{"id":13338,"date":"2024-11-03T02:20:04","date_gmt":"2024-11-03T10:20:04","guid":{"rendered":"https:\/\/siefar.org\/?p=11510"},"modified":"2024-11-03T02:20:04","modified_gmt":"2024-11-03T10:20:04","slug":"retrospectives-et-perspectives-femmes-et-genre-en-litterature-le-temps-du-bilan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/siefar.org\/gb\/retrospectives-et-perspectives-femmes-et-genre-en-litterature-le-temps-du-bilan\/","title":{"rendered":"R\u00e9trospectives et perspectives : femmes et genre en litt\u00e9rature, le temps du bilan ?"},"content":{"rendered":"<p><strong>Universit\u00e9 de Poitiers<\/strong><\/p>\n<p><strong>Organis\u00e9 par B\u00e9atrice Bloch, Anne Debrosse, Natacha D\u2019Orlando et \u00c9lina Galin.<\/strong> <strong>Avec le soutien de la SIEFAR<\/strong><\/p>\n<p>Les \u00e9tudes de genre sont d\u00e9sormais bien install\u00e9es dans les sciences sociales et en histoire, \u00e0 tel point qu\u2019on a pu dire d\u00e8s 2008 qu\u2019elles atteignaient un palier, apr\u00e8s une p\u00e9riode d\u2019ascension, d\u2019effervescence et de riches apports scientifiques[1]. Dans ces domaines disciplinaires, nombreux sont les travaux qui se consacrent \u00e0 des questions de genre uniquement et les contributions scientifiques se passent d\u00e9sormais difficilement de ce prisme.<\/p>\n<p>La recherche en litt\u00e9rature ne manque pas de s\u2019y int\u00e9resser en France, non sans quelques retards et r\u00e9ticences qu\u2019une comparaison avec les mondes acad\u00e9miques anglophones rend particuli\u00e8rement sensible. De fait, et comme le rappelait notamment Christine Plant\u00e9 en 2018, le lien entre pens\u00e9e du genre et des sexualit\u00e9s, d\u2019une part, et pens\u00e9e et pratiques de la litt\u00e9rature, de l\u2019autre, s\u2019\u00e9tablit pr\u00e9cocement[2]. Une large part des travaux consid\u00e9r\u00e9s d\u00e9sormais comme fondateurs pour les \u00e9tudes de genre proviennent en effet d\u2019autrices (H\u00e9l\u00e8ne Cixous et Monique Wittig, par exemple, pour le contexte francophone) ou de th\u00e9oriciennes qui ont \u00e9t\u00e9 form\u00e9es en \u00e9tudes litt\u00e9raires (comme le sont Gayatri Chakravorty Spivak ou Eve Kosofksy Sedgwick\u00a0; Judith Butler a enseign\u00e9 dans un d\u00e9partement de Litt\u00e9rature compar\u00e9e et est titulaire de doctorats de Lettres honoris causa). Ce lien organique et originel a pu sembler s\u2019\u00e9tioler \u00e0 mesure que la recherche fran\u00e7aise en litt\u00e9rature a accumul\u00e9 du retard sur ses questions, malgr\u00e9 son anciennet\u00e9 sous nos latitudes, comme les travaux d\u2019H\u00e9l\u00e8ne Cixous, Luce Irigaray en t\u00e9moignent. En France, ces \u00e9tudes semblent n\u00e9anmoins recevoir d\u00e9sormais un coup d\u2019acc\u00e9l\u00e9rateur apr\u00e8s ce temps de latence, en d\u00e9calage avec leur explosion dans les sciences sociales et certaines sciences humaines, ainsi qu\u2019avec le d\u00e9veloppement, sur la sc\u00e8ne acad\u00e9mique mondiale des \u00e9tudes sur le genre et les sexualit\u00e9s (que celles-ci soient, selon les \u00e9poques, d\u00e9sign\u00e9es comme \u00e9tudes sur les femmes, \u00e9tudes f\u00e9ministes, \u00e9tudes lesbiennes et gays, \u00e9tudes sur les masculinit\u00e9s, ou encore \u00e9tudes queer).