Madeleine Béville : Différence entre versions
De SiefarWikiFr
(Page créée avec « {{Infobox Siefar | image = | titres = | conjoints = Charles François de Gissey | dénominations = Madame de Chizé, dame de Cissé, madame de Cisset | naissance = 1761... ») |
(Aucune différence)
|
Version du 24 mars 2025 à 17:39
Madeleine Béville | ||
Conjoint(s) | Charles François de Gissey | |
---|---|---|
Dénomination(s) | Madame de Chizé, dame de Cissé, madame de Cisset | |
Biographie | ||
Date de naissance | 1761 ? | |
Date de décès | 11 août 1841 | |
Notice(s) dans dictionnaire(s) ancien(s) |
Sommaire
[masquer]Notice de Pascal Hérault, 2025
Madeleine Béville est née à Paris vers 1761. Son père Louis Pierre Béville est sans doute avocat au Parlement, conseiller du roi et contrôleur des domaines et bois d’Alençon. De l’enfance et de la jeunesse de Madeleine, nous ne savons rien. Elle a moins de vingt ans lorsqu’elle épouse, en 1779, Charles François de Gissey qui est alors trésorier de France. De cette union naissent deux enfants : Adélaïde à Paris en 1783 et Marie François de La Salle en 1785. En mai 1792, le couple achète le domaine de Montplaisir à Ligugé, près de Poitiers, une belle bâtisse et des terres valant 81 000 livres.
Les temps de la République et du Premier Empire sont pour Madeleine une période extrêmement difficile. Elle est emprisonnée pendant la Terreur. Pour éviter le pire, elle doit se plier à la cérémonie fictive d’un nouveau mariage (l’autre étant ignoré) avec Jean-Pierre Labour, un prêtre réfractaire originaire du Montmorillonnais qui émigre ensuite en Suisse. Sous l’Empire, les drames se succèdent et déciment sa famille. À Ligugé, sa fille Adélaïde meurt le 27 août 1805 et son mari décède le 11 mai 1811 ; à Paris, son père disparaît au début de l’année 1812 ; le 31 mai suivant, son fils trépasse en Poitou. Madeleine Béville se retrouve seule. Ces disparitions en chaîne ont peut-être rapproché Madeleine et le prêtre Labour qui, revenu d’exil, refuse les innovations du Concordat de 1801 passé entre Bonaparte, alors Premier consul, et le Pape Pie VII. Avec d’autres rebelles, ils forment ce que l’on a appelé la Petite Église, constituée de 30 500 fidèles vers 1820, des « dissidents » surtout présents dans le nord des Deux-Sèvres et particulièrement dans cette partie de l’ex-Vendée militaire où l’on retrouve Jean-Pierre Labour dès 1814. Ce dernier est frappé d’interdit le 21 juillet 1820 par l’évêque de Poitiers Jean-Baptiste de Bouillé.
Le 21 septembre 1821, Madeleine Béville vend son domaine de Montplaisir pour venir s’installer dans le Bressuirais, où elle afferme ou achète le logis de La Crépelle à Cerizay (nord des Deux-Sèvres). Mais elle semble résider non loin, à Cirières, avec Jean-Pierre Labour qui se présente comme son « aumônier ». Malgré l’interdit qui le concerne, le prêtre élargit plus ou moins clandestinement son ministère à plusieurs paroisses des environs, surtout à partir de la disparition en 1826 du curé « dissident » Texier de Courlay, l’épicentre de la Petite Église. Mais en 1830, dans le contexte des Trois Glorieuses qui préludent à l’instauration de la Monarchie de Juillet, alors que la région s’agite pour cause de conscription, Madeleine Béville et son aumônier s’enfuient du Bressuirais, craignant une résurgence des guerres de Vendée, pour gagner peut-être le Montmorillonnais.
