{"id":16275,"date":"2026-05-05T17:43:04","date_gmt":"2026-05-05T15:43:04","guid":{"rendered":"https:\/\/siefar.org\/?p=16275"},"modified":"2026-05-05T17:43:10","modified_gmt":"2026-05-05T15:43:10","slug":"une-societe-mobile-trajectoires-fictions-theories-xviiie-siecle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/siefar.org\/gb\/une-societe-mobile-trajectoires-fictions-theories-xviiie-siecle\/","title":{"rendered":"Une soci\u00e9t\u00e9 mobile : trajectoires, fictions, th\u00e9ories (XVIIIe si\u00e8cle)"},"content":{"rendered":"<div class=\"chapeau\">\n<p>Organis\u00e9 les<strong> 5 et 6 novembre 2026 \u00e0 Universit\u00e9 Grenoble Alpes,<\/strong> ce colloque interdisciplinaire se propose de saisir le XVIIIe si\u00e8cle comme une soci\u00e9t\u00e9 tout enti\u00e8re travers\u00e9e et inqui\u00e9t\u00e9e par des mobilit\u00e9s qu&#8217;on ne saurait envisager de fa\u00e7on univoque et cloisonn\u00e9e.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"actualite-content\">\n<p><strong>Date limite d\u2019envoi : 1<sup>er<\/sup>\u00a0juin 2026<\/strong><\/p>\n<p class=\"note-bas-page\"><strong>Comit\u00e9 d\u2019organisation :<\/strong>\u00a0D\u00e9borah Cohen (Universit\u00e9 de Rouen-Normandie, GRHis), Jean-Christophe Igalens (Universit\u00e9 Grenoble Alpes, Litt&#038;Arts), Johanna Lenne-Cornuez (Universit\u00e9 Jean Moulin Lyon\u00a03, IRPHIL) et Blandine Poirier (Universit\u00e9 Paul-Val\u00e9ry Montpellier\u00a03, IRCL).<\/p>\n<p>Le XVIII<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle a longtemps \u00e9t\u00e9 per\u00e7u comme prisonnier d\u2019une id\u00e9ologie religieuse et sociale fixiste, assignant \u00e0 chacun et chacune une place intangible dans un ordre voulu par Dieu, favorisant les racines ancestrales et les privil\u00e8ges, face \u00e0 laquelle des pouss\u00e9es modernisatrices tentaient de bousculer ce cadre traditionnel. On oscillait donc entre insistance sur les blocages d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle et survalorisation de formes de changement. D\u2019une part, on analysait la fermeture des groupes et la reproduction stricte (Coornaert, 1941 ; Dessert, 1979), et on regardait alors se fracasser des destins sur la rigidit\u00e9 des barri\u00e8res d\u2019ordre, ou les insuffisances d\u2019un d\u00e9veloppement \u00e9conomique source de d\u00e9classement pour des dipl\u00f4m\u00e9s sans emploi (Chartier, 1982 ; Darnton, 1971). D\u2019autre part, on cherchait \u00e0 comprendre ce qui avait autoris\u00e9 d\u2019exceptionnelles mobilit\u00e9s sociales ascendantes (Chaussinand-Nogaret, 1976 ; Bourgeon, 1973). Dans les deux cas, le XVIII<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle n\u2019apparaissait que comme le prodrome d\u2019un mouvement insuffisant, qui ne trouverait son accomplissement qu\u2019au XIX<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle. L\u2019analyse restait donc largement prisonni\u00e8re d\u2019une vision lin\u00e9aire du temps, orient\u00e9 vers le n\u00e9cessaire progr\u00e8s de la soci\u00e9t\u00e9 lib\u00e9rale \u00e0 venir.<\/p>\n<p>Sur le plan historiographique, un tournant fut sans doute l\u2019analyse de Roger Chartier qui, s\u2019appuyant sur la sociologie de Pierre Bourdieu, montrait la n\u00e9cessit\u00e9 de penser ensemble la structure sociale et les luttes de repr\u00e9sentation qui contribuent \u00e0 sa formation (Chartier, 1989). L\u2019articulation entre histoire sociale et histoire culturelle a permis de complexifier nos repr\u00e9sentations de l\u2019ordre social du XVIII<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle, au-del\u00e0 du formalisme juridique ou id\u00e9ologique. On a pu montrer que la loi corporative n\u2019\u00e9tait qu\u2019un des instruments dont disposaient les ma\u00eetres et les compagnons pour d\u00e9finir leurs identit\u00e9s (Sonenscher, 1989 ; Kaplan, 2002), que dans les c\u00e9r\u00e9monies urbaines l\u2019ordre social ne se