\u00a0<\/p>\n<p>Pour ce qui concerne la litt\u00e9rature f\u00e9minine dans le milieu universitaire fran\u00e7ais, certes, des recherches existent depuis longtemps (La Petite S\u0153ur de Balzac, 1989, etc.). Ces travaux, d\u2019abord peu nombreux, se sont massivement diffus\u00e9s et rencontrent de francs succ\u00e8s \u00e9ditoriaux, y compris en dehors des murs de l\u2019Universit\u00e9, comme en t\u00e9moigne le r\u00e9cent Femmes et litt\u00e9rature. Une histoire culturelle (2 vol., 2020). Cependant, cet ouvrage complet arrive 30 ans apr\u00e8s L\u2019Histoire des femmes en Occident (1991) et se place sous le signe de \u00ab\u00a0l\u2019histoire culturelle\u00a0\u00bb, oscillant ainsi entre histoire et litt\u00e9rature, repr\u00e9sentations et r\u00e9ception, comme si les \u00e9tudes litt\u00e9raires h\u00e9sitaient \u00e0 s\u2019emparer du genre, en tout cas en France, et devaient se placer sous le patronage de l\u2019histoire pour ce faire. Les \u00e9tudes de genre ayant d\u00e9coul\u00e9 en partie des \u00e9tudes sur les femmes et des \u00e9tudes f\u00e9ministes, la latence entre ces derni\u00e8res et l\u2019apparition de travaux et de sommes relatives aux \u00e9tudes lesbiennes et gays, queer ou aux \u00e9tudes sur les masculinit\u00e9s s\u2019explique facilement. Cependant, l\u00e0 encore, les \u00e9tudes litt\u00e9raires fran\u00e7aises ne sont pas \u00e0 la pointe. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment de nombreux travaux r\u00e9flexifs et novateurs existent[3]\u00a0; cependant, ils n\u2019ont pas toujours eu la reconnaissance qu\u2019ils m\u00e9ritaient. Il y a un r\u00e9el retard institutionnel, contrastant avec les initiatives de volont\u00e9s individuelles tenaces, qui tentent d\u2019institutionnaliser le champ en France mais que l\u2019invisibilisation menace toujours. Si toutes les universit\u00e9s am\u00e9ricaines comportent des sp\u00e9cialistes du genre, ce n\u2019est pas le cas en France. On attend sans doute l\u2019\u00e9quivalent de l\u2019Histoire de la virilit\u00e9 (2011)[4] et des ouvrages de Marie-Jo Bonnet (1981) et de Jennifer Tamagne (2001)[5]\u00a0: le premier colloque fran\u00e7ais sur lesbiennes et litt\u00e9rature s\u2019est tenu r\u00e9cemment \u00e0 Mulhouse (2019) et une premi\u00e8re synth\u00e8se sur la \u00ab\u00a0litt\u00e9rature lesbienne\u00a0\u00bb vient de para\u00eetre (\u00c9crire \u00e0 l\u2019encre violette, 2022)[6] \u2013 synth\u00e8se qui fait le constat que jusqu\u2019\u00e0 maintenant, la recherche a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e essentiellement par des \u00ab\u00a0militant.es et \u00e9tudiant.es, journalistes et lecteurices, archivistes, maisons d\u2019\u00e9dition et chercheureuses ind\u00e9pendant.es\u00a0\u00bb (p. 20) plut\u00f4t que par des chercheur.ses en poste dans des institutions scientifiques. Paula Dumont en est un exemple frappant, elle qui dut attendre sa retraite de l\u2019\u00c9ducation nationale pour publier sur la question \u2013 dont son Entre femmes, 250 \u0153uvres lesbiennes r\u00e9sum\u00e9es et comment\u00e9es en 4 vol. (2015-2022), seul travail encyclop\u00e9dique fran\u00e7ais sur ce sujet. Par comparaison, The Gay and Lesbian Literary Heritage: A Reader&#8217;s Companion to the Writers and Their Works, from Antiquity to the Present date de 1995 et a re\u00e7u tous les soutiens institutionnels n\u00e9cessaires \u00e0 une telle entreprise[7]. Les productions militantes \u00e9rudites foisonnent, avides justement de combler le vide universitaire, aussi bien sur le plan de la recherche que de la transmission. Si les masters en \u00e9tudes de genre se