La Culture d’une princesse. Ecriture et autoportrait dans l’oeuvre de la Grande Mademoiselle (1627-1693)

Jean GARAPON

Paris, Champion, 2003, 1 vol., 448 p., 75 euros.


Connue pour son génie de l’échec dans l’ordre politique comme dans l’ordre matrimonial, Anne-Marie-Louise d’Orléans (1627-1693), petite-fille d’Henri IV et cousine de Louis XIV, a poursuivi sa vie durant et sur un mode confidentiel une uvre littéraire, variée et inventive dans ses formes, marquée du cachet de l’écriture féminine de son siècle, travaillée par une féconde insatisfaction devant le temps présent. Des Mémoires aux portraits, du roman satirique aux voyages imaginaires, à l’utopie, à la méditation spirituelle, c’est toute la palette des genres mondains en prose que la Grande Mademoiselle a pratiquée, toujours en amateur et sans nul souci de publication. Dans un premier temps (La Grande Mademoiselle mémorialiste, 1989), Jean Garapon avait scruté ses Mémoires goûtés plus tard de Sainte-Beuve comme de Barbey d’Aurevilly. À présent, il étudie l’ensemble de l’uvre, afin de tenter d’en saisir la cohérence esthétique et morale. Il décrit ainsi la conscience fabuleuse d’elle-même que nourrit la jeune héritière d’une lignée de reines écrivains, l’entraînement à la conversation qui est son école permanente, la révélation que lui procure plus tard Corneille, médité une vie entière. Il analyse également l’autoportrait très diversifié dans ses formes que poursuit un être « tourmenté de s’aimer » et insatisfait, une femme d’imagination qui laisse les mythes du roman et de l’épopée inspirer son existence, et contaminer plus encore le récit qu’elle en donne. Dans cette uvre rêveuse et hautaine, inspirée par le goût du bonheur et soulevée de liberté, dans cette écriture à main levée et à fleur d’existence, il est permis de voir un jalon secret dans l’histoire de l’écriture à la première personne, nanti des richesses de la culture féminine comme des valeurs pour nous précieuses de l’individualisme aristocratique: souveraine indépendance, lucidité aiguisée sur soi, souci d’exemplarité. Nostalgique et inquiète, éloignée de la littérature savante mais profondément civilisée, cette oeuvre annonce de nouveaux horizons.