donnait pas seulement \u00e0 voir mais pouvait \u00eatre contest\u00e9 (Darnton, 2011 [1984] ; Schneider, 1995), que ce que l\u2019on prenait pour des formes d\u2019ascension sociale et d\u2019int\u00e9gration aux \u00e9lites pouvait s\u2019accompagner de formes maintenues de d\u00e9f\u00e9rence et de hi\u00e9rarchies symboliques (Lilti, 2005). En outre, les \u00e9tudes prosopographiques ont largement complexifi\u00e9 la rigidit\u00e9 sociale, s\u2019interrogeant sur le parcours des \u00e9lites (Genet et Lottes, 1996 ; Meyzie, 2006), ou sur l\u2019\u00e9troite symbiose de l\u2019aristocratie et de la finance (Marraud, 2000), malgr\u00e9 le maintien d\u2019importantes distinctions internes (Crocq, 2009). Sortant d\u2019une id\u00e9ologie du progr\u00e8s continu, une historiographie r\u00e9cente s\u2019est attel\u00e9e \u00e0 penser non seulement les mobilit\u00e9s ascendantes mais les formes de fragilit\u00e9s sociales, voire de d\u00e9classement dans les mondes marchands (Croq, 2011 ; Marraud, 2009) ou m\u00eame nobiliaires (Haddad, 2021). Elle a r\u00e9fl\u00e9chi aux mobilit\u00e9s horizontales, c\u2019est-\u00e0-dire aux possibilit\u00e9s de changement sans modification de statut (Cavallo, 2006) et \u00e0 une conceptualisation horizontale des g\u00e9n\u00e9alogies (Jettot et Zuniga, 2021).<\/p>\n<p>De fa\u00e7on analogue, dans l&#8217;histoire des id\u00e9es, on a pu opposer des th\u00e9ories lib\u00e9rales \u00e9mergentes, favorables \u00e0 la mobilit\u00e9, et des th\u00e9ories fixistes, qu&#8217;elles soient r\u00e9publicaines, absolutistes, voire \u00ab totalitaires \u00bb (Talmon, 1952 ; Crocker, 1965 ; Furet, 1977), ou encore r\u00e9troprojeter le passage d&#8217;une th\u00e9orie faisant encore all\u00e9geance \u00e0 une structure sociale stratifi\u00e9e, \u00e0 une th\u00e9orie lib\u00e9rale o\u00f9 l&#8217;individu a une libert\u00e9 de mouvement (Kalyvas et Katznelson, 2008). Pourtant, cette projection de grandes cat\u00e9gories socio-politiques ne permet pas vraiment de saisir la complexit\u00e9 de th\u00e9ories de la mobilit\u00e9 et de la stabilit\u00e9 du corps social, ainsi que le rapport nuanc\u00e9 que les philosophies de l\u2019ordre social \u00e9tablissent entre certains types de mobilit\u00e9s et la construction des identit\u00e9s, pour lesquelles l&#8217;identification \u00e0 une place sociale ou l\u2019aspiration \u00e0 un d\u00e9placement est d\u00e9terminante. \u00a0Cette r\u00e9alit\u00e9 et cette pens\u00e9e complexes prennent forme dans des \u0153uvres aussi bien sp\u00e9culatives ou th\u00e9oriques, que fictionnelles et autobiographiques. D\u00e8s les premi\u00e8res d\u00e9cennies du XVIII<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle, la philosophie, la litt\u00e9rature et le th\u00e9\u00e2tre donnent une place importante \u00e0 des personnages, des sc\u00e8nes, des th\u00e9ories li\u00e9s \u00e0 une \u00ab soci\u00e9t\u00e9 elle-m\u00eame mobile o\u00f9 les positions ne sont plus fig\u00e9es de toute \u00e9ternit\u00e9 dans une hi\u00e9rarchie ferme et d\u00e9finitive \u00bb (Poirson, 2004). Cette soci\u00e9t\u00e9 peut appara\u00eetre comme un horizon souhaitable, propice \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation individuelle (voir le pr\u00e9ambule du\u00a0<em>Paysan parvenu<\/em>\u00a0et la critique des \u00ab sots \u00bb qui ne reconnaissent que la naissance et le rang), mais les figures et les trajectoires de la mobilit\u00e9 sociale demeurent un champ d\u2019interrogations dont les formes sont notamment narratives (Huet, 1975 ; Roelens, 1979 ; Hartman, 1997\u2026) et dramaturgiques (Poirson, 2007 ; Marchand, 2012\u2026). Une telle projection ne va pas, en effet, sans susciter non seulement des r\u00e9sistances id\u00e9ologiques, mais aussi des inqui\u00e9tudes, voire des angoisses, li\u00e9es \u00e0 l&#8217;instabilit\u00e9 propre \u00e0 cette soci\u00e9t\u00e9 imagin\u00e9e, aux \u00e9preuves engendr\u00e9es