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Jeanne D’Orléans

Notice de Sylvain Picaud, 2025

Fille de Charles d’Orléans, comte d’Angoulême (1459-1496) et de sa concubine, Jeanne de Polignac, Jeanne d’Orléans est née vers 1475, probablement à Cognac. Sa mère est issue d’une famille noble de Saintonge, entrée au service de la famille d’Angoulême vers le milieu du XVe siècle. Le couple a une autre fille, Madeleine, née vers 1476, qui mourra abbesse des bénédictines de Jouarre en 1543. Jeanne et Madeleine ont une demi-sœur, Souveraine (†1551), née de la liaison entre Charles d’Angoulême et Jeanne Conte ou Le Comte, qui épousera, en 1513, Michel Gaillard, seigneur de Longjumeau. Toutes trois sont les demi-sœurs de Marguerite (future reine de Navarre) et François d’Angoulême (futur roi de France), enfants légitimes du comte et de son épouse Louise de Savoie.

Jeanne d’Orléans entre au service de cette dernière dès son arrivée à Cognac, et y restera jusqu’à la mort de celle-ci, en 1531. Elle est explicitement citée dans le testament de son père, qui demande que soient versés 2000 écus d’or à sa « fille bastarde » pour aider à ses futures noces.

À la mort de Charles VIII (1498), Jeanne accompagne la famille d’Angoulême à Amboise, où le nouveau roi, Louis XII, souhaite avoir près de lui François d’Angoulême, dont il partage la tutelle avec Louise, sous la garde du Maréchal de Gié. Ce dernier arrange le mariage de Jeanne d’Orléans avec Jean Aubin, sire de Surgères. C’est sans doute à cette occasion que, le 4 août 1501, Jeanne est légitimée par Louis XII, sous le nom de Jeanne d’Orléans. Veuve vers 1505, elle est remariée vers 1510 à un puissant seigneur bourguignon, Jean de Longvy, baron de Pagny et de Binans, seigneur de Givry [Gevry], Mirebeau, Fontaine-Française, etc. Dès lors, elle est également appelée « Madame de Givry. »

Lorsque François d’Angoulême monte sur le trône sous le nom de François Ier, Jeanne d’Orléans demeure protégée de la nouvelle famille royale. Les archives contiennent de nombreuses traces de la générosité du roi envers sa « chère et bien aimée sœur naturelle », qu’il s’agisse du don de seigneuries ou de versements en numéraire. Ainsi, après son second veuvage, survenu vers 1521, Jeanne reçoit le comté de Bar-sur-Seine (en mars 1523 [n.st.]) qui lui permet de tenir son rang à la Cour et de compenser les cessions faites à sa belle-famille qui revendiquait l’héritage de Jean de Longvy, mort vers 1520-1521. Après la mort de Louise de Savoie, Jeanne intègre la maison de la seconde épouse du roi, Eléonore d’Autriche, dont elle devient dame d’honneur en 1535, après la disgrâce de Louise de Montmorency.

Quatre filles naissent de son second mariage. L’aînée, Françoise de Longvy, née vers 1512, est mariée, par contrat du 10 janvier 1527 [n.st.], à Philippe Chabot (†1543), seigneur de Brion, grand amiral de France, gouverneur de Bourgogne. Les deux suivantes, Claude et Louise, sont confiées à leur tante Madeleine, abbesse de Jouarre. La dernière, Jacquette de Longvy, est promise en mariage à Louis de Bourbon-Montpensier (1513-1582) par un contrat signé à Mantes-la-Jolie le 3 mars 1535 (le mariage est célébré en août 1538). Ce mariage, négocié dans le prolongement de la « Paix des Dames » et célébré en aout 1538, scelle le retour en grâce des Bourbon-Montpensier, à qui le roi rend une partie de leurs biens, dont le comté de Montpensier, érigé en duché-pairie en 1539.

Jeanne d’Orléans meurt à l’abbaye de Jouarre le 4 décembre 1538. Inhumée dans le chœur de l’église, elle y sera rejointe par sa sœur Madeleine (†1543), puis ses filles, Claude (†1552) et Louise (†1559), cette dernière ayant succédé à sa tante à la tête de la communauté. L’écu de Jeanne d’Orléans est gravé dans la nef de la chapelle de Pagny-le-Château (Côte d’Or), résidence de Françoise de Longvy, ainsi qu’à la voûte de la chapelle de Jacquette de Longvy, située à gauche du chœur de la Sainte-Chapelle de Champigny-sur-Veude (Indre-et-Loire), résidence des Montpensier. Il est reproduit dans le livre Encomium trium Mariarum de Jean Bertaud, dédicacé à Claude de Longvy (1482-1561). L’ouvrage est une commande de Jeanne d’Orléans qui l’aurait offert à son beau-frère à l’occasion de son élection au siège épiscopal de Langres en 1529.

