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Nicole Mercier

Notice de Judith Prasser, 2026

Née à Troyes en 1581, Nicole est la fille de Claude Mercier et Anne de Saint-Aubin, membres pieux de la noblesse. Ils sont les parents de six enfants, trois filles et trois garçons, dont trois meurent en bas-âge. Vers 1599, Nicole est envoyée à Paris chez Charles de Renty, baron de Landelle, et Madeleine de Pastoureau qui encouragent sa piété – leur fils Gaston nourrira des liens étroits avec le carmel de Beaune. De retour d’un pèlerinage à Notre-Dame de Liesse, elle apprend la fondation du premier carmel français à Paris en octobre 1604. Elle est présentée à Anne de Jésus Lobera (1545-1621), ancienne compagne de Thérèse d’Avila, qui, au regard de ses qualités intellectuelles, morales, spirituelles et même vocales, l’invite à se joindre aux fondatrices du futur carmel de Dijon, où Nicole prend l’habit le 14 novembre 1605 et fait profession le 29 décembre 1606. Durant son noviciat, elle apprend l’espagnol et devient l’une des interprètes d’Anne de Jésus.

Sous la supériorité de Louise de Jésus Gallois (veuve Jourdain) qui débute en 1607, Thérèse de Jésus reçoit la charge du tour et s’y distingue par son habileté à maintenir des relations apaisées avec le monde extérieur. Élue maîtresse des novices puis sous-prieure, elle se voit confier « le soin des ouvriers » chargés d’aménager la nouvelle maison où déménage la communauté en 1608. Aux côtés de sa prieure, elle s’attèle sans doute à l’édification du monastère et de l’église à partir de 1609. Dès l’année suivante, Louise de Jésus multiplie les fondations : Chalon-sur-Saône en 1610, Dole en 1614 puis Besançon en 1616. Thérèse de Jésus Mercier gouverne la communauté dijonnaise, avant d’être appelée systématiquement à consolider les établissements fondés par Louise : elle dirige le monastère de Chalon de septembre 1611 jusqu’à son départ, en octobre 1616, pour Dole où elle assume le priorat. En septembre 1617, elle rejoint enfin Besançon dont la fondation est alors loin d’être assurée : la municipalité se montre très réticente au projet et le groupe est hébergé dans une maison en piteux état.

Durant près de trente ans, Thérèse de Jésus occupe la charge de prieure et relève maints défis. Sitôt la fondation reconnue, elle s’attèle à la construction du monastère. Selon le précieux témoignage de sa consœur Catherine de l’Annonciation Calon, elle sélectionne avec soin le site à bâtir, tout en refusant de se rendre sur place : en bonne carmélite, elle priorise le respect de la clôture et ce, malgré l’autorisation de sortie accordée par le vicaire général. Le terrain acquis en mai 1619, la supérieure se consacre au tracé des plans : elle manie la plume, la règle et le compas, s’inspirant des préceptes de Thérèse d’Avila tout en puisant sans doute dans sa propre expérience acquise à Dijon et Chalon. Prudente et habile gestionnaire, elle estime le coût et rectifie son projet pour réduire les portions de maçonnerie et respecter son budget. Lorsque le chantier débute en juillet 1619, la prieure passe les contrats avec les corps de métier et les rémunère. Refusant toujours de sortir de clôture, elle délègue la supervision du chantier à un expert en la matière, le capitaine Ferdinand Béreur, bienfaiteur des carmels de Franche-Comté. Parallèlement, elle œuvre activement au maintien de la juridiction des supérieurs français sur les monastères franc-comtois et veille à la régularité du monastère en rédigeant des règlements pour les offices.

La communauté s’installe dans le nouveau monastère le 1er mai 1622 et organise en octobre de la même année, dans une église encore inachevée, les célébrations en l’honneur de la canonisation de Thérèse d’Avila. Alors que la guerre de Dix Ans ravage la Franche-Comté (1634-1644) et que la peste se répand en ville, elle parvient à maintenir sa communauté dans la clôture et à la rassurer. Épuisée, elle demande à être déchargée de la supériorité deux ans avant son décès, en odeur de sainteté, en 1647.

