{"id":15313,"date":"2025-09-10T19:54:19","date_gmt":"2025-09-10T17:54:19","guid":{"rendered":"https:\/\/siefar.org\/?p=15313"},"modified":"2025-09-10T19:56:49","modified_gmt":"2025-09-10T17:56:49","slug":"representations-et-recits-de-la-souffrance-masculine-aux-siecles-classiques-en-europe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/siefar.org\/gb\/representations-et-recits-de-la-souffrance-masculine-aux-siecles-classiques-en-europe\/","title":{"rendered":"Repr\u00e9sentations et r\u00e9cits de la souffrance masculine aux si\u00e8cles classiques en Europe"},"content":{"rendered":"<p class=\"heading-c8495ae c--light\" style=\"text-align: center;\"><strong>Repr\u00e9sentations et r\u00e9cits de la souffrance masculine aux si\u00e8cles classiques en Europe :<\/strong><br \/>\n<strong>la lamentation du personnage masculin dans la litt\u00e9rature et les arts,<\/strong><br \/>\n<strong>entre r\u00e9ception des mod\u00e8les antiques et expression des passions modernes<\/strong><\/p>\n<div><\/div>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Date d\u2019\u00e9ch\u00e9ance<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mercredi\u00a01er\u00a0octobre\u00a02025<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Organisation<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Journ\u00e9e d\u2019\u00e9tude organis\u00e9e par\u00a0Marilina GIANICO\u00a0(Universit\u00e9 de Lorraine, LIS UR 7305).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les propositions de communication sont attendues avant le 1er\u00a0octobre 2025 \u00e0 l\u2019adresse\u00a0marilina.gianico@univ-lorraine.fr<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis les pleureuses du pourtour m\u00e9diterran\u00e9en dont Enzo De Martino analyse le rituel de deuil jusqu\u2019aux plaintes \u00e9l\u00e9giaques des h\u00e9ro\u00efnes abandonn\u00e9es des\u00a0H\u00e9ro\u00efdes\u00a0d\u2019Ovide, la lamentation para\u00eet \u00eatre d\u00e9volue aux femmes. Geste de deuil ou expression de la souffrance, en particulier amoureuse, cette \u00ab\u00a0forme discursive\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0d\u00e9finissable par au moins deux sp\u00e9cifications conjointes\u00a0: un dispositif \u00e9nonciatif, une th\u00e9matique anthropologique\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0germe comportemental de l\u2019\u00e9moi triste, de l\u2019affectivit\u00e9 v\u00e9cue, exprim\u00e9e et expos\u00e9e \u00e0 partage\u00a0\u00bb, pour reprendre les mots de Georges Molini\u00e9, semblerait en effet \u00eatre le plus souvent, dans les repr\u00e9sentations artistiques et litt\u00e9raires occidentales, l\u2019apanage de personnages f\u00e9minins. Ce sont les femmes plus que les ap\u00f4tres qui pleurent le Christ dans les toiles repr\u00e9sentant la d\u00e9ploration, depuis Giotto jusqu\u2019\u00e0 Poussin, ce sont elles qui expriment leur douleur par un langage verbal et corporel touchant dans les textes ou au th\u00e9\u00e2tre, que l\u2019on pense aux\u00a0Lettres d\u2019une religieuse portugaises, \u00e0 la trag\u00e9die racinienne ou aux r\u00e9\u00e9critures de l\u2019histoire d\u2019H\u00e9lo\u00efse et Ab\u00e9lard aux XVIIe\u00a0et XVIIIe\u00a0si\u00e8cles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des figures de l\u2019expression de la souffrance masculine existent pourtant dans l\u2019imaginaire gr\u00e9co-latin ainsi que dans la tradition biblique, grands r\u00e9pertoires de mod\u00e8les de la litt\u00e9rature europ\u00e9enne\u00a0: Achille, dans l\u2019Iliade, pleure de col\u00e8re apr\u00e8s l\u2019affront que lui a inflig\u00e9 Agamemnon et s\u2019adonne \u00e0 une v\u00e9ritable d\u00e9ploration pour la mort de Patrocle\u00a0; Priam pleure la mort d\u2019Hector et sa plainte se transforme en pri\u00e8re lorsqu\u2019il vient demander \u00e0 Achille la d\u00e9pouille de