{"id":15548,"date":"2025-12-02T09:43:13","date_gmt":"2025-12-02T08:43:13","guid":{"rendered":"https:\/\/siefar.org\/?p=15548"},"modified":"2025-12-02T09:43:23","modified_gmt":"2025-12-02T08:43:23","slug":"cultures-de-la-violence-et-resistances-feminines-les-receptions-des-mythes-grecs-antiques-du-xive-au-xxie-siecle-en-europe-et-au-dela","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/siefar.org\/gb\/cultures-de-la-violence-et-resistances-feminines-les-receptions-des-mythes-grecs-antiques-du-xive-au-xxie-siecle-en-europe-et-au-dela\/","title":{"rendered":"Cultures de la violence et r\u00e9sistances f\u00e9minines : les r\u00e9ceptions des mythes grecs antiques du XIVe au XXIe si\u00e8cle, en Europe et au-del\u00e0"},"content":{"rendered":"<p><strong>Colloque international \u2013 ERC AGRELITA<\/strong><br \/>\n<strong>Les 10-12 juin 2026 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Caen Normandie<\/strong><\/p>\n<p>Le projet ERC AGRELITA organise \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Caen Normandie,du 10 au 12 juin 2026, un colloque international intitul\u00e9 \u00ab Cultures de la violence et r\u00e9sistances f\u00e9minines : les r\u00e9ceptions des mythes grecs antiques du XIVe au XXIe si\u00e8cle, en Europe et au-del\u00e0 \u00bb.<\/p>\n<p>Parmi les r\u00e9ceptions modernes et contemporaines de l\u2019Antiquit\u00e9, une effervescence d\u2019\u00e9critures concernant les figures f\u00e9minines mythiques de la Gr\u00e8ce antique frappe l\u2019attention. Dans de multiples adaptations dramatiques, fictions romanesques ou bandes dessin\u00e9es \u2013 la liste n\u2019est pas exhaustive et ces \u0153uvres sont souvent li\u00e9es \u00e0 des repr\u00e9sentations visuelles \u2013, des auteurs et des autrices donnent une voix et une int\u00e9riorit\u00e9 \u00e0 des figures f\u00e9minines que les textes antiques et nombre de leurs r\u00e9ceptions ult\u00e9rieures subordonnaient souvent aux h\u00e9ros masculins, en les invisibilisant, en les r\u00e9duisant \u00e0 un r\u00f4le de faire-valoir ou en repr\u00e9sentant et justifiant les violences symboliques et physiques, psychologiques et\/ou politiques qui leur sont inflig\u00e9es.<\/p>\n<p>Loin du point de vue masculin jusqu\u2019alors dominant, ces adaptations imaginent alors souvent comment ces femmes ont v\u00e9cu elles-m\u00eames leur propre histoire, comment elles ont endur\u00e9 ces violences et tent\u00e9 d\u2019y r\u00e9sister. Beaucoup des fictions romanesques r\u00e9centes sont explicitement militantes et f\u00e9ministes dans le contexte d\u2019une parole et d\u2019une \u00e9coute accrues sur les violences subies par les femmes, et de l\u2019affirmation de r\u00e9voltes. Quelques exemples de r\u00e9ception : Circ\u00e9, qui dans la po\u00e9sie hom\u00e9rique tisse en chantant tout en ma\u00eetrisant la science des ph\u00e1rmaka devient la protagoniste du roman \u00e9ponyme de Madeline Miller (2018). Margaret Atwood \u2013 auteure devenue mondialement c\u00e9l\u00e8bre gr\u00e2ce au succ\u00e8s de la s\u00e9rie The Handmaid\u2019s Tale, adapt\u00e9e de son roman dystopique o\u00f9 les femmes ne servent \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 que comme reproductrices de leurs ma\u00eetres \u2013 r\u00e9\u00e9crit quant \u00e0 elle l\u2019Odyss\u00e9e, cette fois \u00e0 partir du t\u00e9moignage de P\u00e9n\u00e9lope dans The Penelopiad (2005) et de celui de ses servantes, qui chantaient en ch\u0153ur mais demeuraient ignor\u00e9es. Plus r\u00e9cemment encore, The Golden Apple Trilogy d\u2019Emily Hauser (2016-2018) et A Thousand Ships de Nathalie Haynes (2019) \u00e9voquent la guerre de Troie du point de vue des Troyennes.