Femmage aux fondatrices
Visages de la SIEFAR
Femmage aux fondatrices, à l’occasion des 25 ans de la Société Internationale pour l’Étude des Femmes de l’Ancien Régime
Éliane Viennot : Des femmes, des œuvres, des mots
La SIEFAR est créée le 14 octobre 2000, après 8 mois de discussions et 2 réunions préparatoires.
À l’origine de cette mobilisation inédite de chercheuses internationales autour de la question des femmes de l’Ancien Régime, un appel d’Éliane Viennot, de Danièle Haase-Dubosc, de Nicole Pellegrin – entre autres. L’inspiration est venue d’Amérique du Nord, où s’est tenue une série de colloques sur les « femmes écrivains de l’Ancien Régime » (Waterloo, Montréal, Saint-Louis, Charlottesville), où plusieurs fondatrices s’étaient retrouvées.
Forte de sa récente nomination au poste de professeuse à l’Université Jean Monnet, à Saint-Etienne, la chercheuse propose de combler « le vide intersidéral » des études sur les femmes de l’Ancien Régime en France. Les premières discussions sont houleuses ; il y a des désaccords sur la nécessité de fonder une association, sur son nom. Et puis très vite, des soutiens (Michel Simonin, à la tête de Folio classique) et des ralliements (du Canada, des États-Unis, de France).
Éliane Viennot assure la présidence de la SIEFAR pendant 9 ans, supervisant la mise en place des outils numériques, le chantier du Dictionnaire, le répertoire des spécialistes. La SIEFAR affirme d’emblée son caractère international. L’engagement des collègues états-uniennes exerçant en France (Danièle Haase Dubosc, Henriette Goldwyn) est décisif, notamment pour le soutien logistique et financier. Celui d’Aurore Evain également, qui assume l’actualisation du site et crée la rubrique « la guerre des mots ». Quoique les littéraires soient d’emblée surnuméraires, la pluridisciplinarité est encouragée. L’histoire de l’art est bien représentée (Kathleen Wilson-Chevalier, Frédérique Villemur).
Les colloques organisés par la SIEFAR et les publications auxquelles ils donnent lieu contribuent à imposer l’existence du matrimoine. Le « vivier de la SIEFAR » alimente également la création de deux collections porteuses aux Presses Universitaires de Saint-Etienne, « la cité des dames » (textes) et « l’école du genre » (études). L’assise économique est assurée grâce à l’obtention par Éliane Viennot de subventions consécutives à sa nomination à l’Institut Universitaire de France.
Il fallait « crever le plafond de verre de l’université française », rallier les institutions, procurer des éditions et des outils, montrer que les femmes avaient été de vraies agentes de la vie culturelle d’Ancien Régime. Il fallait aussi « gagner la bataille du langage », réintroduire les mots condamnés, les querelles autour d’eux. 25 ans plus tard, c’est chose faite : « nous sommes suivies, par la jeunesse, les linguistes, les médias ».
D’après un entretien avec Nathalie Freidel, 9 décembre 2024.
Nicole Pellegrin : la mère du Dictionnaire
Au commencement elles étaient trois : une littéraire (Éliane Viennot), une historienne de l’art (Kathleen Wilson-Chevalier) et une historienne du social (Nicole Pellegrin). Elles avaient milité pour les droits des femmes, elles avaient fréquenté les universités américaines et leurs départements de Women Studies. Il fallait faire quelque chose en France, construire un lieu à elles où les femmes seraient visibilisées à nouveau (certaines le furent bien avant la Révolution grâce à la publication de nombreux ouvrages consacrés aux « Illustres »).
Très vite émerge l’idée de republier en ligne des dictionnaires anciens comme celui de Fortunée Briquet qui, en 1804, aligne près de 570 notices bio-bibliographiques de femmes francophones célèbres pour leurs écrits. Émerge en parallèle la nécessité d’un ouvrage prosopographique de type nouveau, tout à la fois érudit et attrayant, qui ferait connaître des personnalités singulières, leurs communautés d’appartenance et leur réputation toujours mouvante dans le temps. Le Dictionnaire de la SIEFAR est créé en même temps que Wikipédia. Mais l’idée n’est pas de produire une énième encyclopédie des femmes. Pour Nicole Pellegrin, il s’agit de rendre visibles les plus invisibles des invisibles : les subalternes (blanchisseuses, émeutières, gouvernantes de curés, marchandes) et, aussi et surtout, les religieuses, femmes qui ont produit tous azimuts une surabondance d’écrits oubliés et furent aussi de grandes femmes d’affaires, des artistes, des directrices spirituelles, etc.
