Madeleine de Lyée/de Liée
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Madeleine de Lyée/de Liée | ||
Titre(s) | Dame de Saint-Jean-de-Livet Dame du Coudray | |
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Conjoint(s) | Jean de Vieuxpont/Vieux-Pont, seigneur de Compans (1639- ?) Arnould de Brac/de Braque, sieur de Château-Vert (1643-1645) Gautier de Costes de La Calprenède (1648-1663) | |
Dénomination(s) | Délie, Calpurnie, Octavie, Isabelle, Mme de La Calprenède | |
Biographie | ||
Date de naissance | Vers 1620 | |
Date de décès | 1668 | |
Notice(s) dans dictionnaire(s) ancien(s) |
Sommaire
[masquer]Notice de Nathalie Grande, 2025
Madeleine de Lyée naît dans une famille de petite mais ancienne noblesse normande. Son père, François, seigneur de Saint-Jean-du-Livet, épouse en 1618 Madeleine de Mailloc et elle sera la seule enfant du couple : elle sera donc dame de Saint-Jean de Livet, du Coudray et de Vatimesnil. On ne sait rien de son enfance ni de son éducation. Tallemant des Réaux lui prête une liaison de jeunesse avec un certain La Lande « hobereau de son voisinage ». Trois ma-riages sont en revanche attestés : en 1639 avec Jean de Vieuxpont « vieux cavalier bien riche et bien vérolée », selon les mots de Tallemant ; en 1643 avec Arnould de Brac, mariage tout aussi bref, puisqu’en décembre 1648 elle épouse en troisièmes noces à Paris Gautier de Costes de La Calprenède, cadet de Gascogne devenu auteur à succès grâce à ses longs romans hé-roïques (Cassandre, Cléopâtre, Faramond…). Toujours selon Tallemant, elle aurait posé comme condition de mariage à son futur époux qu’il termine son roman Cléopâtre. Elle de-vient mère en mettant au monde en 1653 une fille, Jeanne.
C’est au contact de son époux que la Précieuse en puissance découvre la vie mondaine pari-sienne. Bénéficiant au quotidien de la fréquentation d’un professionnel de l’écriture dont la notoriété lui ouvre les portes des salons et des libraires, Mme de La Calprenède tient salon et rassemble un recueil collectif de poésies sous le titre Œuvres diverses tant en vers qu’en proses (Paris, Jacques Le Gras, 1658). En 1659, elle participe également au recueil des Divers Portraits, commandité par Anne-Marie-Louise d’Orléans et diligenté par Jean Regnaud de Segrais, en composant son autoportrait mêlé de vers et de prose sur un ton volontiers humoristique. Le texte plaît suffisamment à la Grande Mademoiselle pour que Mme de La Calprenède lui dédie son unique roman Les Nouvelles ou les Divertissements de la princesse Alcidiane (Paris, Charles de Sercy, 1661). Fait remarquable, son nom figure à la fois sur le privilège et sur la page de titre : manière de revendiquer son auctorialité ou manière de profiter de la célébrité du nom de son mari, dont elle s’est séparée à la fin des années 1650 ? Ce roman inachevé (aucune suite ne viendra compléter les aventures amorcées dans ce qui devait être un premier volume) témoigne d’une poétique hybride, entre le roman long avec ses bergers et ses chevaliers de convention, et la tentation de la nouvelle, avec des personnages à clef et une vraisemblance volontiers triviale, voire satirique.
Mme de La Calprenède ne publie plus rien par la suite. Si ses contemporains la citent parmi les cercles précieux, elle est ensuite tout à fait oubliée, au point qu’on lui a désattribué son roman au profit de son mari. Sans être une figure de premier plan des Précieuses, elle présente des traits qui méritent l’attention des chercheurs et chercheuses spécialistes de l’écriture féminine au Grand Siècle. En effet, « la trajectoire littéraire de Mme de La Calprenède présente un certain nombre de signes qui s’apparentent à des pratiques professionnelles : l’audace de signer par son nom, la polygraphie, l’expérimentation de formes renouvelées, le désir de s’assurer une protection princière tout en adressant l’œuvre au public en général. D’autres caractéristiques s’éloignent de la posture professionnelle : la multiplication des formes de signature, le fait que la littérature n’a occupé d’un temps limité dans sa vie (sa période de publication s’étend sur trois courtes années dans une vie qui a dû atteindre la cin-quantaine), et surtout l’absence de recherche d’un gain financier. [...] Son mariage avec Gautier de La Calprenède lui a donné des moyens et peut-être une envie de professionnalisation ; mais par manque de talent ou par manque de nécessité ou par manque d’audace, elle n’a pas franchi le pas que fort peu de femmes – et d’hommes – ont franchi au XVIIe siècle » (Nathalie Grande, « Une amatrice malgré elle ? Mme de La Calprenède », voir infra p. 114).
Oeuvres
- Œuvres diverses tant en vers qu’en proses, Paris, Jacques Le Gras, 1658.
- « Portrait de M.D.L.C. », dans Divers Portraits, s.l., 1659.
- Nouvelles ou les Divertissements de la princesse Alcidiane, Paris, Charles de Sercy, 1661.
