Passer au contenu principal

À vive allure. Valeurs, pratiques et poétiques de la vitesse dans le roman français du 18e siècle

Colloque international, 4-5 novembre 2027 

Université Sorbonne-Nouvelle / Sorbonne Université 

Depuis quelques décennies, la vitesse fait l’objet d’un regain d’intérêt de la part des spécialistes du genre narratif.

Gérard Genette s’est le premier intéressé à la vitesse du récit, qu’il définit comme « le rapport entre une durée (celle de l’histoire […]) et une longueur : celle du texte, mesurée en lignes et en pages[1] ». Cette vitesse se situe sur une échelle allant de celle, minimale, de la pause, à celle, quasiment infinie, de l’ellipse, en passant par la scène et le sommaire. Indirectement, le volume textuel permet d’approcher une autre vitesse, rigoureusement inconnaissable : celle de la lecture[2]. À ces deux vitesses, du récit et de la lecture, nous ajoutons celle de l’écriture, pour tenter d’examiner les interactions entre ces trois dimensions du tempo du texte narratif, dimensions qui ne sont pas forcément convergentes.

Les renouvellements en matière de narratologie complexifient l’analyse de la vitesse en invitant à prendre en compte d’autres paramètres, tels que la dynamique de la « mise en intrigue » et les effets d’accélération liés à la « déclivité[3] », les projections des lecteurs et leur révision dans des approches inspirées des sciences cognitives[4], ou encore la segmentation matérielle du texte par le chapitrage qui induit une certaine « rythmique de la lecture[5] ». En parallèle, le développement de l’histoire du livre et de la lecture d’une part, des pratiques d’écriture d’autre part, permet de proposer une approche plus historicisée et liée aux conditions concrètes de production et de réception des textes narratifs. Tout cela appelle donc une enquête collective, portant en particulier sur le dix-huitième siècle, souvent perçu comme un moment de mutation dans ces domaines, et qui offre en outre, en matière de formes romanesques, tout une palette à explorer.

De la sécheresse du roman régence au style « coulant » des longs romans qui continuent d’influencer certains romanciers[6], en passant par la dynamique picaresque, le roman de cette période offre en effet un riche champ d’exploration de la vitesse et de ses multiples effets poétiques. En outre, les rythmes de consommation et de fabrication de la fiction s’accélèrent : on a pu parler, au sujet de la seconde moitié du siècle, d’une véritable « révolution de la lecture », ou du moins du déploiement d’une lecture « extensive », prédatrice[7] ; la librairie s’industrialise ; dans le cas des romans par parties séparées, la taille des livraisons et la périodicité se normalise, de sorte que les auteurs peuvent jouer avec les attentes de lecteurs impatients, au risque que des continuateurs les prennent de vitesse. Il reste à interroger les répercussions poétiques de ces mutations et à mettre les imaginaires critiques autour de la célérité du roman du dix-huitième siècle à l’épreuve de corpus moins connus, ou examinés grâce à de nouveaux outils critiques.

L’analyse de romans d’Ancien Régime a déjà servi à renouveler notre perception des enjeux de la vitesse, qu’il s’agisse d’examiner le lien entre texte « filé » et lecture rapide ou entre chapitrage et inscription des rythmes d’écriture[8] ; d’étudier la dimension stratégique de la rapidité dans Manon Lescaut[9] ; ou encore de comparer la gestion de la vitesse des Trois Mousquetaires de Dumas avec celle des Mémoires de d’Artagnan de Courtilz de Sandras[10]. Il s’agit de prolonger ces études, en s’intéressant à la vitesse au sens de rapidité, aussi bien du point de vue de la lecture (vitesse narrative, mais aussi de consommation des textes) que de l’écriture et de la publication, en tentant d’envisager leurs interactions. Les communications pourront, de manière non exclusive, s’inscrire dans un ou plusieurs des axes suivants :