Le cahier des charges des rédacteurices de notices est très strict. En 4500 caractères, on attend les éléments biographiques essentiels, mais aussi une définition sociologique et les jugements de la postérité. C’est ce qui rend le Dictionnaire « irremplaçable et unique ». Au cœur de la mission de la SIEFAR, il faut réparer « l’oubli d’une longue histoire des femmes » en privilégiant leur constante agentivité dans tous les domaines. Le rêve de Nicole Pellegrin, qui a rédigé 25 notices pour le Dictionnaire : « regarder le monde des femmes autrement qu’à travers les binocles des Grandes ».
D’après un entretien avec Nathalie Freidel, 11 décembre 2024.
Martine Reid : Visibilité des femmes
Martine Reid a assuré la présidence de la SIEFAR pendant un an après le départ d’Éliane Viennot. À la même période, elle dirige la collection « Femmes de Lettres » (Folio classique) pour laquelle elle édite une vingtaine d’œuvres de femmes.
Avec un doctorat de l’université de Yale et son expérience d’enseignement aux Etats-Unis, Martine Reid est sensible à la dimension internationale de la SIEFAR et à la nécessité de rendre hommage aux travaux pionniers des Américaines et de dialoguer avec la recherche hors-frontières.
Dans le champ français, la SIEFAR était un lieu, unique en son genre, où l’on parlait sérieusement et scientifiquement des productions des femmes.
Martine Reid souligne la dimension collégiale et collaborative de la société, la volonté de constituer un savoir commun.
D’après un entretien avec Nathalie Freidel, 9 décembre 2024.
Henriette Goldwyn : Les « mères nourricières » de la SIEFAR
Professeure émérite à l’Université de New-York (NYU), Henriette Goldwyn a été vice-présidente de la SIEFAR de 2000 à 2009. Elle a rencontré Éliane Viennot par l’intermédiaire de Danièle Haase-Dubosc (Columbia University). La SIEFAR à ses débuts pouvait compter sur cette double antenne New-Yorkaise.
Très investie dans la « mission » du Dictionnaire des Femmes de l’Ancien Régime, Henriette Goldwyn obtient une subvention de 20 000$ auprès de la fondation Gould, qui contribue à financer la mise en ligne des notices. Les cotisations des membres sont alors loin de subvenir aux besoins financiers de la jeune société.
En 2000-2001, un séjour parisien à la direction de NYU Paris lui permet de se joindre au club des 5 (Viennot, Pellegrin, Wilson-Chevalier, Evain, Goldwyn) qui se réunit un samedi par mois (les samedis de la SIEFAR comme au temps de Scudéry) pour travailler à la grande œuvre du dictionnaire. Travail titanesque mais joyeux et collégial qui génère une longue collaboration extrêmement fructueuse non seulement avec des littéraires mais également avec des historiennes et des historiennes de l’art.
Le projet « Théâtre de femmes de l’Ancien Régime » naît donc dans ce contexte, porté par le trio formé par Henriette Goldwyn, Aurore Evain et Perry Gethner. Henriette Goldwyn, qui a beaucoup enseigné le théâtre, s’émerveille du succès rencontré auprès des étudiants de NYU par des œuvres sauvées de l’oubli, comme La nécessité du divorce, d’Olympe de Gouges, ou L’engouement et la Mode, de Marguerite de Staal-Delaunay. Grâce à Éliane Viennot, les trois premiers tomes sont publiés aux presses universitaires de Saint-Etienne.
En 2007, les étudiants de la TISCH School of the Arts montent Le favori de Mme de Villedieu. En outre, une représentation de cette pièce par la Subversive, la compagnie d’Aurore Evain, a lieu à NYU Paris en 2011.
Désireux de faire rayonner la richesse de ce théâtre méconnu, Christian Biet, ancien collègue, homme de théâtre et fervent partisan de la SIEFAR, offre de republier tous les tomes de l’anthologie par les éditions Classiques Garnier. Héritage important pour les générations futures, ces publications rendent accessibles les pièces et favorisent leur enseignement.