Une fois le danger écarté, ils reviennent dans le nord des Deux-Sèvres où Jean-Pierre Labour meurt le 27 mai 1835. Retirée à La Crépelle, Madeleine Béville vit entourée de sa domesticité : un homme et cinq femmes. En mai 1840, à près de 80 ans et songeant à faire rédiger son testament, Madeleine retourne une dernière fois à Poitiers, où elle loge au numéro 10 de la rue des Carmes, chez Anne Labour, la sœur aînée de son ancien aumônier. L’acte notarié signé, elle repart pour La Crépelle où elle meurt le 11 août 1841. Son absence sur le registre de catholicité de Cerizay montre qu’elle est restée fidèle à la Petite Église. Dans son testament, elle lègue ses biens à des membres de sa famille et à ses proches, notamment une nièce de Jean-Pierre Labour, sa filleule habitant à Courlay, ou bien encore sa cuisinière et sa « femme de peine » ; plus intéressant, elle donne quatre cent francs à Marie Lavau, « connue sous le nom de Sœur Marie ». Cette dernière, comme d’autres religieuses dissidentes du Bressuirais, va entretenir la flamme de la Petite Église dans le nord des Deux-Sèvres jusqu’à l’avènement de la Troisième République.
Madeleine Béville se range dans le groupe des riches protectrices de la Petite Église, avec Anne Henriette de La Rochejaquelein à Saint-Aubin-de-Baubigné, Catherine de La Faye-Montbault à Beaulieu-sous-Bressuire ou Thérèse Cossin de Belle-Touche à Saint-Martin-des-Tilleuls (en Vendée). Ces femmes aisées mais vivant seules, devenues veuves ou restées célibataires, mettent leur fortune au service du culte « dissident », recherchant et protégeant des prêtres ou des religieuses rebelles, créant ici des écoles, contribuant là à l’édification de petites chapelles qui deviennent les points d’ancrage d’une Petite Église du Poitou, dont il reste encore des héritiers aujourd’hui.
Principales sources
- Arch. Évêché de Poitiers : S 8-2, Mémoire sur le schisme de la Petite Église en France spécialement dans le diocèse de Poitiers, 183 pages manuscrites rédigées entre 1851 et 1865 par curé Jacques Pacreau. L’original serait à l’abbaye de Ligugé (Vienne).
Choix bibliographique
- Billaud, (Abbé) Auguste, La Petite Église dans la Vendée et les Deux-Sèvres (1800-1830), Paris, Nouvelles Éditions Latines, 1962, 654 p.
- Cabantous, Alain, Une histoire de la Petite Église en France, XIXe-XXIe siècle, Paris, Cerf, 2023, 258 p.
- Drochon, (Père) Jean-Emmanuel, La Petite Église. Essai historique sur le schisme anticoncordataire, Paris, Maison de la Bonne Presse, 1894, 416 p.
- Hérault, Pascal et Kinder, Delphine, « Les tribulations du curé Labour (1759-1835), l’aumônier dissident de Madeleine Béville », Histoire et Patrimoine du Bressuirais, 2022, bulletin 87, p. 31-54.
- Hérault, Pascal, « Marie Lavau (1788-1874). La religieuse de Breuil-Chaussée et la dissidence ¨vendômiste¨», Histoire et Patrimoine du Bressuirais, 2023, bulletin 89, p. 51-74.
Réceptions
- Jean-Pierre Labour « dut son salut et sa liberté à une dame de Gisset qui selon les dires de quelques uns l’avait racheté à prix d’argent. Selon d’autres et particulièrement d’après les assertions du frère de Monsieur Labour Madame de Gisset étant emprisonnée elle-même comme noble et condamnée à mort en même temps que le prêtre son coprisonnier avait imploré la protection d’un républicain de sa connaissance. Cet homme influent promit le salut du prêtre et de la dame à condition qu’ils contracteraient mariage ensemble. La proposition fut acceptée et un mariage simulé fut contracté à la municipalité de Poitiers [… ]. Tous deux se retirèrent dans une propriété […] et embrassèrent la dissidence », (Mémoire sur le schisme de la Petite Église…, Jacques Pacreau, 1851-1865, p.150).
- « Mme de Chizé promène son aumônier à travers le diocèse, et s’en montre si coiffée que les rumeurs les plus calomnieuses courent sur son compte » (Billaud, Auguste, La Petite Église dans la Vendée et les Deux-Sèvres..., voir supra, choix bibliographique, p.552).