par la mobilit\u00e9 (Igalens, 2020), comme \u00e0 la condition du sujet dans un monde o\u00f9 il doit d\u00e9sormais trouver ou faire sa place (Lenne-Cornuez, 2021). La relation de l&#8217;individu \u00e0 sa position sociale ne peut alors \u00eatre comprise ni comme stricte identification sans recul ni comme dissociation radicale et r\u00e9volutionnaire. Les sentiments qui identifient ou mettent \u00e0 distance la position sociale, qui rendent possible la mise-\u00e0-la-place d&#8217;autrui ou au contraire \u00e9touffent les capacit\u00e9s empathiques, s&#8217;articulent \u00e0 des conceptions sociales qui m\u00ealent fixit\u00e9 et mobilit\u00e9 et engagent de nouvelles approches de la formation de l&#8217;individu. La conception de la stabilit\u00e9 sociale elle-m\u00eame s&#8217;en trouve d&#8217;autant mieux enrichie qu&#8217;elle n&#8217;exclut pas n\u00e9cessairement des formes de mobilit\u00e9 qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;\u00e9valuer au sein du rapport complexe entre constitution politique, structure sociale et passions (Spector, 2024 ; Manin, 2024). Qu\u2019ils assument une fonction id\u00e9ologique ou proposent l\u2019exp\u00e9rimentation de nouveaux possibles sociaux et identitaires, c\u2019est bien d\u2019une mani\u00e8re complexe et plurielle que le roman, le th\u00e9\u00e2tre, les \u00e9crits d\u2019id\u00e9e comme les \u00e9crits de soi manifestent et explorent les d\u00e9sirs, les refus ou les inqui\u00e9tudes que suscite, au cours du si\u00e8cle, une soci\u00e9t\u00e9 mobile en devenir.<\/p>\n<p>Si les trajectoires et les rapports \u00e0 la mobilit\u00e9 sont plus multiples et complexes que l\u2019on ne l\u2019avait imagin\u00e9, cela impose d\u2019envisager \u00e0 nouveaux frais les mouvements de passage de fronti\u00e8res, les th\u00e9ories de l\u2019ordre social, les fictions du d\u00e9placement. Ce colloque interdisciplinaire se propose donc de saisir le XVIII<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle comme une soci\u00e9t\u00e9 tout enti\u00e8re travers\u00e9e et inqui\u00e9t\u00e9e par des mobilit\u00e9s qu&#8217;on ne saurait envisager de fa\u00e7on univoque et cloisonn\u00e9e : les hommes et femmes du XVIII<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle ont v\u00e9cu et pens\u00e9 les mobilit\u00e9s sociales, spatiales et affectives comme autant de modalit\u00e9s d&#8217;une commune interrogation sur une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9chappant d\u00e9sormais \u00e0 l&#8217;\u00e9vidence d&#8217;une naturalit\u00e9 suppos\u00e9e.<\/p>\n<ul>\n<li>Axe 1. Approches \u00e9conomiques et politiques de la mobilit\u00e9<\/li>\n<li>Axe 2. Formes du d\u00e9placement et possibles sociaux<\/li>\n<li>Axe 3. Mobilit\u00e9, sentiments et formation morale<\/li>\n<li>Axe 4. Passages de fronti\u00e8res<\/li>\n<\/ul>\n<h3>Modalit\u00e9s<\/h3>\n<p>Les propositions de communication, accompagn\u00e9es d\u2019une br\u00e8ve notice bio-bibliographique, sont \u00e0 envoyer\u00a0<strong>au plus tard le lundi 1<sup>er<\/sup>\u00a0juin 2026<\/strong>\u00a0\u00e0\u00a0<a class=\"spamspan\" href=\"mailto:deborah.cohen@univ-rouen.fr\">D\u00e9borah Cohen<\/a>,\u00a0<a class=\"spamspan\" href=\"mailto:jean-christophe.igalens@univ-grenoble-alpes.fr\">Jean-Christophe Igalens<\/a>,\u00a0<a class=\"spamspan\" href=\"mailto:johanna.lenne-cornuez@univ-lyon3.fr\">Johanna Lenne-Cornuez<\/a>\u00a0et\u00a0<a class=\"spamspan\" href=\"mailto:poirierblandine@yahoo.com\">Blandine Poirier<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Organis\u00e9 les 5 et 6 novembre 2026 \u00e0 Universit\u00e9 Grenoble Alpes, ce colloque interdisciplinaire se propose de saisir le XVIIIe si\u00e8cle comme une soci\u00e9t\u00e9 tout enti\u00e8re travers\u00e9e et inqui\u00e9t\u00e9e par des mobilit\u00e9s qu&#8217;on ne saurait envisager de fa\u00e7on univoque et cloisonn\u00e9e. 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