<\/p>\n<p>La multiplication des adaptations th\u00e9\u00e2trales mettant en sc\u00e8ne des figures f\u00e9minines grecques, en Europe mais aussi dans les Am\u00e9riques, en Afrique, au Moyen Orient et en Asie, particuli\u00e8rement dans le contexte postcolonial, font souvent se rejoindre la repr\u00e9sentation de violences contre les femmes et la d\u00e9nonciation de violences \u00e9manant des syst\u00e8mes coloniaux, racistes et esclavagistes, de discriminations multiples et\/ou de r\u00e9gimes politiques autoritaires. Citons, parmi de tr\u00e8s nombreuses adaptations, Malintzin, Medea americana, de Jes\u00fas Sotelo Incl\u00e1n (1957, Mexique), La pasion segun Antigona P\u00e9rez de Luis Rafael S\u00e1nchez (1968, Porto Rico), Gota d\u2019Agua de Paulo Pontes et Chico Buarque (1975, Br\u00e9sil), Ant\u00edgona de Jos\u00e9 Watanabe (1999, P\u00e9rou), Medea, l\u2019adaptation de M\u00e9d\u00e9e par Satoshi Miyagi (1999, Japon), Tegonni : An African Antigone de Femi Osofisan (1999, Niger), Mojada de Luis Alfaro (Etats-Unis, 2013), Yocasta de Mariana Percovich (2003, Uruguay), ou encore Antigone in the Amazon de Milo Rau (2023).<\/p>\n<p>Ces \u0153uvres modernes et contemporaines, \u00e9crites dans des contextes culturels si divers, trouvent ainsi dans les mythes antiques un support privil\u00e9gi\u00e9 pour la repr\u00e9sentation et souvent la d\u00e9nonciation des violences perp\u00e9tr\u00e9es contre les femmes. Les r\u00e9ceptions s\u2019\u00e9laborent alors en r\u00e9sonnance avec les contextes politiques, sociaux et culturels des auteurs et autrices : l\u2019appropriation et la transformation de textes de la culture de celui qui est le plus souvent le colonisateur constituent des actes d\u2019affirmation et d\u2019\u00e9mancipation \u2013 ph\u00e9nom\u00e8ne qui n\u2019exclut pas non plus, a priori, l\u2019existence de r\u00e9\u00e9critures qui continueraient \u00e0 justifier la violence des traditions patriarcales. Le fait que ces r\u00e9ceptions d\u00e9passent l\u2019espace europ\u00e9en leur donne une dimension transculturelle dont l\u2019analyse est \u00e0 poursuivre quant au regard port\u00e9 sur les femmes.<\/p>\n<p>Cette effervescence de r\u00e9\u00e9critures aux XXe et XXIe si\u00e8cles, en Europe et dans les autres continents, est aussi une r\u00e9ponse aux textes antiques et\/ou aux r\u00e9ceptions textuelles et visuelles de ces textes et mythes antiques qui ont vu le jour du Moyen \u00c2ge au XIXe si\u00e8cle. Nombre des r\u00e9ceptions du Moyen \u00c2ge et des si\u00e8cles suivants \u2013 mais pas toutes, nous allons y venir \u2013 exaltent en effet la soumission \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 masculine de ces figures f\u00e9minines grecques, nient ou justifient les violences contre elles, \u00e0 commencer par la violence sexuelle et les viols, si souvent repr\u00e9sent\u00e9s comme des sc\u00e8nes d\u2019union amoureuse et esth\u00e9tis\u00e9s dans les \u0153uvres d\u2019art, et en d\u00e9finitive l\u00e9gitim\u00e9s par une culture du viol qui n\u2019a pas attendu sa d\u00e9finition moderne pour exister.