– Longueur des textes et vitesse  

La longueur du roman du dix-huitième siècle est extrêmement variable, ce qui permet d’interroger les liens, parfois paradoxaux, entre les différents types de vitesse (narrative, de lecture, d’écriture). On aurait tendance à associer narration brève et vitesse de lecture, mais la longueur, associée à de multiples rebondissements et à des techniques d’écriture sérielle, peut aussi inviter à dévorer le livre[11]. Du point de vue de l’écriture, le style ciselé des « petits » romans semble s’opposer à l’écriture au kilomètre des fictions en plusieurs volumes : la qualité et la lenteur de l’élaboration d’un côté, la quantité et la rapidité d’exécution de l’autre. Mais la « densité stylématique[12] » d’un long roman est-elle nécessairement moins grande ? Le sentiment de la longueur varie aussi en fonction de l’avancée dans la lecture ou l’écriture : quand on approche de la fin d’un roman, le temps souvent s’accélère.

Les liens entre volume textuel et vitesse demandent donc à être questionnés, saisis dans la dynamique de la lecture ou de l’écriture et en interaction avec d’autres paramètres comme le « chronotope[13] » ou la dialectique entre tension vers la fin (telos) et déploiement de la toile textuelle (tela)[14]. Ils pourront ainsi donner lieu une analyse multidimensionnelle, qui mette en jeu l’« épaisseur » du texte voire sa « profondeur[15] », et non seulement son étendue spatiale.

–  Valeurs de la vitesse 

La critique semble opposer une bonne et une mauvaise vitesse du roman du dix-huitième siècle, l’élégante vivacité des romans bondissants de Louvet de Couvray, à l’enchaînement frénétique des péripéties dans les romans feuilletonnants de Mouhy. La vitesse du récit est donc un élément mobilisé très différemment dans les jugements de valeur porté sur les œuvres par les critiques de l’époque et des siècles suivants.

Du côté de la lecture, il semble que la lenteur conserve un primat symbolique. Le lecteur impatient constitue bien souvent, dans les « avis » ou les préfaces, un repoussoir. De même, les romans qui se lisent vite seraient nécessairement de mauvais romans, de la littérature « à consommer », peu faite pour passer à la postérité[16]. Pourtant, des logiques commerciales et proprement littéraires poussent certains romanciers à faire de la vitesse de consommation de leurs romans la preuve d’une qualité d’écriture.

Les jugements associés à la vitesse d’écriture sont tout aussi ambigus, d’un Mouhy vilipendé pour sa prolixité suspecte à un·e Scudéry admiré·e (ironiquement ?) pour sa capacité « enfante[r] sans douleur deux jumeaux tous les mois[17] ». La disqualification du folliculaire ou du pauvre diable forcé d’écrire à toute vitesse se double paradoxalement d’un véritable « “mythe” aristocratique de la rapidité » opposant la vitesse d’écriture de l’écrivant noble, associé à un génie naturel pour la vérité, à la lenteur de l’écrivain roturier condamné à la fabrication rhétorique[18]. La vitesse d’élaboration du texte peut donc se lire tour à tour comme l’indice d’une sprezzatura valorisante ou comme celui d’une négligence impardonnable.

Il s’agira donc d’interroger la manière dont les romanciers (ou leurs narrateurs) représentent leur propre vitesse d’écriture et la vitesse de lecture de leurs ouvrages, d’interroger la vitesse comme lieu rhétorique, comme élément de construction d’un ethos de lecteur et d’auteur, en lien avec les mutations contemporaines.

– Poétiques de la vitesse et effets de lecture

Enfin, non plus du point de vue de la critique, mais de l’expérience des textes : comment se manifeste l’appel à une lecture rapide et à quelles fins répond-t-il ? On a plutôt l’habitude d’étudier la manière dont l’auteur programme des pauses dévolues à l’appréciation des morceaux de bravoure stylistique comme les ekphraseis, mais peut-on concevoir également une poétique permettant une valorisation esthétique de la vitesse ? Les facteurs d’accélération renvoient-ils nécessairement à une lecture facile, reposant sur la reconnaissance de stéréotypes accélérateurs de lecture[19], ou peut-on penser la vitesse, source de désorientation, comme une mise à l’épreuve du lecteur ? Le lien entre vitesse et immersion se pose également : un livre que l’on dévore est-il voué à être lu au premier degré, ou existe-t-il un usage de la vitesse qui permette la distanciation ? La vitesse semble avoir des tonalités contradictoires entre accentuation du pathos et création d’effets comiques.