D’après un entretien avec Nathalie Freidel, 24 février 2025
Marie-Elisabeth Henneau : une prise de conscience
Marie-Elisabeth Henneau, en poste à l’Université de Liège, est recrutée par Nicole Pellegrin à l’occasion du premier colloque marrainé par la SIEFAR (Rennes, 2002). Elle intègre aussitôt le comité de pilotage du Dictionnaire, dont elle fait toujours partie. Elle assure la présidence de la société de 2011 à 2015. Dans le sillage de la SIEFAR, le groupe « Femmes, Enseignement, Recherche » est fondé à Liège en 2001.
Dans le monde francophone, le début des années 2000 correspond à un moment de prise de conscience des enjeux de la question des femmes à l’université. La SIEFAR permettait de concilier militantisme et recherche scientifique, en s’interrogeant notamment sur le statut des femmes dans les milieux de la recherche.
Même si le socle de la SIEFAR demeurait la France, les échanges culturels, le brassage des langues étaient très porteurs, créaient des synergies. Le colloque « Maîtresses et favorites » s’est tenu à Liège en 2012.
Très investie dans l’entreprise sisyphéenne du Dictionnaire, Marie-Elisabeth exprime les doutes, raconte les crises, explique les dilemmes du comité de pilotage. La contrepartie de l’exigence, c’est la lenteur. « Il y a encore tant à faire ». Pourtant, avec 3 à 4 réunions annuelles et entre 20 et 25 notices publiées chaque année, on ne peut pas dire que les travailleuses du Dictionnaire aient chômé ! Certaines notices ont pris des années à voir le jour – celle de Sévigné mériterait un feuilleton. Il faudrait des volumes pour rendre compte du travail acharné de relecture (et souvent de réécriture), du casse-tête informatique, des questions iconographiques et de traduction, des réussites et des flops.
D’après un entretien avec Nathalie Freidel, 13 décembre 2024.
Nathalie Grande : un réseau féminin et féministe
Nathalie Grande est entrée au CA de la SIEFAR en 2011 et a présidé la société de 2015 à 2019.
Elle a commencé par assainir les comptes et renflouer les caisses, ce qui a été possible grâce au soutien de Danièle Haase-Dubosc, qui a été sa vice-présidente, et lui a laissé le souvenir d’une personnalité d’exception.
Pour assurer la pérennité du site, elle a entrepris la migration du site internet vers son format WordPress actuel. Membre du CP du Dictionnaire, elle en a supervisé les travaux en 2014, en plaidant pour une simplification du cahier des charges et un dialogue renforcé avec les auteurs et autrices de notices.
Avec différent·e·s membres du CA, elle a co-organisé quatre colloques de la SIEFAR : « Enfanter : discours, pratiques et représentations de l’accouchement » en 2014 ; « Être Parisienne : des femmes dans la ville » en 2017, « Femmes et mécénat en France de la fin du Moyen Âge à la fin de l’Ancien Régime » en 2018 et « Femmes et Folie sous l’Ancien Régime » en 2021.
Nathalie Grande explique que la SIEFAR a représenté pour elle un espace où il était possible de revendiquer ouvertement une position féministe, d’exprimer des convictions, un engagement, tout en restant dans un cadre savant. La force de la SIEFAR, c’est que les chercheuses plus établies dans leur carrière qui y viennent ne sont pas là pour faire leur auto-promotion mais pour travailler à un objectif commun et pour accueillir de nouvelles recrues : c’est un lieu privilégié pour rencontrer des personnes qui partagent non seulement le même domaine scientifique, mais aussi les mêmes convictions.
D’après un entretien avec Nathalie Freidel, 10 décembre 2024.
Évelyne Berriot-Salvadore : savoir qui fait quoi
La publication, en 1990 chez Droz, de l’ouvrage tiré de sa thèse, Les femmes dans la société française de la Renaissance, vaut à Évelyne Berriot-Salvadore une invitation à participer aux colloques canadiens qui dans les années 1990, eurent un impact sur l’histoire de la SIEFAR avant la SIEFAR. À l’Université de Waterloo en 1993, elle présente une communication intitulée : « La problématique histoire des textes féminins ». Elle est de nouveau invitée à Montréal en 1997 par Diane Desrosiers, qui la reçoit par la suite dans ses séminaires.
Membre de la première heure dès la fondation de la SIEFAR, elle soutient le projet du Dictionnaire et propose un projet ambitieux pour le site : une fonctionnalité de stockage et de mise en commun des documents manuscrits. Pour avoir beaucoup travaillé sur les livres de raison et les correspondances, elle est en effet particulièrement sensible à la question du difficile accès aux sources.
