Digital Perspectives, Turnhout, Brepols, 2023, p. 287-301.
Chevalier, Oriane, « Jeanne Barret, Hester Stanhope et Alexandra David-Néel : Les exploratrices au prisme du passing », TRANS-, n° 29, 2024.
URL : http://journals.openedition.org/trans/9058
Daston, Lorraine et Park, Katharine, Wonders and the Order of Nature 1150-1750, New York, Zone Books, 1998.
Devine, Maureen, Woman and Nature: Literary Reconceptualizations, Metuchen (N.J.), London : The Scarecrow Press, 1992.
Griffin, Susan, Woman and Nature: The roaring inside her, San Francisco : Sierra club books, 1978.
Hildegarde, Physica : le livre des subtilités des créatures divines : les plantes, les éléments, les pierres, les métaux, les arbres, les poissons, les animaux et les oiseaux, Grenoble, Nouvelle éd., Jérôme Millon, coll. « Atopia », 2019.
Marder, Michael, « Pour un phytocentrisme à venir », Philosophie du végétal, Hiernaux, Quentin, Timmermans, Benoît (éd.), Paris, Vrin, 2019, p. 115-132.
Merchant, Carolyn, La Mort de la nature. Les Femmes, l’Écologie et la Révolution scientifique, Marseille, Éditions Wildproject, 2021 [1980].
Moulinier-Brogi, Laurence, Ducos, Joëlle, Boudes, Yoan, et al., « La culture des plantes au Moyen Âge. Hildegarde de Bingen, une femme au savoir précurseur », Le Courrier de la Nature, n° 324, 2020, p. 40.
Munroe, Jennifer et Laroche, Rebecca (dir.), Ecofeminist Approaches to Early Modernity, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2011.
Paoli, Marie-Lise, L’imaginaire au féminin : du liminal à l’animal…, Pessac : Presses Universitaires de Bordeaux, 2018.
Pépy, Émilie-Anne, « Les femmes et les plantes : accès négocié à la botanique savante et résistance des savoirs vernaculaires (France, xviiie siècle) », Genre & Histoire [En ligne], n° 22, Automne 2018. URL : http://journals.openedition.org/genrehistoire/3654
Reubi, Serge (dir.), Savanturières. Une histoire naturelle au féminin, Paris, Muséum d’histoire naturelle, 2025.
Seguin, Maria Susana, « Les femmes et les sciences de la nature », Dix-Huitième Siècle, n° 36, 2004, p. 333-343.
Shteir, Ann B., Cultivating Women, Cultivating Science: Flora’s Daughters and Botany in England, 1760 to 1860, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 1996.
Tyers, Theresa L. et Skinner, Patricia, Gender and the ‘Natural’ Environment in the Middle Ages, Swansea, University of Wales Press, 2023.
Vakoch, Douglas A., Feminist Ecocriticism: Environment, Women and Literature, Lanham, Plymouth, Lexington Books, 2012.
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