Les apports des sciences cognitives mais aussi de la « théorie du déplacement déictique[20] » ou de l’économie de l’information[21] pourront être mobilisés pour interroger la capacité d’un texte à programmer un tempo rapide et les limites de cette programmation. Les aspects les plus matériels du texte, sa structuration en chapitres, en paragraphes[22]et en phrases plus ou moins brèves, aussi bien que les choix typographiques et iconographiques[23], pourront aussi être envisagés dans cette perspective : les tables, par exemple, invitent-elles au feuilletage rapide et sont-elles la forme la plus visible d’une accélération de la lecture ?

—

Les propositions pourront emprunter ces directions ou d’autres et en particulier proposer une comparaison entre des aires géographiques, ou avec le siècle précédent afin d’envisager le plus d’effets possibles de la vitesse sur le roman et sa réception.

Les propositions de communication (entre 400 et 500 mots), accompagnées d’une courte notice bio-bibliographique, sont à envoyer avant le 1er mars 2027 aux deux adresses suivantes :

marion.bally@sorbonne-universite.fr

florence.magnot@sorbonne-nouvelle.fr

Les participants dont les communications auront été retenues seront informés dans le courant du mois d’avril 2027.

—

Comité d’organisation

Marion Bally, Sorbonne Université

Florence Magnot-Ogilvy, Université Sorbonne Nouvelle

—

Comité scientifique

Aurélia Gaillard (Université Bordeaux Montaigne)

Nathalie Kremer (Sorbonne-Nouvelle)

Erik Leborgne (Sorbonne-Nouvelle)

Christophe Martin (Sorbonne Université)

Emmanuelle Sempère (Université de Strasbourg)

—

Bibliographie indicative 

Adam Jean-Michel, Le Paragraphe : entres phrases et texte, Paris, Armand Colin, 2018.

Baetens Jan, Hume Kathryn, « Speed, Rhythm, Movement: A Dialogue on K. Hume’s Article ‘Narrative Speed’ », Narrative, vol. 14, n° 3, octobre 2006, 349-355.

Baroni Raphaël, La Tension narrative, Paris, Seuil, 2007.

Baroni Raphaël, Les Rouages de l’intrigue. Les outils de la narratologie postclassique pour l’analyse des textes littéraires, Genève, Slatkine Érudition, 2017.

Baroni Raphaël, « Des virtualités du monde de l’histoire à la mise en intrigue : une alternative au schéma narratif », Pratiques, n° 197-198, 2023, en ligne : https://journals.openedition.org/pratiques/12755.

Bakhtine Mikhaïl, « Formes du temps et du chronotope dans le roman », Esthétique et théorie du roman, Paris, Gallimard, 1978, p. 235-398.

Barthes Roland, La Préparation au roman, Paris, Seuil/IMEC, 2003, p. 337-339.

Bolens Guillemette, « Cognition et sensorimotricité : humour et timing chez Cervantès, Sterne et Proust », Interprétation littéraire et sciences cognitives, éd. Françoise Lavocat, Paris, Hermann, 2016, p. 33-55.

Boullier Dominique, « Les industries de l’attention : fidélisation, alerte ou immersion », Réseaux, n° 154, 2009, p. 233-246.

Calvino Italo, « Candide ou la vélocité », La Machine littérature, Paris, Le Seuil, 1984, p. 141-145.

Calvino Italo, « Rapidité », Leçons américaines. Six propositions pour le nouveau millénaire [2002], Paris, Gallimard, 2017, p. 47-76.

Cave Terence, Pré-histoires : I : Textes troublés au seuil de la modernité, Genève, Droz, 1999.