L’idée, qu’Évelyne Berriot-Salvadore qualifie elle-même d’utopique, n’est pas réalisée. Mais la chercheuse souligne l’importance d’une autre fonctionnalité du site de la SIEFAR : le répertoire des membres et de leurs travaux. Enfin, on savait qui faisait quoi. Pour elle, une amélioration notable du site consisterait à permettre aux membres d’actualiser eux-mêmes leurs bibliographies.
D’après un entretien avec Nathalie Freidel, 4 juin 2025
Kathleen Wilson-Chevalier : un lien fort avec le domaine anglo-saxon
Diplômée de Berkeley, historienne de l’art, Kathleen Wilson-Chevalier obtient son doctorat à l’université Paris IV. La transition fut rude, du plus progressiste des campus américains à un système bien moins ouvert sur l’avenir. La rencontre avec Éliane Viennot a lieu en 1995, avec une collaboration autour du colloque « Royaume de Fémynie » (publié chez Champion en 1999 et récemment réédité chez Classiques Garnier, en 2023).
Kathleen Wilson-Chevalier est là aux tout débuts de la SIEFAR, se souvient de la première réunion à l’École des Chartes. Beaucoup avaient répondu à l’appel d’Éliane Viennot ; mais beaucoup ne sont jamais revenues. Bien des historiennes préféraient travailler sur les femmes en catimini, sans se dire féministes. Kathleen Wilson-Chevalier y voit l’héritage de la marginalisation des historiennes dans le système français, mise en lumière par le livre de Bonnie Smith (The Gender of History, 1998). Pour elle, les travaux de la SIEFAR, où elle s’engage de 2000 à 2008, devaient assurer une continuité avec les Early Women Studies initiées vers la fin des années -80, avec des travaux fondateurs comme ceux de Natalie Zemon-Davis.
La présence de Kathleen Wilson-Chevalier à la SIEFAR complémentait la forte présence intellectuelle des anglo-saxons et des collègues d’outre-Atlantique : Sheila ffolliott, Mary Garrard, Anne Prescott, Merry Wiesner-Hanks, Cathy Yandell et bien sûr, Danièle Haase-Dubosc, Ann Larsen, Diane Desrosiers, Philip Ford, Henriette Goldwyn, Colette Winn, Hannah Fournier.
En 2007, Kathleen Wilson-Chevalier publie, avec Eugénie Pascal, les actes du colloque « Patronnes et mécènes », devenus un ouvrage de référence. Pour elle, la SIEFAR a été « une société éclaireuse », notamment dans sa volonté d’avoir une présence en ligne, à l’époque des tous débuts d’Internet.
D’après un entretien avec Nathalie Freidel, 12 décembre 2024.
Isabelle Brouard-Arends : Ça n’allait pas de soi
Isabelle Brouard-Arends était présente aux tout débuts de la SIEFAR. Elle souligne la gageure qui consistait à travailler sur les femmes dans le contexte universitaire d’alors. Le mépris, le désintérêt, les obstacles. Si on voulait « faire carrière », il fallait se trouver un autre sujet. La reconnaissance a mis du temps à venir.
Elle a organisé en 2002 à Rennes (en terres sévignéennes) le premier colloque soutenu par la SIEFAR : « Lectrices de l’Ancien Régime », publié ensuite aux PUR (2003). Le contingent international, notamment nord-américain, parmi les contributeurices (en majorité des femmes) est impressionnant.
La dimension internationale de la SIEFAR est d’emblée une réalité. Ces renforts sont nécessaires car la France est à la traîne. Quand on travaillait sur les femmes, il ne fallait pas compter sur le soutien de son institution. Mais les étudiant·es étaient au rdv et les cours étaient pleins. La SIEFAR a permis aux chercheuses de se sentir légitimes, et de se retrouver entre femmes, en attendant que les mentalités évoluent (lentement).
D’après un entretien avec Nathalie Freidel, 11 décembre 2024.
Jean-Philippe Beaulieu : la contribution canadienne
Jean-Philippe Beaulieu signale l’importance des deux premiers colloques exclusivement consacrés aux écrivaines d’Ancien Régime, qui se sont tenus au Canada dans les années 1990 : Femmes et Textes sous l’Ancien Régime (Waterloo, 1993, organisé par Hannah Fournier et Jean-Philippe Beaulieu) ; Réflexion et réflexivité dans les textes des femmes sous l’Ancien Régime (Montréal, 1997, organisé par Diane Desrosiers et Jean-Philippe Beaulieu). « En réunissant des spécialistes qui travaillaient de manière isolée et trop souvent marginale, [ces événements] ont grandement contribué à façonner le sentiment que c’était là un champ d’études légitime et nécessaire, auquel de plus en plus de gens s’intéressaient. La question de la création d’une association œuvrant dans ce sens a été discutée lors du colloque de 1997, auquel participaient notamment Éliane Viennot et Nicole Pellegrin ».