d\u00e9veloppent, ils sont souvent l\u2019\u00e9manation des sciences humaines et sociales, et, si l&#8217;on excepte le DEA d&#8217;\u00c9tudes f\u00e9minines fond\u00e9 \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 Paris 8 d\u00e8s les ann\u00e9es 1970, ils ne se sont ouverts aux disciplines litt\u00e9raires que dans un second temps. Les entreprises de cet ordre en litt\u00e9rature sont souvent sporadiques, et le fruit de bonnes volont\u00e9s locales, qui r\u00e9pondent \u00e0 la demande croissante des \u00e9tudiant.es, sans qu\u2019elles fassent particuli\u00e8rement partie d\u2019un groupe de travail \u00e9tiquet\u00e9 \u00ab\u00a0genre[8]\u00a0\u00bb, si ce n\u2019est \u00e0 se fondre dans un projet pluridisciplinaire. Pourtant, l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019une perspective litt\u00e9raire ne fait aucun doute, m\u00eame si la question de la disciplinarit\u00e9 se pose, la discipline \u00e9tant entendue au sens large\u00a0: stylistique, narratologie, s\u00e9miotique, socio-litt\u00e9rature, \u00e9tudes de r\u00e9ception, approches th\u00e9matiques&#8230; Peut-\u00eatre n\u2019est-ce pas pour rien que les \u00e9tudes de genre sont plus int\u00e9gr\u00e9es \u00e0 des questionnements litt\u00e9raires dans d\u2019autres pays, o\u00f9 les fronti\u00e8res disciplinaires ne sont pas les m\u00eames, o\u00f9 la litt\u00e9rature est sans doute un objet moins sacralis\u00e9 (int\u00e9gration des \u00e9tudes litt\u00e9raires dans les cultural studies), et o\u00f9 l\u2019\u00e9tude de groupes d\u00e9finis en fonction de leur cat\u00e9gorie de sexe ou de leur sexualit\u00e9 se confronte moins \u00e0 l\u2019universalisme. Il ne s\u2019agit pas de r\u00e9duire des approches, n\u00e9cessairement transdisciplinaires et internationales, ni de pointer les particularit\u00e9s fran\u00e7aises comme un d\u00e9faut, mais d\u2019inviter \u00e0 s\u2019interroger \u00e0 leur sujet, \u00e0 travers une perspective chronologique large.\u00a0<\/p>\n<p><strong>I. Les \u00e9tudes sur les femmes et f\u00e9ministes<\/strong><\/p>\n<p>En France, les \u00e9volutions restent en r\u00e9alit\u00e9 assez lentes dans les disciplines litt\u00e9raires, notamment pour ce qui concerne l\u2019\u00e9ducation et les programmes, secteurs assez conservateurs comme on le sait, mais aussi pour tout ce qui touche \u00e0 l\u2019\u00e9dition \u2013 les instances qui institutionnalisent la litt\u00e9rature.\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0En 2013[9], le Centre Hubertine Auclert puis en 2016 le Haut Conseil \u00e0 l\u2019\u00c9galit\u00e9 entre les Femmes et les Hommes[10] ont montr\u00e9 dans leurs \u00e9tudes qu\u2019en litt\u00e9rature, \u00ab\u00a095 % des textes litt\u00e9raires soumis \u00e0 l\u2019\u00e9tude des \u00e9l\u00e8ves sont \u00e9crits par des hommes\u00a0\u00bb. Les travaux d\u2019Audrey Lasserre, qui s\u2019int\u00e9ressent aux histoires litt\u00e9raires, permettent d\u2019avoir une perspective syst\u00e9matique sur la question, bien qu\u2019un peu ancienne maintenant[11]. Les autrices sont cantonn\u00e9es dans les chapitres ou sections o\u00f9 elles sont attendues (roman, \u00e9pistolaire\u2026) et on retrouve toujours les m\u00eames (alors que certaines, tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bres et influentes en leur temps, n\u2019ont pas leur place), tandis qu\u2019on s\u2019int\u00e9resse \u00e0 leurs biographies plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 