Charles Lise, Les Promesses du roman. Poétique de la prolepse sous l’Ancien Régime (1600-1750), Paris, Classiques Garnier, 2021.

Charles Michel, Composition, Paris, Seuil, 2018.

Chartier Roger, « Le commerce du roman. Les larmes de Damilaville et la lectrice impatiente », Inscrire et effacer. Culture écrite et littérature (XIe-XVIIIe siècle), Paris, Seuil / Gallimard, 2005, p. 155-175.

Chklovsky Victor, Energy of Delusion. A Book on Plot, Champaign, Dalkey Archive Press, 2007.

Dannenberg Hilary, Coincidence and Counterfactuality. Plotting Time and Space in Narrative Fiction, Lincoln, University of Nebraska Press, 2008.

Dionne Ugo, La Voie aux chapitres, Paris, Seuil, 2008.

Dufays Jean-Louis, Stéréotype et lecture, Liège, Mardaga, 1994.

Escola Marc, « Le clou de Tchekhov, retours sur le principe de causalité régressive », La Partie et le tout. La composition de l’âge baroque au tournant des Lumières, dir. Marc Escola, Jan Herman, Lucia Omacini et Jean-Paul Sermain, Louvain, Paris, Walpole, Peeters, 2011, p. 107-117.

Esmein-Sarrazin Camille, L’essor du roman : discours théorique et constitution d’un genre littéraire au 17e siècle, Paris, Champion, 2008.

Esmein-Sarrazin Camille, La Fabrique du roman classique. Lire, éditer, enseigner les romans du XVIIe siècle de 1700 à 1900, Paris, Classiques Garnier, 2023.

Fludernik Monika, « Chronology, time, tense and experientiality in narrative », Language and Literature, vol. 12, n° 2, 2003, p. 117-134.

Gaillard Aurélia, « L’art de la fugue : espace et temps de la fuite dans les Amours du chevalier de Faublas de Louvet », Espaces de la fuite dans la littérature narrative française avant 1800, dir. Arbi Dhifaoui, Presses de l’Université de Kairouan, 2002, pp. 327-342.

Genette Gérard, « Discours du récit », Figures III, Paris, Seuil, 1972, p. 65-279.

Genette Gérard, Nouveau discours du récit, Paris, Seuil, 1983.

Gervais Bertrand, « Lecture : tensions et régies », Poétique, n° 89, 1992, p. 105-125.

Grande Nathalie, « Du long au court : réduction de la longueur et invention de formes narratives, l’exemple de Madeleine de Scudéry », Dix-septième siècle, n° 215, 2002, p. 263-271.

Hamon Philippe, « Quelques remarques sur le temps et la vitesse », Flaubert. Revue critique et génétique, n° 33 « Le tempo de Flaubert », 2025, en ligne : https://doi.org/10.4000/1426l

Hersant Marc, « Vitesse d’écriture et vérité aristocratique dans les Mémoires du cardinal de Retz et dans les Mémoires du duc de Saint-Simon », Dix-septième siècle, n° 231, 2006, p. 199-216.

Hume Kathryn, « Narrative Speed in Contemporary Fiction », Narrative, mai 2005, vol. 13, n° 2, p. 105-124.

Kukkonen Karin et Caracciolo Marco, « Introduction : What is the “Second Generation?” », Style, vol. 48, n° 3, 2014, p. 261-274.

Kukkonen Karin, « The speed of plot. Narrative acceleration and deceleration », Orbis litterarum, n° 75, 2020, p. 73-85.

Kremer Nathalie, « L’espace du récit », Poétique, n° 192, 2022, p. 83-96.

Kremer Nathalie, « “Avançons”. Le récit sans fin de Marianne », Nouvelles lectures de La Vie de Marianne. Une “dangereuse petite fille”, dir. Florence Magnot-Ogilvy, Paris, Classiques Garnier, 2014, p. 215-233.

Lallemand Marie-Gabrielle, Les Longs Romans du 17e siècle : Urfé, Desmarets, Gomberville, La Calprenède, Scudéry, Paris, Classiques Garnier, 2013.