<\/p>\n<p>Si les concepts des \u00e9tudes de genre et ceux des \u00e9tudes postcoloniales doivent toujours \u00eatre historicis\u00e9s et associ\u00e9s \u00e0 une contextualisation des textes et des \u0153uvres d\u2019art, il reste que les strat\u00e9gies de l\u00e9gitimation des violences faites aux femmes \u2013 ce que nous appelons les \u00ab cultures de la violence \u00bb \u2013 aussi bien que les points de vue inverses sur les violences subies, sur l\u2019absence de consentement, sur les souffrances endur\u00e9es, sur les r\u00e9sistances ou tentatives de r\u00e9sistances f\u00e9minines, se lisent d\u00e9j\u00e0 dans certaines r\u00e9ceptions europ\u00e9ennes des mythes antiques \u00e0 partir du Moyen \u00c2ge, surtout avec la floraison, \u00e0 partir du XIVe si\u00e8cle, des r\u00e9\u00e9critures et adaptations des textes d\u2019Ovide et des mythographes latins m\u00e9di\u00e9vaux. Si les cultures de la violence dominent certes tr\u00e8s largement pendant des si\u00e8cles, des voix se sont en effet \u00e9lev\u00e9es contre elles. C\u2019est le cas en France au moins depuis la querelle dite du Roman de la Rose, lanc\u00e9e par Christine de Pizan \u00e0 la fin du XIVe si\u00e8cle, dans ses lettres en r\u00e9ponse au discours misogyne de Jean de Meung dans le Roman de la Rose. S\u2019ensuit la \u00ab Querelle des femmes \u00bb, un d\u00e9bat sur la promotion et l\u2019\u00e9mancipation des femmes qui perdure pendant cinq si\u00e8cles dans une partie de l\u2019Europe, mais dont la r\u00e9alit\u00e9 historique a longtemps \u00e9t\u00e9 occult\u00e9e, comme l\u2019a \u00e9tudi\u00e9 \u00c9liane Viennot. Dans sa Cit\u00e9 des Dames, Christine de Pizan r\u00e9pond explicitement au discours misogyne de l\u2019auteur latin Matheolus, tr\u00e8s diffus\u00e9, mais parfois aussi implicitement au regard tr\u00e8s ambigu de Boccace dans son De mulieribus claris : elle imagine et retrace l\u2019\u00e9laboration symbolique d\u2019une cit\u00e9 f\u00e9minine, qui, tout en revendiquant et prouvant l\u2019apport fondateur des femmes dans l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 depuis l\u2019Antiquit\u00e9, doit \u00e9galement leur servir de refuge. Ainsi s\u2019agit-il de rendre visible ce que nous appelons maintenant le \u00ab matrimoine \u00bb et aussi de refuser les violences masculines, \u00e0 commencer par le discours pr\u00f4nant la suppos\u00e9e inf\u00e9riorit\u00e9 des femmes. De tr\u00e8s nombreux recueils sur les femmes illustres sont \u00e9crits pendant plusieurs si\u00e8cles ; tr\u00e8s souvent ils r\u00e9\u00e9laborent des mythes grecs antiques. Jennifer Tamas a aussi r\u00e9cemment montr\u00e9 comment certaines \u0153uvres de la litt\u00e9rature classique ont pr\u00eat\u00e9 \u00e0 des femmes, notamment certaines h\u00e9ro\u00efnes grecques, le pouvoir de r\u00e9sister et de dire \u00ab non \u00bb.<\/p>\n<p>Le questionnement sur les cultures de la violence et du viol est donc bien plus ancien qu\u2019on ne l\u2019affirme souvent, et le proc\u00e8s en anachronisme ou en militantisme parfois lanc\u00e9 sur les \u00e9tudes critiques men\u00e9es sur ces th\u00e8mes dans les \u0153uvres du Moyen \u00c2ge et des si\u00e8cles post\u00e9rieurs m\u00e9rite ainsi d\u2019\u00eatre \u00e9cart\u00e9.