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Avec contrepartie. Consentement et transactions sexuelles, du XVIIIe siècle à nos jours

2 March 2026

Depuis 2017, la médiatisation du mouvement MeToo s’est accompagnée dans le champ des sciences humaines et sociales d’un renouveau des recherches sur le consentement. Qu’il s’agisse de faire l’histoire du consentement comme norme (Théry 2022), d’interroger sa prise en compte dans l’arène judiciaire (Pérona 2022 ; Mornington et al. éds. 2023 ; Le Meur 2025) ou d’analyser sa place dans la sexualité la plus ordinaire (Boucherie 2019 ; Lévy-Guillain 2024), les terrains d’enquête se sont multipliés. Toutefois, la discussion a fait peu de place à un sujet pourtant ancien dans l’histoire de la réflexion féministe : celui des transactions sexuelles. Dans les années 1980, la question du consentement des travailleuses du sexe – plus que des travailleurs – avait déjà été âprement débattue dans les « sex wars » nord-américaines (Rubin 1984 ; Dworkin 1993 ; Möser 2022). Depuis, la prostitution est demeurée un objet central dans la théorie politique féministe, et notamment celle qui s’intéresse au consentement (Fraisse 2007 ; Serra 2024). Cependant, les modalités et la spécificité du (non)consentement dans les pratiques transactionnelles, à une échelle fine, restent à interroger.

Cette journée vise à réinvestir ce chantier en interrogeant la place du consentement dans les « transactions sexuelles », au-delà du seul cadre de la prostitution. Déplaçant le regard par rapport aux débats théoriques autour de cette question, le projet de cette journée est de décrire, documenter et analyser la manière dont consentement et transactions s’articulent dans des pratiques sociales historiquement situées. Organisée par l’équipe de l’ANR ConSent,elle vise à contribuer à l’étude « au ras-du-sol » de la norme de consentement, du XVIIIe siècle à nos jours. L’appel est ouvert aux chercheurs et chercheuses de toutes les disciplines de sciences humaines et sociales travaillant sur des terrains français, européens et extra-européens ; les communications (vingt minutes), en français ou en anglais, devront replacer leur sujet dans son contexte historique précis, quels que soient la période et le matériau mobilisé (archives, publications, images, récits, œuvres cinématographiques, témoignages, entretiens, observations, etc.). Un projet de publication sous forme de numéro de revue sera proposé aux participant·es.

Transactions sexuelles et consentement : une rencontre à venir ?
Depuis les années 2000, les « transactions sexuelles », entendues comme l’ensemble des pratiques sexuelles « donnant lieu, directement ou non, à une rétribution matérielle, financière ou symbolique » (Broqua et al. 2014), sont devenues un objet à part dans l’anthropologie des sexualités. Inspirées par le concept « d’échange économico-sexuel » de Paola Tabet (Tabet 2012), ces recherches ont permis d’envisager les multiples manières dont la sexualité peut-être un lieu de transaction, au-delà du cadre du travail du sexe, et comment divers rapports de pouvoir ou de domination s’y imbriquent (Benquet et Trachman 2009). Toutefois, la question du consentement des acteur·ices dans ces transactions n’a pas été centrale dans ces travaux pionniers.

Du côté de l’histoire, les recherches sur la sexualité transactionnelle sont longtemps restées polarisées par la distinction entre prostitution et sexualité « ordinaire ». Outre des figures ambivalentes comme la demi-mondaine (González Quijano 2016), ce sont surtout les formes socialement reconnues de la prostitution qui ont été étudiées (Corbin 1978 ; Plumauzille 2016). La question du consentement a émergé, dans ce cadre, par l’intermédiaire de l’histoire du trafic d’êtres humains, particulièrement au temps des croisades morales contre la « traite des blanches » au début du XXe siècle (Chaumont 2009). Si les débats législatifs nationaux se concentraient alors sur la question sanitaire et la préservation morale des jeunes filles (Machiels 2008 ; Quincy-Lefebvre 2011), le consentement des femmes à la prostitution est devenu un enjeu dans la régulation des migrations prostitutionnelles (Camiscioli 2019). Dans les faits, les historien·nes notent que le consentement des femmes pouvait fluctuer au fil de la trajectoire biographique, entre l’entrée dans la prostitution et l’engrenage de la soumission ou de l’endettement vis-à-vis des proxénètes (Blanchard 2022 : 343 ; Millot 2023), ou encore, sur le plan discursif, selon qu’elles s’adressaient à leurs familles ou aux autorités (Camiscioli 2019).