Thérèse de Jésus Mercier est une figure essentielle du Carmel en Franche-Comté, restée dans l’ombre de Louise de Jésus Gallois-Jourdain ou de Thérèse de Jésus Béreur avec laquelle elle est souvent confondue. Documenté par le témoignage exceptionnel de Catherine de l’Annonciation puis rapidement oublié dans la mémoire écrite du Carmel jusqu’à l’édition de sa biographie au XIXe siècle, son parcours permet de mieux connaître le profil des religieuses amenées, par leurs responsabilités, à concevoir des plans sans avoir été formées à la pratique artistique.

Œuvres
  • 1608-1610 : supervision de travaux et du chantier de construction du carmel de Dijon
  • 1619 : dessin des plans du carmel de Besançon
  • 1619-1622 : supervision du chantier de construction du carmel de Besançon
  • s.d. : Rédaction de règlements détaillés pour les différents offices du carmel de Besançon
Principales sources
  • Archives du carmel de Lisieux, « Relation de la fondation du carmel de Besançon par Catherine de l’Annonciation [Calon], professe de Dijon et première dépositaire en 1616 », ms, XVIIe siècle.
  • Archives du carmel de Lisieux, « Troisième chronique par la mère Anne-Hélène de Saint-Joseph écrites à l’intention des mères de Paris », ms, XVIIIe siècle.
  • Archives du carmel de Mazille, sans cote : Registre des élections du carmel de Chalon-sur-Saône puis de Mazille, ms, [XVIIe-XXIe siècles].
  • Archives du carmel de Mazille, sans cote : Chronique du carmel de Chalon-sur-Saône, ms, XIXe siècle, p. 39-45.
  • Archives diocésaines de Besançon, ancienne cote 2447 : Registre des élections, professions et décès du carmel de Besançon, ms, 1620-1691.
Choix bibliographique
  • « Abrégé de la vie de la vénérable mère Thérèse de Jésus, née à Troyes en 1581 et morte à Besançon, en odeur de sainteté, le 9 septembre 1647 », Chroniques de l’ordre des carmélites de la Réforme de sainte Thérèse depuis leur introduction en France, Troyes, impr. D’Anner-André, vol. III, 1856, p. 57-123.
  • Auguste Dusillet, De l’introduction des carmélites à Besançon : curieux détails extraits d’un manuscrit conservé dans leur monastère actuel en cette ville, Besançon, J. Jacquin, 1865.
  • Marie de l’Enfant-Jésus, Carmélites d’hier et d’aujourd’hui. D’Espagne en Franche-Comté, Colmar-Paris, éd. Alsatia, 1967, p. 52-73.
  • Philippe Bonnet, « La pratique des arts dans les couvents de femmes au XVIIe siècle », Bibliothèque de l’École des Chartes, t. 147, 1989, p. 445-446 et 457.
  • Julie Piront, « (In)visibilité des religieuses architectes du XVIIe siècle : le cas de Thérèse de Jésus Mercier dans les sources narratives du carmel de Besançon », Revue italienne d’études françaises, Chiara Rolla, Alessandra Ferraro et Sylvia Boraso (dir.), à paraître.
Réceptions
  • « M. le grand vicaire donnoit advis à n[ot]re mère [Therèse de Jésus Mercier] d’aller voier la dicte place [à bâtir] acompagner d’une de ces religieuse, qu[’il n’y] oroit personne qui jugace mieu qu’elle mesme [et] y elle craignoit de sortir, qu’il luy feroit venir un congé de M. l’Archevecque mais [même si] n[otre] ch[ère] mère qu’elle sut bien qu’elle le pouvoit faire en bonne consience avec la licence d’un de nos r[évérends] père supérieur elle aymat mieu elire ce qui estoit plus de retraite, ce faisant apporté les plant de toute les places qu’on regardoit et jugat celle qui nous estoit plus convenable. Comme il se trouvoit tousjours de la dificulté sur toutes, on choisit enfin celle cy où nous somme laquelle en effet c’est treuvé la meilleure en la spasiosité, bonté de l’air et silence. Il n’y manque que la bonne rue et les bon voisin […] »  («Relation», première partie, voir supra Principales sources, p. 133-134.)