son fils martyris\u00e9\u00a0; Philoct\u00e8te fait retentir de ses plaintes l\u2019\u00eele de Lemnos dans la trag\u00e9die de Sophocle\u00a0; les larmes inondent le visage d\u2019\u00c9n\u00e9e essayant en vain de serrer l\u2019\u00e2me d\u2019Anchise dans ses bras\u00a0; et que dire de Job et de Jonas, dont les lamentations questionnent la justice divine\u00a0? Comment ces mod\u00e8les sont-ils relus, r\u00e9\u00e9crits, r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9s et,\u00a0in fine, resemantis\u00e9s aux si\u00e8cles classiques, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 un moment de l\u2019histoire des productions artistiques qui privil\u00e9gie, parmi toutes les \u00e9motions esth\u00e9tiques caract\u00e9risant la r\u00e9ception d\u2019une \u0153uvre, le path\u00e9tique, \u00ab\u00a0cet enthousiasme, cette v\u00e9h\u00e9mence naturelle, cette peinture forte qui \u00e9meut, qui touche, qui agite le c\u0153ur de l\u2019homme\u00a0\u00bb, comme le d\u00e9finit Jaucourt dans l\u2019Encyclop\u00e9die, reprenant la d\u00e9finition qu\u2019en donne la traduction du\u00a0Trait\u00e9 du sublime\u00a0(1674) du pseudo-Longin par Boileau\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La critique a montr\u00e9 comment s\u2019op\u00e8re, dans les discours sur l\u2019art oratoire et l\u2019esth\u00e9tique de la fin du XVIIe\u00a0et du d\u00e9but du XVIIIe\u00a0si\u00e8cle, une \u00ab\u00a0promotion esth\u00e9tique du path\u00e9tique\u00a0\u00bb qui met de plus en plus en valeur l\u2019\u00ab\u00a0expression quintessenci\u00e9e du pitoyable\u00a0\u00bb et la libert\u00e9, du c\u00f4t\u00e9 de la r\u00e9ception, de donner libre cours \u00e0 l\u2019expression des \u00e9motions. Parall\u00e8lement \u00e0 cette red\u00e9couverte du pouvoir rh\u00e9torique et du plaisir esth\u00e9tique de l\u2019\u00e9motion, les sujets \u00e9mouvants occupent une place de plus en plus essentielle dans la production artistique et litt\u00e9raire, si bien que Du Bos peut constater, en 1719, que \u00ab\u00a0[l]\u2019art de la po\u00e9sie et l\u2019art de la peinture ne sont jamais plus applaudis que quand ils ont r\u00e9ussi \u00e0 nous affliger\u00a0\u00bb. L\u2019envo\u00fbtement pour le path\u00e9tique accompagne le triomphe et le succ\u00e8s du personnage masculin en pleurs au XVIIIe\u00a0si\u00e8cle\u00a0; comme le remarque Anne Vincent-Buffault dans son\u00a0Histoire des larmes, les hommes des si\u00e8cles classiques ne sont pas assujettis aux m\u00eames r\u00e8gles de retenue, dans l\u2019expression de leurs \u00e9motions, que ceux du XIXe, ni dans la vie, ni dans la fiction\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est en lisant des romans du XVIIIe\u00a0si\u00e8cle, o\u00f9 les personnages masculins pleurent avec une volupt\u00e9 certaine, que j\u2019ai, pour ma part, rencontr\u00e9 cette \u00e9tonnante question des larmes\u00a0\u00bb , \u00e9crit-elle dans l\u2019introduction \u00e0 son\u00a0Histoire des larmes. L\u2019historienne identifie, sur les traces de Marcel Mauss, un v\u00e9ritable langage des pleurs, une forme de communication larmoyante qui caract\u00e9rise la production litt\u00e9raire et artistique autant sur le plan des repr\u00e9sentations que sur le versant de la r\u00e9ception. On pleure dans les romans et en lisant des romans\u00a0; on fond en larmes au th\u00e9\u00e2tre et \u00e0 l\u2019op\u00e9ra, sur la sc\u00e8ne et dans la salle\u00a0; on s\u2019afflige dans et devant certains tableaux, comme les toiles de Greuze qui suscitent l\u2019\u00e9motion de Diderot dans les\u00a0Salons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La lamentation occupe une place centrale dans ce mouvement d\u2019affirmation du path\u00e9tique comme imp\u00e9ratif esth\u00e9tique de tous les domaines de la cr\u00e9ation\u00a0: il s\u2019agit d\u2019une forme capable de circuler