Dans tous ces travaux, la question de l’interaction avec les clients est plus rarement approfondie. Dans les études qui considèrent que la prostitution est intrinsèquement violente, le consentement des pourvoyeur·ses de sexe face à leurs client·es n’est pas discuté (Duché et Rugy 2021). Pourtant, dans une perspective sociologique, Lilian Mathieu distingue, parmi les multiples violences que subissent les travailleuses du sexe à l’époque contemporaine, des violences proprement « sexuelles » (Mathieu 2002), signe que certaines pratiques plutôt que d’autres outrepassent leur consentement. Dès lors, comment décrire la construction interactionnelle de l’accord (ou sa violation) entre pourvoyeur·ses et demandeur·se de sexe ? En amont, que dire des transactions sexuelles des siècles passés, dans et par-delà les arènes socialement reconnues de la prostitution en maison close ou du racolage de rue ?

À l’inverse, la question du consentement a été centrale dans les recherches sur les violences sexuelles, mais en laissant dans l’ombre la place des transactions. Certes, les crimes ou délits sexuels à l’époque contemporaine, nouvellement compris comme des violences contre la personne (Vigarello 1998), ne sont pas définis par le fait d’offrir une contrepartie au sexe. Cependant, des traces de rétributions proposées ou reçues sont observables dans les dossiers de justice. Comment les interpréter, et quels effets ont-elles sur l’appréhension des cas, que ce soit par les acteur·ices de l’arène judiciaire ou par les chercheur·ses ? La question est plus sensible encore pour des crimes et délits sexuels qui présument l’impossibilité du consentement, telles les relations sans violence, contrainte ou surprise avec les enfants·es et adolescent·es, progressivement codifiées aux XIXe-XXe siècles (Ambroise-Rendu 2009). Bien que les juridictions des siècles passés n’y aient pas toujours prêté attention[1], les rétributions accordées aux mineur·es y sont fréquentes. Il reste donc à décrire finement comment le mécanisme transactionnel contribue à l’obtention ou l’extorsion du consentement dans ces relations. Cela vaut également pour d’autres rapports non-coercitifs sanctionnés aujourd’hui – mais pas avant la fin du XXe siècle – par le droit, comme ceux qui impliquent une autorité de fonction d’un·e partenaire sur l’autre[2].

Dans l’ordinaire de la sexualité hétérosexuelle (flirt, dating, sexualité de couple ou extraconjugale), des mécanismes de redevabilité sont parfois soulignés (Carbajal et al. 2019), mais l’hypothèse d’actes sexuels consentis en échange de rétributions ponctuelles et/ou explicites reste à élucider. Aux époques moderne et contemporaine, c’est pourtant clairement le cas dans la sexualité prénuptiale, où la promesse de mariage tient lieu de terme d’échange (Sohn 1996a : 580 ; Mortas 2017 : 356 ; Philip 2022). L’articulation entre transactions et consentement est mieux travaillée du côté des sexualités minoritaires. Il en va ainsi de la sexualité intergénérationnelle entre hommes, que l’histoire queerappréhende communément sous le terme de « pédérastie moderne » (Amin 2017). Les relations entre garçons – enfants, adolescents ou jeune hommes – et adultes plus âgés sont émaillées de nombreuses rétributions financières ou matérielles (argent, billet de cinéma, cigarettes, invitation au restaurant, logis, etc. – Maynard 1997 ; Revenin 2015). Les historien·nes débattent fréquemment des marges de manœuvre des jeunes qui participent à ces transactions, et donc de leur capacité à consentir (Périssol 2008 ; Brickell 2012, Cleves 2020, Trichard 2024).