Lavocat Françoise (dir.), Interprétation littéraire et sciences cognitives, Paris, Hermann, 2016.

Leblond Aude, « La lecture à l’heure du chapitre. Vers une rythmique de la lecture », Poétique, n° 192, 2022, p. 63-82.

Molinié Georges, Sémiostylistique. L’Effet de l’art, Paris, PUF, 1998.

Ricoeur Paul, « Narrative time », Critical Inquiry, vol. 7, n° 1, 1980, p. 169-190.

Ricoeur Paul, Temps et récit, Paris, Seuil, 1983-1985.

Roulier David, Être attentif : histoire d’une expérience moderne. XVIe-XVIII siècles, soutenue le 14 décembre 2022, sous la direction de Colas Duflo, Université Paris Nanterre.

Samoyault Tiphaine, Gefen Alexandre, La Taille des romans, Paris, Classiques Garnier, 2013.

Sternberg Meir, « Telling in Time (II) : Chronology, Teleology, Narrativity », Poetics Today, vol. 13, n° 3, automne 1992, p. 463-541.

[1] Gérard Genette, « Discours du récit », Figures III, Paris, Seuil, 1972, p. 122.
[2] Gérard Genette, Nouveau discours du récit, Paris, Seuil, 1983, p. 22.
[3] Raphaël Baroni, La Tension narrative, Paris, Seuil, 2007 et Les Rouages de l’intrigue. Les outils de la narratologie postclassique pour l’analyse des textes littéraires, Genève, Slatkine Érudition, 2017. La notion de « déclivité », mobilisée dans le second ouvrage, nous semble particulièrement féconde quand il s’agit de parler de la vitesse, celle-ci étant « susceptible d’emporter le lecteur dans sa progression textuelle comme le courant d’un fleuve » (p. 69).
[4] Karin Kukkonen, « The speed of plot. Narrative acceleration and deceleration », Orbis litterarum, n° 75, 2020, p. 73-85.
[5] Voir les travaux d’Ugo Dionne (notamment La Voie aux chapitres, Paris, Seuil, 2008) et d’Aude Leblond (en particulier, « La lecture à l’heure du chapitre. Vers une rythmique de la lecture », Poétique, n° 192, 2002, p. 63-82).
[6] Pour une analyse du style « coulant » et un aperçu sur les critiques dont il a fait l’objet, voir entre autres Delphine Denis, « Le style des longs romans à l’âge baroque », La Taille des romans, dir. Tiphaine Samoyault et Alexandre Gefen, Paris, Classiques Garnier, 2013, p. 76-77.
[7] S’inspirant des travaux de Rolf Engelsing, Roger Chartier défend l’idée d’une « révolution de la lecture » qui aurait eu lieu au mitan du dix-huitième siècle, moment où la lecture « extensive » et rapide d’un grand nombre de textes viendrait se substituer à la lecture « intensive » d’un corpus restreint (« Le commerce du roman. Les larmes de Damilaville et la lectrice impatiente », Inscrire et effacer. Culture écrite et littérature (XIe-XVIIIe siècle), Paris, Seuil / Gallimard, 2005, p. 162 sq.). Pour une mise en débat de cette idée, contestée notamment par Robert Darnton, voir l’article de Reinhard Wittman, « Une révolution de la lecture à la fin du xviiiesiècle ? », in Guglielmo Cavallo et Roger Chartier (dir.), Histoire de la lecture dans le monde occidental, trad. Jean-Pierre Bardos, Marie-Claude Auger, Paris, Seuil, 1997, p. 355-391.
[8] Ugo Dionne, La Voie au chapitre, op. cit., chap. IV « Cadastre : le dispositif classique ». La question de « l’inscription des rythmes d’écriture » dans le roman comique apparaît p. 255.
[9] Michel Charles, Composition, Paris, Seuil, 2018, p. 160. L’analyse de la construction de Manon Lescaut, censée se lire « à vive allure » permet de résoudre les problèmes posés par le caractère hétéroclite de la narration et de créer un « effet de corps pur ».