<\/p>\n<p>Qui plus est, dans le parcours de constitution des \u00e9tudes sur les femmes de l\u2019Antiquit\u00e9 grecque \u2013 dont les travaux d\u00e9montrent solidement la pr\u00e9sence dans des dimensions de la vie jusqu\u2019alors ni\u00e9es par certaines sources et par toute une tradition misogyne qui s\u2019\u00e9tait construite \u00e0 partir d\u2019elles \u2013, le d\u00e9veloppement des recherches sur la r\u00e9ception a permis de renouveler notre compr\u00e9hension de certaines figures f\u00e9minines du monde antique. Ces recherches ne se limitent pas \u00e0 l\u2019Antiquit\u00e9 elle-m\u00eame : elles s\u2019en inspirent, la questionnent et projettent sur elle de nouvelles probl\u00e9matiques. Des travaux allant de Women in the Ancient World: The Arethusa Papers, dirig\u00e9 par John Peradotto et John Patrick Sullivan (1978), au projet Eurykleia \u2013 celles qui avaient un nom (Sandra Boehringer, Adeline Grand-Cl\u00e9ment, Sandra P\u00e9r\u00e9-Nogu\u00e8s et Violaine Sebillotte Cuchet, 2015), en passant par Reflections of Women in Antiquity (1978) d\u2019H\u00e9l\u00e8ne Foley et Women in Greek Myth (1986) de Mary Lefkowitz, montrent \u00e9galement que, gr\u00e2ce \u00e0 des strat\u00e9gies vari\u00e9es, les femmes r\u00e9pondaient aux violences masculines, souvent en mettant en tension les discours dominants. Par-del\u00e0 la compr\u00e9hension du monde antique, les \u00e9tudes de r\u00e9ception qui portent sur les h\u00e9ro\u00efnes grecques mythiques et r\u00e9\u00e9crivent parfois leur histoire ont aussi d\u00e9bouch\u00e9 sur une r\u00e9flexion concernant la relation que les contextes post\u00e9rieurs souhaitaient \u00e9tablir avec l\u2019Antiquit\u00e9, que ce soit pour renforcer ou pour contester la culture du viol, comme l\u2019ont montr\u00e9 plusieurs \u00e9tudes r\u00e9centes (Rosanna Lauriola, 2022 ; Susan Deacy, Jos\u00e9 Malheiro Magalh\u00e3es et Jean Zacharski Menzies, 2023).<\/p>\n<p>Il ne nous appara\u00eet ainsi plus possible de lire les adaptations des mythes grecs relatifs aux violences inflig\u00e9es aux femmes sans exploiter et au besoin discuter les concepts \u00e9labor\u00e9s dans le champ des \u00e9tudes de genre (par exemple, mais sans exclure d\u2019autres concepts, la culture du viol, l\u2019agentivit\u00e9, le male gaze, le savoir situ\u00e9, l\u2019intersectionnalit\u00e9). Ces concepts permettent en effet de mieux appr\u00e9hender et analyser les repr\u00e9sentations de la violence dans les fictions litt\u00e9raires adapt\u00e9es des mythes antiques, de mieux d\u00e9chiffrer les strat\u00e9gies fr\u00e9quentes de justification et aussi, inversement, les d\u00e9nonciations, ainsi que, souvent, les mises en sc\u00e8ne de r\u00e9actions f\u00e9minines.<\/p>\n<p>Ce sont en effet ces r\u00e9\u00e9critures de mythes grecs et leurs figurations d\u2019une violence multiforme envers les femmes, ainsi que les r\u00e9sistances ou tentatives de r\u00e9sistance qu\u2019elles lui opposent parfois, que nous voudrions interroger lors de ce colloque. Le corpus envisag\u00e9 est tr\u00e8s vaste : ce sont les textes \u00e9crits sur une large diachronie, du XIVe au XXIe si\u00e8cle, en Europe et hors d\u2019Europe, avec, le cas \u00e9ch\u00e9ant, les images qui les illustrent ou bien les donn\u00e9es de la mise en sc\u00e8ne dramatique. Il s\u2019agira de questionner les regards qui sous-tendent ces repr\u00e9sentations, en lien