  • « Ce voyans la place acheté, il faillut adviser au batiment d’icelle. Notre mère [Thérèse de Jésus Mercier] draisat un plant avec une religieuse qui luy aydoit où il ne faillut pas peut de labeur. Il failloit marquer la mesure des pieds qu’auroit tout le grot du batiment, chaque ofice d’icelluy tant haut que bas, la largeur des murs de pierres où il falloit faire des entrepasées et où seroit les dictes murailles de pierres, combien il y auroy de fenestres, des croysée, des demie croysée, des portes, des cheminées, leur largeur, la mesure des alée des escaillier comme comtiendroy le préau du cloytre et des alée d’icelluy et en seumme faire que toutes les proportion si retreuvasse ; je luy veu tant trayvaillé à le compassé et à y mettre ses mesure qu’elle y employoit les jours entier avec la susdicte religieuse, car il ne failloit qu’un petit abut pour tout rompre, mais ce qui fachoit le plus estoit de donner à entendre à beaucoup de jans qui s’en devoit mailer, ce qu’il failloit que notre mère fisse avec grand traivail sens avoir veu la place du batimant, ni sent le pouvoir [montrer] au doit sur le propre lieu ; il faillut tant faire de planc, les recommancer, les défaire, si j’avois retenu le nombre, on seroit bien estoné, quelque fois notre mère s’i mettoit dès le matin au sortir des Heures et y demeuroit jusque à la nuit, sant quasy pouvoir prendre le temps de la réfection («Relation», première partie, voir supra Principales sources, p. 135-136.)
  • « Quand le plant fut tout draissez le plus simplement et religieusement qu’on avoit peut, notre mère [Therèse de Jésus Mercier] se mit a jestez le nombre de toyses des murailles tant du batimant que celle de cloture et ausy à peu près la façon des portes et fenesttres et on vit que cela monteroy environ a soysante ou 100 mille francs qu’on devoit prendre tout sur la grand bource de Dieu ce qui estonnat un peut néanmoint et donnat subject de faire une reveue par tout les pièces du batimant pour voire si on ne pourroy point diminuez ceste comme en retouchant quelques entre deux de murailles de pierres, ce qu’on excécuta mais cela ne cessoit toujours de monter à beaucoup («Relation», première partie, voir supra Principales sources, p. 138-139.)
  • « M. [Claude-Antoine] Buson aloit quelque fois regarder les ouvraiges principalem[ent] au chose qui se rencontroy de très grande importance ; quand il arrivoit de la dificulté tant au grande chose qu’au petites on acouroit aussytost à notre chère mère [Therèse de Jésus Mercier] qui les resoudait sens voir le lieu cy ce n’estoit en esprit mais la plus grande peinne qu’elle en fut de la part de sertaine personnes que je ne veut nommée lesquelles insitoit ce mesieur à trouver à dire que plusieurs piesses du batiment estoit trop petit et ces personnes icy estoit de telle qualité qu’on n’osoit faire voir à M. Buson qui ne fesoit pas bien de l’insiter à telle choses mais qu’il avoit un bon zèle comme en effect je pance qu’il avoit mais il n’estoit pas acompaigné de toute la cognoisance de la plus grande perfection voire mesme ce qui doit estre de grande commodité au couvant et conforme à sa pauvreté. Il failloit que notre mère escoutace avec grande patience toutes les divers raison qu’on lui en venoit dire et leurs en rendit […] fondé[es] sur ce que notre r[évérende] mère Terese de Jésu [d’Avila] ne veut pas que ces filles oy de sy grand