Ce type de questionnement est aussi très présent dans l’histoire des transactions sexuelles en contexte de conflit ou d’oppression radicale. Dans le champ des études sur les relations sexuelles dans le système concentrationnaire et d’extermination nazi, certain·es auteur·ices avancent l’existence de rapports de « troc [barter] » sexuel laissant place à l’agentivité des acteur·ices, malgré les impératifs de la survie et les hiérarchies exacerbées de la vie des camps (Hájková 2021 ; Bos 2024). D’autres pointent du doigt l’existence de relations de quasi-esclavage sexuel, obérant tout libre-arbitre (Sommer 2014 ; Jones 2024). On retrouve des questionnements analogues dans l’étude des rapports sexuels en contexte esclavagiste (Owens, 2023).

Décrire, contextualiser, interpréter : des pistes pour appréhender le (non-) consentement transactionnel
Si l’on peut à raison considérer la sexualité comme un lieu d’échange en toute circonstance, c’est bien aux situations dans lesquelles le sexe est obtenu ou accordé sous condition d’une rétribution explicite que nous nous intéressons, que cette rétribution soit matérielle ou non, verbalisée ou non, en aval ou en amont du sexe, et quel que soit le genre des partenaires. Quant au consentement, nous l’envisageons ici non seulement comme un rapport à soi, mais aussi comme le résultat d’une interaction – l’établissement d’un accord entre deux partenaires disposant de marges de manœuvres – et comme une disposition relationnelle – la plus ou moins grande propension à prendre en compte du consentement d’autrui. Configuration singulière de la sexualité, les transactions sexuelles posent de multiples questions en matière de consentement. Nous les déclinons ci-dessous en trois axes, qui sont autant d’invitations à la réflexion. Nous invitons les participant·es à réfléchir aux méthodes possibles pour aborder ces différentes questions, ainsi qu’à leurs limites.

Axe 1 – Décrire et comprendre les signes du consentement à la sexualité dans le contexte transactionnel
Dans le contexte d’une transaction sexuelle, acteurs et actrices doivent signaler leur intention ou leur disponibilité, tant du côté de ceux et celles qui rétribuent que de ceux et celles qui offrent. La sollicitation peut émaner de l’offreur·se comme de celui ou celle qui demande un rapport, et s’exprime de diverses manières. Les éventuels signes de disponibilité sont également de nature diverse : un signal verbal fondé sur un vocabulaire partagé, la manipulation d’un objet, ou un geste scellant l’accord. Ce premier axe invite les participant·es à analyser ces signes de l’assentiment à la transaction sexuelle, qui varient selon les lieux, les époques et le cadre de la transaction. Les sexualités transactionnelles se déploient en effet dans une multitude d’espaces : des cafés, restaurants, théâtres, bals, cafés-concerts à Paris au XIXe siècle (González-Quijano 2015) aux plages contemporaines du Pérou (Roguet 2025). Elles se logent également, parfois, au cœur des espaces les plus ordinaires de la sexualité, telle la chambre à coucher, ou dans des lieux de la vie quotidienne investis sexuellement de façon ponctuelle (le lieu de travail, le champ, le bois, l’urinoir, le jardin public). Il serait intéressant d’observer les variations de l’expression de la disponibilité selon le caractère privé, public ou exposé au regard de l’échange (Iacub 2008).

L’accord formulé, la transaction elle-même peut porter sur différents aspects de la relation à venir : sa durée (un tarif horaire, par exemple, pour le camming – Jones 2020), le montant et le type de rétribution prévu (argent, ressources diverses), la nature exacte des gestes et des pratiques sexuelles, la manière de mettre en œuvre certains actes (le niveau d’intensité admis dans le cadre de pratiques comme le fouet ou le choking). Au fil des échanges ou des négociations, peut-on faire l’hypothèse d’une production interactionnelle du consentement de part et d’autre de la transaction ? Les temporalités de la discussion, ses canaux et ses interfaces ont-ils un effet sur ce processus ? Et lorsque celui ou celle qui propose un service sexuel affiche une « spécialisation », comme c’est le cas dans les petites annonces de la presse de la Belle Époque (Mortas 2020 ; Gaillard 2024) la production du consentement à la transaction est-elle reconfigurée ?