avec les contextes de r\u00e9f\u00e9rence. L\u2019\u00e9tude de la r\u00e9ception de la violence exerc\u00e9e contre les femmes dans les mythes grecs permettra aussi de mettre en \u00e9vidence les points communs et les diff\u00e9rences, les \u00e9volutions et les mutations entre les syst\u00e8mes de pens\u00e9e propres \u00e0 l\u2019Antiquit\u00e9 grecque et ceux des \u00e9poques post\u00e9rieures, et de s\u2019interroger sur les diff\u00e9rentes perceptions de la violence\/des violences et sur les diff\u00e9rentes attitudes qui sont pr\u00eat\u00e9es aux femmes face \u00e0 ces violences et qui suscitent des jugements divers.<\/p>\n<p>Comment les auteurs et autrices s\u2019emparent-ils des mythes grecs et comment les adaptations de ces derniers prennent-elles position, explicitement ou implicitement, au sein des d\u00e9bats id\u00e9ologiques de leur \u00e9poque sur la place des femmes dans la soci\u00e9t\u00e9 et sur les relations politiques et sociales de domination et de violence ? On reconna\u00eet aujourd\u2019hui dans ces r\u00e9cits mythiques des violences physiques, mais aussi une violence symbolique de genre, telle que la d\u00e9finit Pierre Bourdieu, impos\u00e9e par un syst\u00e8me de domination masculine (culpabilisation, normes, langage, discours\u2026) : ainsi, bien que les violences envers les femmes soient la plupart du temps commises par des hommes, on rencontre \u00e9galement dans les mythes grecs des formes de violence inflig\u00e9es \u00e0 des femmes par des femmes (Ath\u00e9na \u00e0 l\u2019encontre d\u2019Arachn\u00e9, Junon Ath\u00e9na \u00e0 l\u2019encontre de Latone, etc.), et ces derni\u00e8res rel\u00e8vent elles aussi de ce syst\u00e8me patriarcal, en tant que punitions qui sanctionnent des d\u00e9sob\u00e9issances \u00e0 l\u2019ordre impos\u00e9 par une soci\u00e9t\u00e9 androcentr\u00e9e.<\/p>\n<p>D\u2019un texte, d\u2019un contexte et d\u2019une \u00e9poque \u00e0 l\u2019autre, quels actes ou quelles situations ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s comme violents par les auteurs et autrices qui ont repris ces mythes ? Quels jugements moraux ont-ils \u00e9mis \u00e0 l\u2019encontre des personnages ? Qui ont-ils reconnu comme coupable et \u00e0 quel titre ? Quelles r\u00e9sistances sont pr\u00eat\u00e9es aux femmes et quels commentaires sont port\u00e9s sur elles, notamment sur celles qui prennent parfois la forme de vengeance ? Quelles diff\u00e9rences peut-on relever entre les points de vue de ces auteurs et autrices de r\u00e9ceptions des mythes grecs et ceux des auteurs des sources qu\u2019ils retravaillent, que ces derni\u00e8res soient antiques ou post\u00e9rieures (dans le cas o\u00f9 ce sont d\u00e9j\u00e0 des r\u00e9ceptions de textes antiques) ?<\/p>\n<p>Il s\u2019agira aussi d\u2019\u00e9tudier comment les repr\u00e9sentations et les enjeux des violences et des relations de domination ont pu \u00e9voluer en fonction des textes antiques que les auteurs s\u2019approprient et adaptent. Du XIVe au XVIIe si\u00e8cle en Europe, Ovide est alors une source majeure : ses M\u00e9tamorphoses et ses H\u00e9ro\u00efdes suscitent d\u2019innombrables r\u00e9ceptions textuelles et visuelles, avec d\u2019embl\u00e9e une pluralit\u00e9 de regards sur ces violences, et cela d\u00e8s les XVe et XVIe si\u00e8cles. Des exemples tr\u00e8s frappants sont par exemple donn\u00e9s