batimant et que celluy cy seroit plus que sufisant pour ce qui estoit nécessaire et leur failloit dire tout ce qu’ordinairement on faisoit en telle place du couvant pour montrer qu’il estoit assé capable et qu’il incommoderoy plustot de le faire si grand […] il se rend[it] après plusieurs painée de la part de notre chère mère mais ce fut après avoir bien employer de temps à plusieurs reprinses par un s[aint]t conteste entre notre mère et eux ; néanmoint il furent au derrié d’elle que le caré du couvant fut plus grand de deux à trois pieds qu’elle ne desiroit et ont faict les planchés plus haut et polis qu’on n’use voulu mais comme on estoit pas sur le lieu on ne pouvoit remedier à tout ce qu’il fucent esté convenable. » («Relation», première partie, voir supra Principales sources, p. 147-149).
  • [Thérèse de Jésus Mercier] « à qui après Dieu nous somme redevable que notre maison subsiste, puisque il se servit d’elle pour y mettre la dernière mains. […] nous ne pouvons nous dispancer de faire connoittre une personne qui en a étée l’apuis et la gloire comme en [é]toit l’ame et le cheffe, l’ayans gouverné en calitée de prieure 27 ans en deux triaunaux, avec la permission de nos saints visiteur, et surtout de notre respectable père Gibieuf, qui a fait plusieur de ces élections, et les confirmait toutes avec toutte la satisfaction possible. » («Troisième chronique», 1er cahier, voir supra Principales sources, p. 9.)
  • [La mère Louise de Jésus, devenue prieure de Dijon, choisit Therèse de Jésus Mercier pour sœur portière et] « elle surpassat l’espérance que l’on en avoit conçut et sa sagesse et prudance étonnoit les meilleur têtte du parlement de Dijon, qui prenoit couleur dans la sortie d’une novice qui ne leur convenoit pas et qui avoit voulut estre leur première fondatrice ; elle soutin avec la même capacitée tout les e[m]baras du batiment, la s[ain]te prieure se reposant de tout sur elle et admiroit de jour à autre les progret rapide de cette ame dans les voyes les plus sublime de la perfection. C’est qui la determinat toute jeune qu’elle étoit à luy confier les novices qu’elle éllevat avec des soins digne d’une ouvrage de cette importance » («Troisième chronique», 1er cahier, voir supra Principales sources, p. 21-22.)
  • « En 1630 ou peut a peut après commancèr[ent] les fléaux et les calamitée publique qui du[rè]rent 10 à 12 ans toutes suite, ce fut la famine qui commansat, après suivit la peste, après les guerres et la contagion devin plus viollente qu’auparavant, et ramenat de nouveaux la famine, notre vénérable Mère Thérèse fit voir dans un grand jour pandant tout ce tems ces rare tallant [et] sa grand capacitée mais il faut avouer aussi que Dieu luy en donnoit de surnaturelle qui, par des lumière supérieure à celle des homme, prévoist à tout » («Troisième chronique», 2e cahier, voir supra Principales sources, p. 21-22.)
  • « Mlle Mercier joignait à ses nombreux talents extérieurs la plus belle voix du monde, mais elle ne l’employait qu’à de divins cantiques, et tandis qu’elle charmait les auditeurs, elle offrait son encens à l’Être suprême. C’est ainsi que ses actions les plus simples étaient sanctifiées, et s’il lui échappait quelques légèretés inévitables, elles étaient bientôt purifiées par le feu de la charité » (Chroniques de l’ordre des carmélites, vol. 3, voir supra Choix bibliographique, p. 61-62).
  • Dénomination(s)
    sœur Thérèse de Jésus
Biographie
  • Date de naissance
    1581
  • Date de décès
    1647
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