La spécificité des lieux explicitement dédiés aux transactions sexuelles, tels que les maisons closes, doit être interrogée. Qu’y deviennent les signes du consentement, et qu’en perçoivent les client·es ? Ces derniers présument-ils un consentement collectif ? Dans quelle mesure ces espaces permettent-ils une négociation individualisée du consentement, dans un contexte où les contraintes pesant sur les pratiquant·es de la prostitution peuvent être très lourdes ? Cela pose la question du poids des intermédiaires impliqué·es dans la transaction sur la formulation du consentement. Des coalitions locales d’acteur·ices – par exemple, des travailleur·ses du sexe s’accordant sur le prix des passes –, peuvent également peser sur les échanges.

C’est de l’ensemble des éléments de cette négociation que peuvent émerger désaccords, malentendus ou conflits pouvant faire basculer la relation dans la violence sexuelle. Considérant les étapes conduisant à l’interaction sexuelle, peut-on faire l’hypothèse d’une spécificité du (non)-consentement en contexte transactionnel ? La présence d’une négociation explicite (plutôt qu’implicite), voire d’une contractualisation, constitue-t-elle la condition et la matérialisation du consentement transactionnel ? Et comment les autorités régulant ou encadrant ces relations apprécient-elles les conditions de l’accord dans leur saisie des transactions sexuelles ?

Axe 2 – Le consentement transactionnel, observatoire des rapports de pouvoir dans leur contexte sociohistorique
Chacune de ces questions doit être considérée dans l’environnement socioculturel et juridique dans laquelle la transaction sexuelle est menée. Les transactions sexuelles s’inscrivent en effet dans un maillage de rapports de pouvoir qui croisent la classe, le genre, la race ou encore l’âge, mais aussi les hiérarchies juridiques et de statut propres aux sociétés de castes, d’ordres, ou esclavagistes. Au Moyen-Âge, les prostituées sont principalement de jeunes femmes pauvres, immigrées ou isolées (Lett 2024) ; c’est aussi le cas de la majorité des prostituées enfermées à la Salpêtrière pendant la Révolution française (Plumauzille 2013). Dans les rapports transactionnels intergénérationnels, les rapports d’âge et de classe sont souvent mêlés.

Pourtant, la transaction sexuelle implique un rapport biaisé aux différentiels de pouvoir qui séparent les partenaires. Plutôt qu’une imposition unilatérale de la volonté de l’un·e sur l’autre, elle donne l’apparence d’un échange où chacun·e a une capacité d’agir. Faire l’histoire du consentement des acteur·ices à la sexualité transactionnelle oblige ainsi à décrypter le poids réel des rapports de pouvoir entre partenaires sur leurs marges de manœuvre dans la négociation, donc sur leur agentivité (Garrau 2021). D’un contexte à l’autre, la production du consentement aux transactions sexuelles fait-elle place à l’agentivité des acteur·ices ? Les transactions réactualisent-elles ou perturbent-elles les dynamiques de pouvoir propres à une société donnée ? La question vaut tant pour les « spécialistes » des sexualités transactionnelles que pour ceux et celles qui les pratiquent ponctuellement.

Les marges de manœuvre des acteur·ices doivent être appréciées au regard de processus historiques dynamiques. En contexte colonial par exemple, et plus généralement dans des contextes de racialisation (Taraud 2003 ; Séquin 2024), la définition du consentement dépend de la perception d’une disponibilité sexuelle spécifique aux corps racisés (Dorlin 2009). La production du consentement peut aussi être fortement affectée et réorganisée par des événements historiques, en particulier par les guerres qui transforment la géographie et les marchés de la sexualité transactionnelle. Lorsque l’accès au corps des femmes est présenté comme la récompense d’un engagement militaire, le consentement des prostituées – et des autres femmes (Anonyme 2007 [1954]) – est considéré comme acquis : voir par exemple le cas des GIS en 1945 (Roberts 2013). Plus généralement, si l’on considère la transaction sexuelle comme un travail qui s’inscrit dans un marché, le consentement à cette transaction est alors pris dans des enjeux d’offre et de demande propre à chaque situation historique : une offre dense, comme celles des ports de Bristol et Nantes au XVIIIesiècle (Pluskota 2016) limite la possibilité de négocier la teneur exacte de la transaction, à l’inverse des zones où les propositions sont moins nombreuses.

