Anne Gasnier

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Anne Gasnier
Conjoint(s) Jean-Clément du Vault et de Monceaux
Jean Bourdon sieur de Saint-François et de Saint-Jean
Biographie
Date de naissance 1611
Date de décès 1698
Notice(s) dans dictionnaire(s) ancien(s)


Notice de Julie Roy, 2005.

Fille aînée de Claude Gasnier, bourgeois de Paris, et de Marie Chaunay (Chauvoy), Anne Gasnier naît à Paris en 1611. Mariée en 1625 à Jean Clément Du Vault et de Monceaux, chevalier de Saint-Louis et colonel d'un régiment de chevaux-légers, elle devient veuve quelques années plus tard. Le 15 juin 1649, elle rédige son testament à La Rochelle et s'embarque pour la Nouvelle-France. Elle y rejoint sa fille unique, Claire-Françoise, et son gendre, Denis-Joseph Ruette d'Auteuil, maître d'hôtel du Roi et procureur au Conseil souverain à Québec. À son arrivée en septembre, elle achète l'ancienne maison des hospitalières, à Sillery, près de Québec, et la Compagnie des Cent Associés lui concède la seigneurie de la Rivière-Jacques-Cartier au Nord de Québec. Elle s'y installe quelques mois après son arrivée, laissant la maison de Sillery à son gendre et à sa fille. À l'automne 1650, Anne se rend en France, accompagnée de son gendre, afin de régler quelques affaires d'ordre administratif. Pendant son absence, sa fille Claire-Françoise s'enfuit avec un autre homme. Les autorités coloniales ordonnent sa mise sous surveillance en attendant le retour du mari et de sa mère. L'automne suivant, elle réintègre la maison familiale.

Devenue l'amie de Barbe de Boulogne, épouse de Louis d'Ailleboust de Coulonge, ancien gouverneur de la Nouvelle-France, Anne Gasnier se consacre aux oeuvres charitables de la colonie. Les deux femmes secondent les miséreux, visitent les prisonniers et s'occupent de leur donner une sépulture. Bien qu'elle ait d'abord choisi de ne pas de remarier, Anne épouse, le 21 août 1655, Jean Bourdon de Saint-François et de Saint-Jean, ingénieur-arpenteur du roi et procureur de la communauté des habitants à Québec. Veuf depuis peu, il se retrouvait seul avec sept enfants mineurs. Anne voit dans cette union un moyen de poursuivre ses bonnes oeuvres. Le contrat de mariage stipule en effet qu'Anne Gasnier et Jean Bourdon vivront comme frère et soeur et que l'épouse demeure libre, par consentement mutuel, de vaquer à ses autres occupations. En avril 1657, Bourdon signe une procuration qui permet à Anne de gérer et d'administrer les affaires familiales pendant ses nombreuses absences. La même année, sa propre fille obtient la séparation d'avec son mari et retourne vivre en France. C'est à bord du navire qui la ramène dans la métropole qu'elle accouche de son sixième enfant, François-Madeleine-Fortuné, le seul qui atteindra l'âge adulte. En 1660, lors d'un second voyage en France, Anne Gasnier tente de convaincre sa fille de rentrer au Canada, sans succès. Elle y ramène toutefois son petit-fils âgé de trois ans. Après la mort de Jean Bourdon, survenue le 12 janvier 1668, les enfants Bourdon ayant tous atteint l'âge adulte, Anne Gasnier redouble d'énergie dans la poursuite de ses bonnes oeuvres. Depuis 1663, elle accueille les Filles du roi dans une maison de la Basse-Ville de Québec. Ces jeunes filles reçoivent du roi une dot et le prix de leur voyage, en échange de quoi elles s'engagent à fonder des familles dans la colonie. Sans véritable supervision, le recrutement se fait d'abord de manière aléatoire et la plupart des citadines recrutées s'adaptent difficilement à la vie rude de la colonie. En 1668, l'intendant Jean Talon désigne Anne Gasnier comme responsable de la recrue de 1669 et l'engage à se rendre en France. Alors qu'en 1668 la recrue comptait soixante-dix-huit filles à marier, celle de 1669 dont est responsable Anne Gasnier en compte le double. Elle effectue annuellement le voyage jusqu'en 1673. Entre 1669 et 1671, quatre cents jeunes filles entrent au pays et, de 1663 à 1673, elle signe plus de trois cents conventions matrimoniales. Elle semble une conseillère avisée et respectée, tant par les familles que par les administrateurs de la colonie qui la consultent régulièrement. Elle transige également avec les parents de certaines Filles du roi, notamment sur les questions d'héritage. Anne Gasnier est inhumée à Québec le 27 juin 1698.

Aujourd'hui, le nom d'Anne Gasnier s'efface souvent derrière ce fort emblème de la colonisation que furent les Filles du roi. Or, cette veuve dévote incarne un maillon non négligeable de l'entreprise de peuplement de la Nouvelle-France, à laquelle elle contribua par ses talents de gestionnaire. Une plaque commémorant la venue des Filles du roi est apposée au 29 de la rue Saint-Pierre depuis 1999, sans mentionner toutefois le nom de celle qui les y accueillit.

Choix bibliographique

- Dumas, Sylvio, Les Filles du roi en Nouvelle-France. Étude historique avec répertoire biographique, Québec, Société historique de Québec, 1972.
- Landry, Yves, Les Filles du roi au XVIIe siècle: orphelines en France, pionnières au Canada, Montréal, Leméac, 1992.

Liens électroniques

- Musée de la civilisation, «Il était une fois... des filles venues de France»[1]
- Dictionnaire biographique du Canada en ligne (fiche Jean Bourdon par Jean Hamelin)[2]
- Index des lieux de mémoire de la Nouvelle-France (fiche Plaque commémorative Les Filles du roy)[3]

Jugements

- «Cette dame est un exemple de piété et de charité dans tout le pays. Elle et Mme. D'Ailleboust, sont liées ensemble pour visiter les prisonniers, assister les criminels et les porter même en terre sur un brancard. Celle dont je vous parle, comme la plus agissante et la plus portative, est continuellement occupée à ces bonnes oeuvres, et à quêter pour les pauvres, ce qu'elle fait avec succès. Enfin, elle est la mère des misérables, et l'exemple de toutes sortes de bonnes oeuvres. Avant de passer en Canada où elle n'est venue que par un principe de piété et de dévotion, elle était veuve de M, de Monceaux, gentilhomme de qualité. Quelque temps après son arrivée, M. Bourdon demeura veuf avec sept enfants, dont aucun n'était capable d'avoir soin de soi-même ni de son père. Elle eut un puissant mouvement d'assister cette famille, et, pour cet effet, elle résolut d'épouser M. Bourdon, dont la vertu lui était assez connue, mais à condition, qu'ils vivraient ensemble comme frère et soeur; cela s,est fait et la condition a été exactement observée. Elle se ravala de condition, pour faire ce coup de charité, qui fut jugé en France où elle était fort connue, tant à Paris qu'à la campagne, comme une action de légèreté, eu égard à la vie qu'on lui avait vu mener. Mais l'on a bien changé de pensée, quand on a appris tout le bien qui a résulté de cette généreuse action; car elle a élevé tous les enfants de M, Bourdon avec une débonnaireté non pareille» (cité dans Mère de Sainte-Marie et mère de Saint-Thomas, Histoire des Ursulines de Québec depuis leur établissement jusqu'à nos jours, t. 1, Québec, 1864, p.225-226).

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