entre les genres, mais aussi entre les arts. La gestuelle qui accompagne l\u2019expression verbale de la souffrance, la pr\u00e9sence in\u00e9vitable du langage corporel dans l\u2019ext\u00e9riorisation de l\u2019\u00e9motion d\u2019affliction en font un motif pictural et inscrivent la pr\u00e9sence du corps dans la narration romanesque\u00a0; la plainte en musique devient\u00a0lamento\u00a0dans l\u2019op\u00e9ra et exacerbe le caract\u00e8re touchant du spectacle. L\u2019\u00e9motion est tr\u00e8s souvent suscit\u00e9e par la souffrance du personnage masculin\u00a0: \u00e0 la fr\u00e9quence du\u00a0lamento\u00a0du t\u00e9nor dans l\u2019op\u00e9ra du XVIIe\u00a0si\u00e8cle r\u00e9pondent les lamentations des personnages romanesques du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res\u00a0: Cleveland, Des Grieux, Charles Grandison, Saint-Preux, Werther, Ortis. Et, \u00e0 cette p\u00e9riode charni\u00e8re o\u00f9 le roman semble pr\u00e9f\u00e9rer la sc\u00e8ne \u00e0 la narration et se rapprocher ainsi des arts figuratifs, les peintres ne sont pas en reste dans l\u2019exploitation du geste path\u00e9tique de lamentation. Depuis le fils prodigue de la\u00a0Mal\u00e9diction paternelle\u00a0de Greuze jusqu\u2019\u00e0\u00a0Philoct\u00e8te dans l\u2019\u00eele de Lemnos\u00a0de Guillaume Guillon-Lethi\u00e8re, les mod\u00e8les antiques, gr\u00e9co-latins et bibliques, sont repris de mani\u00e8re plus ou moins explicite et retravaill\u00e9s dans ce mouvement g\u00e9n\u00e9ral de promotion de l\u2019\u00e9motion esth\u00e9tique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s\u2019agira, pendant cette journ\u00e9e d\u2019\u00e9tude, d\u2019interroger la cr\u00e9ation, la r\u00e9ception et la reprise de ces mod\u00e8les de repr\u00e9sentation de la souffrance masculine dans la litt\u00e9rature et les arts \u00e0 l\u2019\u00e2ge classique en Europe. En effet, si la repr\u00e9sentation d\u2019une souffrance au f\u00e9minin, exprim\u00e9e sous des formes diverses, a d\u00e9j\u00e0 fait l\u2019objet de nombreuses \u00e9tudes, rares sont les ouvrages consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019analyse de la repr\u00e9sentation de la souffrance masculine lorsque celle-ci s\u2019exprime sous la forme de la lamentation et de ses diff\u00e9rentes d\u00e9clinaisons, allant de la plainte \u00e0 la d\u00e9ploration. Il ne s\u2019agit pas, ici, de s\u2019interroger sur la construction de normes comportementales d\u00e9finissant la virilit\u00e9, mais de questionner les repr\u00e9sentations pour comprendre comment l\u2019articulation de la lamentation et du personnage masculin fait sens\u00a0: quelle signification la voix, le geste, le corps du personnage masculin conf\u00e8rent-ils \u00e0 la lamentation\u00a0? Quels sont les infl\u00e9chissements particuliers que conf\u00e8re la lamentation masculine \u00e0 l\u2019expression de la souffrance\u00a0? Y a-t-il des constantes formelles, th\u00e9matiques et s\u00e9mantiques qui caract\u00e9risent ce motif\u00a0? Les communications pourront s\u2019int\u00e9resser aussi bien aux textes litt\u00e9raires qu\u2019aux repr\u00e9sentations des arts plastiques ou du spectacle vivant sur un empan chronologique compris entre la fin du XVIe\u00a0et la fin du XVIIIe\u00a0si\u00e8cle.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Repr\u00e9sentations et r\u00e9cits de la souffrance masculine aux si\u00e8cles classiques en Europe : la lamentation du personnage masculin dans la litt\u00e9rature et les arts, entre r\u00e9ception des mod\u00e8les antiques et expression des passions modernes Date d\u2019\u00e9ch\u00e9ance Mercredi\u00a01er\u00a0octobre\u00a02025 Organisation Journ\u00e9e d\u2019\u00e9tude organis\u00e9e par\u00a0Marilina GIANICO\u00a0(Universit\u00e9 de Lorraine, LIS UR 7305). 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