Axe 3 – Transactions, consentement et culture sexuelle : un lieu d’apprentissage du consentement ?
Plus rarement envisagée, la place des transactions dans l’apprentissage du consentement constitue un chantier à explorer. En effet, la transaction oblige à expliciter des attentes qui, dans les sexualités « ordinaires » ou juridiquement encadrées – pour la France, le mariage dans le Code Civil de 1804, par exemple – peuvent rester implicites. La négociation d’une transaction suppose que le sexe n’est pas tenu pour acquis, et que la personne qui accorde un rapport à l’autre peut y poser des conditions. Il y a donc un apprentissage, de part et d’autre, qui consiste soit à savoir comment et à qui demander une transaction, soit à accueillir la demande et à négocier son consentement. Cette expérience est susceptible de développer des compétences chez les deux partenaires, qu’elles soient verbales ou comportementales, ainsi qu’une disposition particulière à l’égard de la sexualité.

La journée pourra être l’occasion d’interroger cet apprentissage du point de vue des personnes qui fournissent la prestation sexuelle. L’« entrée » dans la sexualité transactionnelle est-elle un moment d’apprentissage de la négociation du consentement, comme le suggèrent de récentes réflexions sur l’expérience de la prostitution comme lieu de négociation explicite avec un client (Despentes 2006) ? Cette question de l’apprentissage peut aussi être posée du côté des client·es et autres demandeur·ses, dès lors qu’on s’intéresse à leur point de vue sur les transactions (Rubio 2020). Rétribuer quelqu’un pour un acte sexuel, est-ce apprendre que la sexualité n’est pas un dû, et donc qu’il est nécessaire d’obtenir l’accord de l’autre pour y accéder ? Et au-delà du cadre transactionnel, des transferts et effets retours de ces apprentissages s’observent-ils dans le domaine sexualités plus « ordinaires » et légitimes, au fil de l’accumulation d’un capital d’expérience par la négociation de l’accès à la sexualité ?

Cette question peut s’envisager à l’échelle des parcours individuels, en interrogeant l’évolution du rapport au sexe de personnes ayant fait l’expérience de transactions sexuelles. Mais elle doit aussi se poser à l’échelle macroscopique, soit celle des expériences collectives. Par exemple, le recours massif à la prostitution pour les hommes jusqu’au mitan du XXe siècle a-t-il constitué une expérience socialisatrice en matière de consentement ? La négociation de la sexualité en contexte de transaction est-elle un lieu d’élaboration d’une « culture sexuelle » plus générale, dont on retrouverait les traces ailleurs, reformulées et appropriées au long de la dynamique de romantisation du couple et des aspirations affectives dans le mariage ? Autrement dit, les formes de sexualités transactionnelles diverses et variées ont-elles contribué à l’émergence d’une culture du consentement depuis le XVIIIe siècle ?

Modalités de contribution
Les propositions (500 mots max.) sont attendues par e-mail pour le 15 mai 2026 aux adresses suivantes : romain.jaouen@sciencespo.fr et caroline.muller@univ-rennes2.fr. Elles devront préciser le cadre de la recherche, son objet et sa méthodologie. Les auteur·ices sont notamment invité·es à préciser leur approche des concepts de « transaction » et de « consentement », quels que soient leurs arbitrages à ce sujet. Une bibliographie indicative est souhaitée (max. 10 références). Outre la proposition, une brève présentation des auteur·ices est attendue, dans une limite de 100 mots.

Une réponse aux propositions sera donnée avant le 15 juin 2026.

Une participation aux frais d’hébergement et de transport est prévue pour les participants et participantes.

Comité scientifique
Myriam Deniel Ternant (Paris Nanterre-MéMo)
Anne Grand d’Esnon (ENS Lyon-Triangle)
Romain Jaouen (ENS Lyon-Triangle / Sciences Po Paris-CHSP)
Aïcha Limbada (Artois-CREHS)
Caroline Muller (Rennes 2-Tempora / IUF)
David Simard (UPEC-LIS)
Daria Sobocinska (ENS Lyon-Triangle / Université de Lille-Clersé)
Laura Tatoueix (CNRS-TEMOS)
Juliette Zabetta (Lumière Lyon II-LARHRA)

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Depuis la Loi n° 80-1041 du 23 décembre 1980, les relations même consentantes entre mineur·es de plus de 15 ans et personnes exerçant une autorité sur eux en vertu de leur fonction sont interdites.