Interactions littéraires russo-françaises et le contexte religieux (1797-1825)

Elena GRETCHANIAIA

Moscou, IMLI RAN, 2002. 320p. (en russe ; résumé en français)

Les interactions littéraires russo-française de l’époque sont étudiées à partir de nombreux documents manuscrits, conservés aux archives de Russie. Ces textes rédigés en français, proviennent en grande partie de femmes aristocrates d’origine russe, française et allemande. Les femmes, qui étaient particulièrement sensibles aux influences culturelles, notamment religieuses de l’époque, ont beaucoup contribué à la formation d’une atmosphère spirituelle spécifique de leur temps. Le fonctionnement du modèle culturel français, catholique et aristocratique, au sein de la culture russe est analysé à partir d’un ensemble imposant de lettres d’une émigrée française, la princesse de Tarente, qui montrent l’impact considérable en Russie de la culture aristocratique française, et en même temps un certain épuisement du modèle culturel de l’Ancien régime. La conversion au catholicisme et comme suite la marginalisation des femmes russes catholiques stimule dans leurs textes autobiographiques l’énergie de l’autoréflexion, cependant un fort appui sur les mémoires français l’emporte sur la peinture de la vie intérieure, et correspond au modèle traditionnelle russe du « silence ». Le rôle du piétisme dans le développement en Russie du discours autobiographique féminin est évident dans les écrits d’Alexandra Khvostova, mystique proche des maçons. La Russie, qui servait du décor exotique pour quelques oeuvres françaises du XVIIIe siècle, a acquis au début du XIXe siècle le statut de phénomène spirituel. Cette transformation devient surtout évidente dans les textes de Mme de Staël, de Xavier et Joseph de Maistre. Ces écrivains ainsi que Mme de Krüdener ont contribué à la formation du mythe russe dont l’aspect dominant est devenu une forte attache des Russes à la religion. Elisabeth Alexeïevna, impératrice russe d’origine allemande qui a reçu une éducation française, favorise à son tour une image religieuse de la Russie.

En appendice sont publiés, en français et en russe, quelques manuscrits, notamment quatre lettres inédites de Mme de Staël à Ferdinand Christin.