« Un tel projet trouverait tout naturellement sa place outre-Atlantique ; si le mouvement avait été lancé en bonne partie par les Canadien·nes, les ressources institutionnelles et les chercheur·es étaient en nombre insuffisant au Canada pour soutenir un tel effort. […] Peut-être en raison de leur position entre Europe et Etats-Unis, les Canadien·nes semblent ainsi avoir joué un rôle de catalyseur et ont adhéré rapidement à la société ».
D’après un témoignage écrit, 23 décembre 2024.
Claude La Charité : un homme parmi les femmes
Alors qu’il effectue un premier cycle à l’Université McGill, Claude La Charité bénéficie de l’enseignement de Diane Desrosiers. La chercheuse a fondé le Groupe d’analyse et de recherche sur l’écriture des femmes au XVIe siècle (GARSE-XVI).
En 2000, peu après la fondation officielle de la SIEFAR, Claude La Charité soutient à l’Université Paris-Sorbonne une thèse de Doctorat consacrée à L’Instruction pour les jeunes dames (1572), de Marie de Romieu. Les débats sont houleux. On fait comprendre au jeune chercheur qu’en passant de Rabelais à Romieu, son royaume est tombé en quenouille. Il bénéficie néanmoins de l’appui d’Éliane Viennot, qui l’invite à rejoindre le CA de la SIEFAR.
Il y sera, pendant trois ans, le seul homme parmi les femmes, alors qu’il démarre sa carrière de professeur au Canada (au Manitoba puis à Rimouski). Il assiste à la mise en ligne du Dictionnaire et rédige plusieurs notices, dont celle sur Marie de Romieu.
En 2007, il organise à l’Université du Québec à Rimouski le colloque international « Femmes, rhétorique et éloquence sous l’Ancien Régime », qui s’inscrit dans le calendrier des colloques de la SIEFAR. Éliane Viennot y prononce la conférence plénière. Le dialogue transatlantique a le vent en poupe.
D’après un entretien avec Nathalie Freidel, 8 janvier 2025.
Aurore Evain : un lieu à soi
Aurore Evain arrive à la SIEFAR en 2001, avec la « première génération d’étudiantes » (Sandrine Lely, Cathy McClive, Jean-François Budin). En ce début des années 2000, étudier les autrices de théâtre de l’Ancien Régime, c’est se heurter à l’incompréhension, quand ce n’est pas l’hostilité du milieu universitaire. L’œuvre de Catherine Bernard est encore attribuée à Fontenelle et on s’en tient au verdict de Fumaroli, qui qualifie Le Favori de Villedieu de pièce (ou tragi-comédie) « à l’eau de rose ». Dans ces conditions, la SIEFAR représente un lieu refuge, où travailler en paix, en groupe et en lien avec les chercheuses américaines, qui ont ouvert la voie.
Aurore Evain est salariée par la SIEFAR pour alimenter le site Internet et publier la Newsletter de la société. Elle considère que ce travail éditorial a été très formateur. Elle intègre également le comité de pilotage du Dictionnaire, prenant en charge la section « Arts du spectacle ».
En 2004, elle lance l’affaire « Autrice », à l’occasion d’un séminaire dirigé par Éliane Viennot et Geneviève Sellier. C’est le début d’une longue aventure lexicologique, aujourd’hui couronnée de succès et dont on peut suivre les développements dans la rubrique « La Guerre des mots », sur le site de la SIEFAR.
De 2006 à 2011 paraissent, à La Cité des Dames, les 3 tomes d’une édition-événement : Théâtre de femmes de l’Ancien Régime – œuvre du trio Aurore Evain, Henriette Goldwyn, Perry Gethner. Grâce à l’entremise de Christian Biet, une réédition paraît en Classiques Garnier (4 tomes : 2014-2016) et la version en livre de poche est parue en 2025.
C’est enfin grâce à Aurore Evain que la SIEFAR s’est ralliée, bon gré mal gré, à la culture des réseaux sociaux. Merci à elle!
D’après un entretien avec Nathalie Freidel, 3 février 2025