[10] Karin Kukkonen, « The speed of plot. Narrative acceleration and deceleration », art. cité.
[11] Tiphaine Samoyault, Alexandre Gefen, « Longueurs du xxe siècle : du « roman-fleuve » au roman contemporain », La Taille des romans, op. cit., p. 246 : « la longueur associée à la continuité et à la linéarité conforte le lecteur de roman dans sa nature de lecteur dévorant. Il s’installe dans un rythme rapide ».
[12] Sur la vitesse de lecture en régime de littérarité, voir Georges Molinié, Sémiostylistique. L’Effet de l’art, Paris, PUF, 1998, p. 167-168. Françoise Lavocat associe l’allongement de la pastorale à un « déficit » sémantique lié au processus plus large de désallégorisation de la littérature, qui permet, on peut le supposer, aux auteurs d’écrire plus vite (« De la figure à la fiction, longueur de la pastorale », La Taille des romans, op. cit., p. 25-45.
[13] Bakhtine Mikhaïl, « Formes du temps et du chronotope dans le roman », Esthétique et théorie du roman, Paris, Gallimard, 1978, p. 235-398.
[14] Nathalie Kremer, « Avançons. Le récit sans fin de La Vie de Marianne », Nouvelles lectures de La Vie de Marianne. Une “dangereuse petite fille”, dir. Florence Magnot-Ogilvy, Paris, Classiques Garnier, 2014, p. 215-233.
[15] Sur la nécessaire prise en compte de cette « profondeur » dans l’estimation du rythme narratif, mise en évidence par les approches cognitives de la lecture et par la théorie du déplacement déictique voir Raphaël Baroni, « Des virtualités du monde de l’histoire à la mise en intrigue : une alternative au schéma narratif », Pratiques, n° 197-198, 2023, en ligne : https://journals.openedition.org/pratiques/12755.
[16] Cette opposition semble en fait bien antérieure à la structuration du champ littéraire qui oppose cycles de production court et long (voir sur ce point Pierre Bourdieu, Les Règles de l’art. Genèse et structure du champ littéraire, Paris, Seuil, 1998, p. 235-236).
[17] Elie-Catherine Fréron, Lettres sur quelques écrits de ce temps, Genève, Slatkine Reprints, 1966, t. II, p. 418.
[18] Marc Hersant, « Vitesse d’écriture et vérité aristocratique dans les Mémoires du cardinal de Retz et dans les Mémoires du duc de Saint-Simon », Dix-septième siècle, n° 231, 2006, p. 199-216.
[19] Jean-Louis Dufays, Stéréotype et lecture, Liège, Mardaga, 1994, p. 235.
[20] Pour une mise au point sur cette théorie, voir Mary Galbraith, « Théorie du déplacement déictique/Deictic Shift Theory », Glossaire du RéNaF, 2021, en ligne : https://wp.unil.ch/narratologie/2021/07/theorie-du-deplacement-deictique-deictic-shift-theory/.
[21] Yves Citton, Pour une écologie de l’attention, Paris, Seuil, 2014. Sur les différents régimes attentionnels, voir Dominique Boullier, « Les industries de l’attention : fidélisation, alerte ou immersion », Réseaux, n° 154, 2009, p. 233-246. Pour une mise au point historique autour de la notion d’attention, nous renvoyons à la thèse de David Roulier, Être attentif : histoire d’une expérience moderne. XVIe-XVIIIe siècles, soutenue le 14 décembre 2022, sous la direction de Colas Duflo, Université Paris Nanterre.
[22] Jean-Michel Adam, Le Paragraphe : entre phrases et texte, Paris, Armand Colin, 2018.
[23] Pour Christophe Martin, l’illustration « dépend moins de l’exemplarité que de la temporalité du récit » et certaines vignettes ou gravures constituent de véritable « prolepses visuelles ». « Dangereux suppléments ». L’illustration du roman en France au dix-huitième siècle, Louvain, Paris, Dudley, Peeters, 2005, p. 31.