Jeanne Louise Marot : Différence entre versions
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Version du 24 mars 2025 à 17:09
Jeanne Louise Marot | ||
Dénomination(s) | Sœur Louise | |
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Biographie | ||
Date de naissance | 24 septembre 1766 | |
Date de décès | 17 octobre 1866 | |
Notice(s) dans dictionnaire(s) ancien(s) |
Notice de Pascal Hérault, 2025
Jeanne Louise Marot voit le jour à La Tessoualle (Maine-et-Loire) le 24 septembre 1766. Son père est un simple métayer qui a épousé Perrine Frouin le 29 janvier 1755 à Saint-Pierre-des-Échaubrognes. À l’âge de 18 ans, leur fille vient à Saint-Aubin-de-Baubigné (Deux-Sèvres) ; elle entre dans une communauté religieuse locale obéissant à une règle approuvée par l’évêque de La Rochelle Mgr de Crussol d'Uzès. Ces religieuses surnommées les « Sœurs bleues » », en raison de la couleur de leur habit, sont vouées à l’enseignement des filles et à la pastorale dans leur paroisse. Elles sont ainsi chargées de l’entretien du lieu de culte, de la récitation du chapelet le dimanche, de la prière le soir à l'église ; d’autre part, elles s’occupent d’une école qui reçoit des jeunes filles aisées et des pensionnaires plus pauvres dans une classe séparée. Jeanne Marot prononce ses vœux à l’âge de 20 ans, quelques années avant la Révolution, et prend comme nom de religion, celui de Louise. Au sein de sa communauté, qui compte onze religieuses en 1790, elle semble travailler à la cuisine. Malgré la suppression des ordres religieux, la persécution et la guerre civile qui ravage la région en 1793-1794, elle reste à Saint-Aubin avec ses consœurs, n’hésitant pas à cacher des prêtres et à leur procurer les choses nécessaires à l’administration des sacrements.
Cette communauté religieuse suit les ecclésiastiques du Bressuirais qui refusent les innovations du Concordat signé en 1801 par Bonaparte, alors Premier consul, et le Pape Pie VII, et adhèrent à ce que l’on a appelé la Petite Église. Ces rebelles, nommés « dissidents » en Poitou, reçoivent à Saint-Aubin le soutien d’Anne Henriette de La Rochejaquelein, tante du généralissime des armées vendéennes Henri de La Rochejaquelein. Exilée en 1806, puis rentrée en avril 1808, celle que l’évêque de Poitiers, Mgr de Pradt, traite de « tête frappée » meurt en 1810. Privées de sa protection, Louise et ses consœurs sont reléguées deux ans à Limoges alors que deux d’entre elles gardent la maison. Revenues à Saint-Aubin, la plupart demeurent fidèles à leurs convictions : si trois religieuses se convertissent, les huit autres persévèrent.
Commence alors la lente agonie de cette communauté rebelle, conduite à distance par leurs directeurs de conscience : Lucrès depuis Toulouse et Doussin à Dompierre près de La Rochelle. Les sœurs continuent à former des petites filles, comme Marie Drochon, née en 1809, qui prendra plus tard la tête de la communauté dissidente de Cirières sous le nom de Sœur Thérèse. À la suite d’un long procès avec la paroisse, les religieuses sont chassées de chez elles en 1836. À cette date, elles ne sont plus que trois. Sœur Marie meurt le 5 septembre 1839 et Sœur Radegonde le 9 novembre 1844. Quand, dans une lettre adressée en mai 1852 à Mgr Pie, évêque de Poitiers, la comtesse de la Rochejaquelein Félicie de Duras dresse la liste de ses « pauvres chers dissidents » de Saint-Aubin, elle cite au premier rang une « Sœur Louise, ancienne religieuse ».
Trois ans plus tard, après plus de cinquante ans passés dans la « dissidence », Sœur Louise finit par « se changer » (se convertir), pressée par le curé de Saint-Aubin. Au préalable, elle a écrit deux fois au pape Pie IX. La première réponse rédigée en latin la laisse sceptique, car elle craint une supercherie ; la seconde écrite en français la décide à rentrer dans le giron de l’Église concordataire. Dès lors, Sœur Louise consacre ses dernières années à la conversion des dissidents de sa paroisse. Si la comtesse de La Rochejaquelein en comptait environ 85 en 1852, il n’en reste plus que 15 en 1865. Par ailleurs, Sœur Louise passe de longs moments en prière à l’église qui devient « sa maison des délices ». Mais au début du mois d’octobre 1865, sa santé décline. Le 16, la centenaire se confesse au curé de Saint-Aubin et reçoit l’extrême-onction. Elle meurt le lendemain et est inhumée le 19 octobre 1865 en présence de plusieurs ecclésiastiques et d’une foule de fidèles venus rendre hommage à « sa vertu », associée à une grande pauvreté. Son trousseau est estimé à trente francs qui reviennent par testament à sa servante Adélaïde Drapeau. La pompe de l’enterrement de cette humble religieuse et les deux pages de l’éloge que le desservant de Saint-Aubin lui consacre dans son registre de catholicité mettent en exergue la victoire éclatante de l’Église concordataire et, partant, la faillite de la « dissidence ».