par les diff\u00e9rents r\u00e9cits consacr\u00e9s \u00e0 Arachn\u00e9 et aussi \u00e0 Philom\u00e8le, ainsi que par les r\u00e9\u00e9critures et les adaptations des H\u00e9ro\u00efdes d\u2019Ovide. Les \u0153uvres d\u2019Ovide ont \u00e9t\u00e9 revisit\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 nos jours, avec un regain d\u2019influence dans les romans contemporains. D\u2019autres sources latines ont pu \u00eatre exploit\u00e9es, comme les trag\u00e9dies de S\u00e9n\u00e8que. Mais surtout, lorsqu\u2019en Europe occidentale l\u2019enseignement du grec reprend et que les textes litt\u00e9raires grecs sont red\u00e9couverts, les trag\u00e9dies antiques deviennent des sources d\u2019inspiration majeures et, \u00e0 travers leurs innombrables adaptations, des r\u00e9ceptions multiples de mythes grecs f\u00e9minins perdurent pendant des si\u00e8cles. L\u2019\u00e9tude de la pluralit\u00e9 des regards qu\u2019ils portent sur la violence \u00e0 l\u2019encontre des femmes reste encore \u00e0 approfondir.<\/p>\n<p>Enfin, comment les repr\u00e9sentations de ces violences inflig\u00e9es aux femmes \u00e9voluent-elles dans le temps et dans l\u2019espace, du XIVe au XXIe si\u00e8cle ? Les mythes grecs relatifs aux violences contre les femmes suscitent de nombreuses adaptations \u00e0 partir du XIVe en France et en Europe occidentale et ce, jusqu\u2019\u00e0 nos jours. Ce processus d\u2019appropriation commence bien plus tard hors d\u2019Europe, dans les Am\u00e9riques, en Afrique, au Moyen Orient et en Asie, mais il s\u2019y affirme avec une grande vitalit\u00e9. Quels sont les contextes g\u00e9ographiques et historiques, les facteurs politiques et sociaux qui ont suscit\u00e9 et nourri hors d\u2019Europe cette r\u00e9ception abondante ? Si les adaptations semblent d\u2019abord li\u00e9es aux mouvements de lib\u00e9ration des empires coloniaux, elles perdurent pour d\u00e9noncer d\u2019autres formes de pouvoir autoritaire. Quelles nouvelles repr\u00e9sentations et interpr\u00e9tations des violences faites aux femmes v\u00e9hiculent-elles ? Quelles r\u00e9sistances pr\u00eatent-elles aux femmes et avec quels regards ?<\/p>\n<p>L\u2019objectif de ce colloque est ainsi de r\u00e9fl\u00e9chir, sur une large diachronie et dans une perspective transculturelle, aux modalit\u00e9s selon lesquelles les r\u00e9ceptions des mythes grecs ont repr\u00e9sent\u00e9 la violence contre les femmes, en la perp\u00e9tuant ou en la combattant. Il s\u2019agira \u00e9galement d\u2019examiner les ressorts et les enjeux de ce processus de r\u00e9ception, c\u2019est-\u00e0-dire de r\u00e9appropriation, de lecture critique et de transformation. Pourquoi, comment et dans quelles circonstances ces mythes grecs ont-ils \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9s pour exprimer les d\u00e9fis d\u2019autres contextes socio-historiques ? Dans quelle mesure le concept de \u00ab r\u00e9ception \u00bb constitue-t-il un outil th\u00e9orique pertinent pour l\u2019analyse de ces repr\u00e9sentations des violences faites aux femmes et des r\u00e9sistances pr\u00eat\u00e9es \u00e0 ces derni\u00e8res ?