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Les marchés de l’érotisme galant (1650-1720)

2 March 2026

Depuis une dizaine d’années, de nombreux débats sur la galanterie, selon l’acception que la notion a prise au sein des études françaises sur l’époque moderne, ont interrogé sa double polarité de valorisation du genre féminin, dans une perspective égalitariste, et d’instrument de la domination masculine. À bien des égards, cette ambivalence se retrouve dans les discours et représentations érotiques élaborées dans la seconde moitié du XVIIᵉ siècle et au début du siècle suivant, en France, ainsi que dans plusieurs pays d’Europe. Or la même époque voit également l’expansion et la segmentation du marché des biens culturels (livre, gravure, peinture, image, musique), sous l’influence de cette culture galante. L’érotisme ne demeure pas en reste : entre « galanterie » et « marché culturel », il devient à la fois un produit, un langage et un espace d’expérimentation pour les représentations du désir, des rapports de genre et des normes sociales.

Le colloque se propose d’explorer et d’interroger ce nouveau marché des productions érotiques (imprimés, manuscrits, musique, peinture, arts décoratifs), qui prend forme au sein ou en parallèle du développement de la galanterie, en portant un regard sur l’économie des biens culturels dans sa dimension européenne et en prenant en compte l’évolution des représentations au cours du siècle. On sera attentif, en premier lieu, au fait que les années 1650 en France sont marquées par l’essor d’un érotisme nouveau, qui reconfigure et questionne les formes « satyriques » ou grivoises qui dominent dans le premier XVIIe siècle. Loin de se réduire à des actes subversifs ou transgressifs, les publications érotiques s’actualisent à un « art d’écrire » visant un public acquis à des valeurs « gynocentriques ». Cette production abondante, traduite dans une diversité inédite de genres (nouvelles, romans, contes, théâtre, etc.), véhicule ainsi des représentations renouvelées des rapports entre hommes et femmes : l’accent est mis sur des exigences d’égalité et de plaisir partagé, les formes ludiques et heureuses de relations sexuelles sont favorisées, le consentement est valorisé.

À partir d’éclairages fondés sur des enquêtes transversales ou des études de cas, mais aussi d’approches prenant d’autres aires géographiques et d’autres disciplines, le colloque ambitionne de mettre en lumière ce que la prise en compte, à l’échelle européenne, des conditions de production et de réception (configuration du marché, circonstances de publication, acteurs et actrices de la création et de la diffusion) fait à la compréhension de ces discours « galants » (ou « anti-galants ») sur la sexualité. Par un mouvement inverse, il s’agira aussi de montrer ce qu’apporte une perspective genrée à l’analyse du marché de l’érotisme et de ses acteurs. On s’interrogera également sur les relations qu’entretient la représentation de l’érotisme avec les modèles de comportement et les conduites : est-il envisageable que les scènes représentées aient un rapport quelconque avec des pratiques effectives ? Ces œuvres, qui s’efforcent de produire un effet sur les lectrices et lecteurs, aboutissent-elles à des actions concrètes ? En écho aux travaux récents sur les violences sexistes et sexuelles, ces questionnements pourront faire une place aux rapports de pouvoir et de domination, notamment genrés et sociaux, qui se jouent dans les discours et représentations érotiques.

Si ces phénomènes sont bien perceptibles dans la France du XVIIe siècle, le colloque a toutefois pour ambition d’interroger également leur existence et leur circulation dans les espaces culturels et linguistiques voisins. Sa vocation est, en outre, résolument interdisciplinaire, en appelant à la contribution d’enquêtes relevant de l’histoire sociale et culturelle, de l’histoire du livre et des collections, des études littéraires et de l’histoire des arts (peinture, gravure, musique…).

Les communications pourront aborder, de manière non limitative, les pistes suivantes :

1. Marchés et production, en France et en Europe

Acteurs et actrices de la production des œuvres érotiques (dans un contexte où de nombreux signes attestent une participation accrue des femmes à la création et à la consommation culturelles)
Marchés à double niveau : autorisé vs non autorisé, imprimé vs manuscrit (y compris copies)
Interactions ou autonomie des marchés, envisagés à l’échelle européenne
Techniques de production, réemplois, recueils
Tactiques polémiques et économie de la réaction
Politiques de l’offre, création et segmentation de marchés
Contrôle des écrits, police du livre, censure
Illustrations et réillustrations des ouvrages imprimés

2. Discours, esthétiques et postures

Male / female gaze : qui écrit, qui parle, qui regarde ?
Genres picturaux, musicaux ou littéraires privilégiés dans le marché de l’érotisme
Érotisme et normes du bien-dire ou de la bienséance, acceptabilité ou non des discours
Les mots du sexe : lexique et reconnaissance de l’érotisme dans les textes du passé, actualisation au goût galant

3. Réception, circulation, lecture

Publics : lecteur·rices, spectateur·rices (émergence du public féminin), publics imaginés et consommation documentée
La scène sexuelle envisagée à travers la notion de script sexuel (scénarisation sociale, rôles de genre, normativité, etc.)
Bibliothèques de France et d’ailleurs, collections érotiques et cote « Enfer » de la BnF
Réception, circulation, traductions et adaptations à l’échelle européenne

Les propositions d’environ 350-500 mots, accompagnées d’un CV actualisé, sont à envoyer d’ici le 15 juillet 2026 à l’adresse suivante : colloque_erosgalant2027@googlegroups.com. Elles peuvent être rédigées en anglais ou en français.

Comité d’organisation :

Claude Bourqui, Université de Fribourg

Mathilde Bombart, Université Lumière – Lyon 2

Michèle Rosellini, ENS de Lyon

Anouk Delpedro, Université de Fribourg

Arnaud Wydler, Université de Fribourg

Comité scientifique :

Jean-Christophe Abramovici, Université Paris-Sorbonne

Nathalie Grande, Université de Nantes

Sophie Houdard, Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle

Vitus Huber, Université de Fribourg

Véronique Lochert, Université de Haute-Alsace

Cinthia Meli, Université de Genève

Nina Mueggler, Université de Neuchâtel

Marie-Frédérique Pellegrin, Université Grenoble-Alpes

Déborah Steinberger, University of Delaware