leurs productions (id\u00e9e bien connue depuis la fin des ann\u00e9es 1980 et les travaux de Christine Plant\u00e9 notamment). Par ailleurs, les personnages f\u00e9minins s\u00e9lectionn\u00e9s dans les canons sont trop souvent dans des r\u00f4les st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s. L\u2019\u00c9ducation nationale et des instances \u00e9tatiques comme le Haut Conseil \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 impulsent les efforts destin\u00e9s \u00e0 diminuer cet \u00e9tat de fait, qui persiste n\u00e9anmoins. Alors que l\u2019Association Mn\u00e9mosyne a produit un manuel sur les femmes dans l\u2019histoire en 2013, on attend toujours la m\u00eame chose en litt\u00e9rature[12].\u00a0<\/p>\n<p>S\u2019il existe un ouvrage qui se pr\u00e9sente v\u00e9ritablement comme un manuel[13], il est assez r\u00e9v\u00e9lateur qu\u2019il ne s\u2019adresse qu\u2019aux \u00e9l\u00e8ves de coll\u00e8ge. Le lyc\u00e9e est un niveau d\u2019enseignement tourn\u00e9 vers le baccalaur\u00e9at, or l\u2019\u00e9preuve anticip\u00e9e de fran\u00e7ais laisse peu de place aux autrices. Il faut aussi attendre 2017 pour qu\u2019une \u0153uvre d\u2019autrice (La Princesse de Montpensier de Marie-Madeleine de Lafayette) soit mise au programme de la classe de Terminale. Depuis 2019, les programmes d\u2019\u0153uvres en premi\u00e8re n\u2019osent plus ne pas int\u00e9grer au moins une ou deux autrices dans leur liste \u2013 et ce d\u2019autant plus que les tribunes continuent de se multiplier sur internet pour d\u00e9noncer la part toujours congrue faite aux autrices dans les programmes scolaires. En ce qui concerne l\u2019\u00e9cole primaire, les travaux anciens de Brugeilles, Cromer et Panissal (2002, 2009) analysent les listes officielles de litt\u00e9rature jeunesse et soulignent le sexisme des repr\u00e9sentations qu\u2019ils v\u00e9hiculent.<\/p>\n<p>Des projets de rassemblement de textes et de publications aboutissent cependant, souvent (mais pas seulement[14]) \u00e0 l&#8217;initiative d\u2019historiennes de la litt\u00e9rature et de femmes critiques litt\u00e9raires, depuis la fin du XVIIIe si\u00e8cle[15]. Il existe en fait un \u00e9cart assez net entre les productions universitaires (\u00e9tablissement de textes, r\u00e9habilitation d\u2019autrices oubli\u00e9es\u2026) et l\u2019enseignement, qui commence \u00e0 peine \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 une v\u00e9ritable demande du corps social (p\u00e9titions pour qu\u2019il y ait davantage d\u2019autrices aux programmes et aux concours de l\u2019\u00c9ducation nationale, cr\u00e9ation sporadiques et individuelles de plates-formes consacr\u00e9es aux autrices[16]\u00a0; etc.). Et si, jusqu\u2019aux ann\u00e9es r\u00e9centes, les femmes ont longtemps eu du mal \u00e0 se faire une place dans certains domaines de l\u2019\u00e9dition, par exemple en \u00ab\u00a0po\u00e9sie Gallimard\u00a0\u00bb, elles trouvent d\u2019autres \u00e9diteur.ices, ailleurs, sous forme papier. L\u2019auto-\u00e9dition par le net ou les revues num\u00e9riques repr\u00e9sentent aussi un moyen pour les femmes de toucher un lectorat dans les circuits officiels et m\u00eame en dehors\u00a0: on pense \u00e0 l\u2019impact internet de l\u2019\u00e9crivaine canadienne Rupi Kaur[17], par exemple, qui rel\u00e8ve d\u2019un v\u00e9ritable ph\u00e9nom\u00e8ne. Les contacts avec le public lors des rencontres d\u2019\u00e9crivain.es aujourd\u2019hui