Principales sources
- Gédéon Tallemant des Réaux, Historiettes (1834), éd. A. Adam, Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 1961, t. II p. 584-588.
Choix bibliographiques
- Laurence Plazenet, « Un faux problème d’attribution : Les Nouvelles ou les Divertissements de la princesse Alcidiane de Mme de La Calprenède », XVIIe siècle, avril-juin 1997, n° 195, p. 341-360.
- Nathalie Grande, Stratégies de romancières, de Clélie à La Princesse de Clèves (1654-1678), Paris, H. Champion, 1999,
- Myriam Maître, Les Précieuses. Naissance des femmes de lettres en France au XVIIe siècle, Paris, H. Champion, 1999.
- Nathalie Grande, « Une amatrice malgré elle ? Mme de La Calprenède », Elseneur, « Pratiques d’amateurs au XVIIe siècle », Caen, Presses universitaires de Caen, n° 38, 2023, p. 101-114.
Jugements
- « Elle fait assez mal des vers et assez mal de la prose. On a imprimé quelque chose d’elle qui s’appelle le Décret d’un cœur amoureux, où l’on décrète d’un cœur » (Gédéon Tallemant des Réaux, Historiettes (1834), éd. A. Adam, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1961, t. II, p. 588).
- « CALPURNIE est une précieuse connue de toute la Grèce. Elle a donné durant quelques temps trêve à ses écrits pour penser aux affaires que lui donnait son divorce avec Calpurnius, son mari, dont elle est séparée ; mais enfin elle pense plus que jamais à faire voir la délicatesse de sa plume, et a déjà commencé par les nou-velles qu’elle a données depuis peu de jours au public. Sa ruelle a été des plus fréquentées et des plus fameuses de la petite Athènes, où les précieuses sont en grande vogue et où elle loge » (Antoine Baudeau de Somaize, Le Grand Dictionnaire des Prétieuses (1661), éd. Ch-L. Livet, P. Jannet, 1856, t. I p. 53).
- « La beauté de son Esprit transparaît dans ses écrits, où elle a pris la peine de faire son Portrait elle-même ; et ce n’a pas été sans raison, car il n’y avait qu’elle seule capable de se peindre dignement » (M. de La Forge, Le Cercle des femmes savantes, Jean-Baptiste Loyson, 1658, n. p.).
- « Les Dames se sont aussi mêlées fort heureusement de ces sortes d’ouvrages. […] Pour la Princesse Alcidiane, elle est de Madame de La Calprenède ; La Cléobuline est de Mme de Marcé, et l’Alcidamie de Mademoiselle Desjardins. On est bien aise de voir que leur sexe est capable de produire en cette occasion » (Charles Sorel, La Bibliothèque française (1667), Paris, H. Champion, 2015, p. 244).
- « L’erreur d’attribution dont sont victimes Les Nouvelles de Mme de La Calprenède, est révélatrice d’une volonté de faire entrer à tout prix les œuvres dans une histoire du roman français du XVIIe siècle qui valide la hiérarchie instituée de façon partisane au XVIIIe siècle » (Laurence Plazenet, voir supra, p. 360).
- « La tension peut être assez vive entre l’usage d’un nom d’auteur et les exigences nobiliaires, jusqu’à conduire à d’étranges compromis comme celui que semble adopter Mme de La Calprenède, lorsqu’elle publie Les Divertissements de la princesse Alcidiane en 1661. La page de titre porte, en capitales et en toutes lettres, le nom de l’auteur : « Madame de La Calprenède ». Ce nom fait partie du titre même de l’ouvrage, que le privilège cédé à Barbin reproduit : « un Livre intitulé, Les Nouvelles de la Princesse Alcidiane, par Madame de La Calprenède ». On imagine aisément ce que ce patronyme contenait de souvenirs et de promesses romanesques pou qui avait lu les œuvres du sieur de La Calprenède ; Madeleine de de Lyée, dame de Saint-Jean de Livet, du Coudray et de Vatimesnil, profite ici de l’immense succès de son époux, dont la noblesse est bien plus incertaine. Mais l’épître dédicatoire, adressée à la princesse Alcidiane, est signée « Délie ». [... Elle] ne choisit pas entre l’usage très com-mercial de son nom d’épouse comme nom d’auteur et celui du pseudonyme galant ou précieux pour réaffirmer sa glorieuse dépendance curiale » (Myriam Maître, Les Précieuses, voir supra, p. 386-387).
- « Les Divertissements de la princesse Alcidiane présente un personnage, Lydas, qui raconte que, ne rencontrant pas le succès escompté auprès d’une nièce, il s’est mis à courtiser la tante. Ses auditeurs se moquant alors de ce revirement, Lydas explique qu’il a “toute sa vie aimé deux ou trois personnes à la fois” ; et de fait la suite du récit le voit abandonner nièce et tante pour partir à la conquête de deux jumelles, et encore d’une autre femme […] En donnant la parole aux séducteurs, les romancières dénoncent aussi l’hypocrisie qui règne dans les rapports entre hommes et femmes » (Nathalie Grande, Stratégies de romancières, voir supra, p. 96-98).