Les Femmes témoins de l’histoire

Armel DUBOIS-NAYT et Claire GHEERAERT-GRAFFEUILLE
« Etudes Epistémè », n°19 (été 2011), numéro coordonné par Armel Dubois-Nayt et Claire Gheeraert-Graffeuille)
Présentation:
Cette livraison d’Études Épistemè poursuit l’enquête interdisciplinaire entamée dans le numéro 17 sur les femmes et l’écriture de l’histoire. Au fil des contributions, il apparaissait alors que, contrairement aux idées reçues, les femmes de l’époque moderne, en France comme en Angleterre, pouvaient s’intéresser à la vie publique et recourir aux mêmes méthodes historiographiques que leurs homologues masculins. C’est ce que mettent en évidence les études sur Anne Dowriche, Marguerite de Valois, Margaret Cavendish, Lucy Hutchinson et Mary Wollstonecraft, dont les témoignages ont un intérêt historiographique incontestable: en rapportant des événements auxquels elles assistèrent – voire participèrent – ces femmes certifient que ce qu’elles ont vu est vrai, mais leur témoignage prend parfois une signification quasi religieuse – le témoin étant aussi celui qui «affirme une croyance ou atteste une vérité, une valeur morale, par ses déclarations, ses actes ou même son existence». L’importance accordée à la vérité dans ces témoignages s’inscrit d’ailleurs dans la vision cicéronienne de l’histoire, comme «témoin des temps, lumière de la vérité», formule très souvent reprise par les historiens de l’époque moderne. Les auteurs étudiés dans ce numéro 19 d’Études Épistémè, dans des genres très variés, cherchent à mettre au jour la vérité d’événements dont elles ont été les témoins. À cette fin, Lady Margaret Hoby (c.1571-1633), Lady Ann Clifford (1590-1676), et la Grande Mademoiselle (1627-1693) ont recours aux Mémoires, la duchesse de Longueville (1619-1679) et Mary Wollstonecraft à la controverse politique, Anne-Marguerite Dunoyer (1663-1719) à la presse périodique, Lady Arbella Stuart (1575-1615), la duchesse de Chevreuse (1600-1679), Madame de Motteville (1615-1689), et la Grande Mademoiselle à la correspondance, Jeanne des Anges à l’autobiographie spirituelle, Elizabeth Southwell (c.1586-1631), Catherine Macaulay à la narration historique.
Sommaire:
Armel Dubois-Nayt (Univ. Versailles St-Quentin) et Claire Gheeraert-Graffeuille (Univ. Rouen), Avant-propos
Armel Dubois-Nayt (Univ. Versailles – St-Quentin) , 1603 through the Eyes of Women Historians
Antoinette Gimaret (Univ. Limoges), L’Autobiographie de Jeanne des Anges (1644): histoire d’une âme ou réécriture d’une affaire de possession’
Sophie Vergnes (Univ. Toulouse II), Des discours de la discorde: les femmes, la Fronde et l’écriture de l’histoire
Marion Brétéché (Univ. Paris Sorbonne), Faire profession de témoignage: les pratiques d’écriture d’Anne-Marguerite Dunoyer (1707-1719)
Fiona McIntosh-Varjabédian (Univ. Charles de Gaulle – Lille 3), Macaulay et Wollstonecraft: écriture féminine de l’histoire ou remise en question républicaine de la société patriarcale?
Nathalie Zimpfer, Sense and sensibility: Mary Wollstonecraft as Active Witness to History
Varia
Madeleine Descargues-Grant (Univ. Valenciennes), Swift and the Ruin(s) of History