ne sont-elles pas aussi l\u2019occasion d\u2019infl\u00e9chir le monde litt\u00e9raire en y marquant la pr\u00e9sence des femmes\u00a0? Le lectorat est souvent devenu plus f\u00e9minin[18]\u00a0; les festivals du livre et rencontres d\u2019autrices font aussi le plein. Les salons d\u2019autrices ou de femmes savantes du XVIIe si\u00e8cle \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 un laboratoire litt\u00e9raire, con\u00e7u et pratiqu\u00e9 comme tel, permettant d\u2019ailleurs l\u2019av\u00e8nement de nouveaux courants de pens\u00e9e et genres litt\u00e9raires comme le roman, au grand dam de certains censeurs qui estimaient que la grande litt\u00e9rature s\u2019eff\u00e9minait et donc se d\u00e9gradait[19]. Aujourd\u2019hui cependant, l\u2019importance croissante d\u2019un lectorat sensible aux questions de genre produit des infl\u00e9chissements sur la litt\u00e9rature et ses institutions, m\u00eame si les \u00e9chos sont troublants avec l\u2019\u00e9poque de la Querelle des femmes.<\/p>\n<p>L\u2019une des approches de ce colloque prendra en compte les influences exerc\u00e9es par l\u2019\u00e9tranger sur la litt\u00e9rature et la pens\u00e9e litt\u00e9raire fran\u00e7aises. On s\u2019interrogera aussi sur l\u2019influence que la litt\u00e9rature fran\u00e7aise exerce sur les \u00e9crivaines et sur les critiques f\u00e9ministes et \u00e9manant des \u00e9tudes de genre, hors de la sph\u00e8re culturelle fran\u00e7aise. Un tour d\u2019horizon plus large sur la r\u00e9ception des \u00e9crivaines fran\u00e7aises \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, comme ce fut le cas de la lecture des th\u00e9oriciennes et \u00e9crivaines de la g\u00e9n\u00e9ration f\u00e9ministe des ann\u00e9es 1970 (on pense au voyage de Christine Delphy en Serbie, qui donna un tournant nouveau aux f\u00e9minismes serbes), permet de voir en quoi cette litt\u00e9rature peut avoir un impact hors des fronti\u00e8res de l\u2019hexagone. En retour, on note que la litt\u00e9rature en France et son \u00e9tude s\u2019impr\u00e8gnent des influences de l\u2019\u00e9tranger, ou jouent de la reconnaissance externe, comme ce fut le cas pour Monique Wittig, dont La Pens\u00e9e straight a re\u00e7u un v\u00e9ritable coup de projecteur gr\u00e2ce aux \u00c9tats-Unis. Cela vaut pour les si\u00e8cles plus anciens\u00a0: on a pu \u00e9valuer plus justement l\u2019originalit\u00e9 de Louise Lab\u00e9 \u00e0 l\u2019aune des \u00e9crivaines italiennes qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e de peu ou qui lui ont \u00e9t\u00e9 contemporaines[20]. Il sera ainsi important de consid\u00e9rer le genre comme un site de comparaison pour prendre en compte combien une forme d\u2019internationale du genre a permis ces nombreux transferts d\u2019un espace culturel \u00e0 l\u2019autre. Une comparaison avec les \u00e9tudes f\u00e9ministes et de genre dans d\u2019autres pays serait \u00e9galement riche d\u2019enseignements. Car nombreux sont ceux o\u00f9 se d\u00e9veloppent une pens\u00e9e litt\u00e9raire f\u00e9ministe et une \u00e9tude des genres, ainsi qu\u2019une reconnaissance de la litt\u00e9rature f\u00e9minine (ainsi, par exemple, le prix litt\u00e9raire Alessio a-t-il \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 en Italie ces derni\u00e8res ann\u00e9es surtout \u00e0 des \u00e9crivaines). Cette reconnaissance peut \u00eatre transnationale, comme celle de Gabriela Mistral laur\u00e9ate du prix Nobel en 