<\/p>\n<p><strong>Modalit\u00e9s de soumission<\/strong><\/p>\n<p>Les propositions de communication, en fran\u00e7ais ou en anglais (titre et r\u00e9sum\u00e9 de 200-300 mots), sont \u00e0 adresser, accompagn\u00e9es d\u2019un bref CV, <strong>au plus tard le 15 janvier 2026<\/strong> aux adresses suivantes :<\/p>\n<p><a href=\"mailto:gaullier-bougassas@unicaen.fr\">gaullier-bougassas@unicaen.fr<\/a><br \/>\n<a href=\"mailto:bellanger@unicaen.fr\">bellanger@unicaen.fr<\/a><\/p>\n<p>Apr\u00e8s examen des propositions, l\u2019acceptation sera notifi\u00e9e vers la mi-f\u00e9vrier 2026.<\/p>\n<p>Les frais de d\u00e9placement et d\u2019h\u00e9bergement seront pris en charge selon les modalit\u00e9s de l\u2019Universit\u00e9 de Caen Normandie.<\/p>\n<p>Les actes du colloque seront publi\u00e9s dans la collection \u00ab Recherches sur les R\u00e9ceptions de l\u2019Antiquit\u00e9 \u00bb de Brepols (https:\/\/www.brepols.net\/series\/RRA). Les articles propos\u00e9s devront \u00eatre in\u00e9dits.<\/p>\n<p><strong>Organisation<\/strong><\/p>\n<p>Catherine Gaullier-Bougassas, Professeure des universit\u00e9s en langue et litt\u00e9rature m\u00e9di\u00e9vales fran\u00e7aises, ERC Agrelita (Principal Investigator), CRAHAM (UMR 6273), Universit\u00e9 de Caen Normandie<br \/>\nLorena Lopes da Costa, Professeure associ\u00e9e d\u2019histoire ancienne, Universit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale de Rio de Janeiro (UFRJ)<br \/>\nLor\u00e8ne Bellanger, Project Manager ERC Agrelita, CRAHAM (UMR 6273), Universit\u00e9 de Caen Normandie<br \/>\nJulie Labreg\u00e8re, Post-doctorante ERC Agrelita, CRAHAM (UMR 6273), Universit\u00e9 de Caen Normandie<br \/>\nGiulia Parma, Post-doctorante ERC Agrelita, CRAHAM (UMR 6273), Universit\u00e9 de Caen Normandie<br \/>\nAdrian Faure, Post-doctorant ERC Agrelita, CRAHAM (UMR 6273), Universit\u00e9 de Caen Normandie<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Colloque international \u2013 ERC AGRELITA Les 10-12 juin 2026 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Caen Normandie Le projet ERC AGRELITA organise \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Caen Normandie,du 10 au 12 juin 2026, un colloque international intitul\u00e9 \u00ab Cultures de la violence et r\u00e9sistances f\u00e9minines : les r\u00e9ceptions des mythes grecs antiques du XIVe au XXIe si\u00e8cle, en Europe [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":15314,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[],"categorie_personnage":[],"class_list":["post-15548","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-appels-contribution"],"translation":{"provider":"WPGlobus","version":"3.0.0","language":"gb","enabled_languages":["fr","gb"],"languages":{"fr":{"title":true,"content":true,"excerpt":false},"gb":{"title":false,"content":false,"excerpt":false}}},"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15548","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=15548"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15548\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15551,"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/15548\/revisions\/15551"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15314"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=15548"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=15548"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=15548"},{"taxonomy":"categorie_personnage","embeddable":true,"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_personnage?post=15548"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}