Dans ce livre, l’imprimeur Josse Baden vante la libéralité de la « patronne des lettrés » et d’une princesse digne d’être appelée « la dixième muse et la quatrième grâce ». Cependant, nous ne savons quelles réalisations ont motivé ces qualifications. Les nombreuses sources qui la mentionnent ne permettent pas davantage de connaitre son rôle politique, ni même sa personnalité.

Principales sources
  • Archives Nationales (Paris), Trésor des Chartes, JJ 235, fol 107, n° 323, acte de légitimation de Jeanne d’Orléans, fille du défunt comte d’Angoulême et de Jeanne de Polignac, 4 août 1501.
  • Archives départementales de l’Aube (Troyes), D 99, Articles du contrat de mariage de Jean de Longvy et de Jeanne d’Orléans (non daté).
  • Archives départementales de Côte d’Or (Dijon), C 2486 ; B 12011, fol 147 ; B 12021, fol 1109.
  • Bibliothèque nationale de France (Paris), Français, 7856, fol 851, fol 1013 ; Clairambault 816, fol 366 et Clairambault 835, fol 1941; Nouvelles acquisitions 9175, fol 688.
  • Henry Baudot, « Description de la chapelle de l’ancien château de Pagny, précédée de quelques détails historiques sur ce château et les seigneurs qui l’ont possédé », Mémoires de la Commission des antiquités du département de la Côte d’Or, tome I (Dijon, 1841) p. 355-340.
  • Catalogue des actes de François Ier, Tome I, Paris, 1887, acte 1787, p. 333; Tome V, Paris, 1892, acte 18084, p. 664.
  • Nicolas Coustureau, La vie de Louis de Bourbon surnommé le Bon, premier duc de Montpensier, Rouen, Jacques Cailloué, 1642, p. 119-121.
  • René de Maulde La Clavière, Procédures politiques du règne de Louis XII, Paris, Imprimerie nationale, 1885; p. lxix, p. 312, p. 314, p. 364 et p. 720.
  • Claude-Henri Piraud, « Dans nos collections: Éloge des trois Marie, par Jean Bertaud, 1529 », Bulletin de la Société Historique et Archéologique du Périgord, tome CXLVIII, 2021, p. 348-356.
  • Edmond Sénéhaud, La bibliothèque de Charles d’Orléans, comte d’Angoulême, au château de Cognac en 1496, Paris, A. Claudin, Libraire, 1861, p. 14.
Choix bibliographique
  • Belleval (marquis de), Les bâtards de la Maison de France, Paris, Librairie historique et militaire Henri Vivien,, 1901, pp.137-138.
  • Germaine Guillaume, « Le xvie siècle – La crise protestante », Dom Yves Chaussy et al., L’abbaye royale Notre-Dame de Jouarre, Paris, Bibliothèque d’histoire et d’archéologie chrétiennes, 1961, vol. 1, Chapitre V, p. 132.
  • Louis-Emmanuel Marcel, Le Cardinal de Givry, s. l., chez l’auteur, tome 2, 1926, p. 479-483.
  • Kathleen Wilson-Chevalier, « Louise de Bourbon-Montpensier, l’article XXV du traité de la «paix des Dames» et la chapelle de Champigny-sur-Veude », in Jonathan DumontLaure FagnartNicolas Le RouxPierre-Gilles Girault (dir.), La paix des Dames, 1529, Tours, Presses universitaires François Rabelais, 2021, pp. 325-345.
Réceptions
  • « L’Illustrissime princesse de Givry, comtesse de Bar, et sœur naturelle du très chrétien roi de France François Ier, Dame Jeanne d’Orléans, patronne des lettrés les plus heureux et de tous les véritables nobles, mériterait d’être appelée la dixième muse et la quatrième grâce si vous considériez la brillance de son intellect, le charme de son discours, la décence de ses manières et toute la charité de sa vie… » (par Josse Bade, “Epistola”, Jean Berthaud, Encomium trium Mariarum cum earundem cultus defensione adversus Lutheranos, Paris, Josse Bade, 1529, fol. LXXXI;)
  • Titre(s)
    Demoiselle de Surgères, dame de Givry, comtesse de Bar-sur-Seine
  • Conjoint(s)
    Jean Aubin, sire de Surgères et de Malicorne ; Jean de Longvy († vers 1521), baron de Pagny et de Binans, seigneur de Mirebeau, Fontaine-Française, Givry, etc., sénéchal de Bourgogne.
  • Dénomination(s)
    Madame de Givry
Biographie
  • Date de naissance
    vers 1475
  • Date de décès
    04/12/1538
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