1945 (premier laur\u00e9at d\u2019Am\u00e9rique latine), et infl\u00e9chir voire forcer les valeurs nationales &#8211; elle re\u00e7ut enfin le Prix National de Litt\u00e9rature chilien en 1951. \u00a0<\/p>\n<p><strong>II. Litt\u00e9rature et \u00e9tudes de genre<\/strong><\/p>\n<p>Des d\u00e9bats virulents ont vu le jour au moment m\u00eame o\u00f9 le f\u00e9minisme classique a d\u00fb aussi prendre en compte ses points longtemps rest\u00e9s aveugles\u00a0: les \u00e9tudes lesbiennes et gays, les \u00e9tudes queer et les approches intersectionnelles (Judith Butler, Donna Haraway, Teresa de Lauretis, bell hooks, Awa Thiam, Paul B. Preciado\u2026). Ces difficult\u00e9s se cristallisent dans l\u2019institutionnalisation progressive et encore inachev\u00e9e des litt\u00e9ratures f\u00e9minines et f\u00e9ministes, mais aussi queer et lesbiennes et gays. Elle invite \u00e0 s\u2019interroger sur le canon ou les classiques\u00a0: l\u2019exclusion trop fr\u00e9quente des espaces dits p\u00e9riph\u00e9riques ou minoritaires de la \u00ab\u00a0R\u00e9publique mondiale des Lettres\u00a0\u00bb (Pascale Casanova) pose probl\u00e8me.<\/p>\n<p>Interroger le canon, c\u2019est r\u00e9fl\u00e9chir aussi en termes de th\u00e9matiques ou de styles. Faut-il ou non revendiquer une \u00ab\u00a0\u00e9criture f\u00e9minine\u00a0\u00bb, comme le faisait par exemple H\u00e9l\u00e8ne Cixous, ou refuser une singularit\u00e9 collective fond\u00e9e sur le genre, voire une \u00ab\u00a0diff\u00e9rance\u00a0\u00bb\u00a0? \u00a0L\u2019\u00e9criture est-elle un lieu privil\u00e9gi\u00e9 du d\u00e9passement du binarisme, comme le voulait Monique Wittig\u00a0? \u00a0Enfin, l\u2019\u00e9criture d\u2019auteur.rices marginalis\u00e9.es par leurs sexualit\u00e9 est-elle, ou non, un marqueur propre \u00e0 un v\u00e9cu exp\u00e9rientiel, voire le signe d\u2019un \u00ab\u00a0rapport sp\u00e9cifique\u00a0\u00bb \u00e0 la litt\u00e9rature[21]\u00a0? Si la th\u00e9orie des ann\u00e9es 1970 a donn\u00e9 une grande importance \u00e0 la psychanalyse ou \u00e0 la textanalyse, les f\u00e9minismes, comme les \u00e9tudes lesbiennes et gays puis les \u00e9tudes queer, peuvent semblablement proposer des \u00e9critures alternatives \u00e0 la vision traditionnelle de l\u2019\u0152dipe, ainsi que le montre avec force par exemple l\u2019\u00e9crivain Paul B. Preciado (Je suis un monstre qui vous parle, 2020) apr\u00e8s Luce Irigaray notamment.\u00a0<\/p>\n<p>Dans ce type de perspective, certain.es chercheur.ses en litt\u00e9rature tentent depuis longtemps d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la binarit\u00e9 de genre. C\u2019est tout l\u2019enjeu des \u00e9tudes queer, qui s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 des corpus r\u00e9cents mais aussi anciens. Le collectif Shakesqueer: A Queer Companion to the Complete Works of Shakespeare (2011), suivi de peu d\u2019un Queer Shakespeare (2017), est l\u2019un des premiers dans ce domaine. Dans la foul\u00e9e des th\u00e9ories de Thomas Laqueur, les \u00e9tudes sur les si\u00e8cles anciens ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s sensibles \u00e0 un continuum entre les sexes et parmi les premi\u00e8res \u00e0 s\u2019int\u00e9resser au brouillage des genres, que les textes anciens ne manquent jamais de mettre en sc\u00e8ne. Il s\u2019agit de proposer des Queer (Re) Readings[22] des litt\u00e9ratures anciennes, mais aussi d\u2019\u00eatre conscient.es de la queerit\u00e9 qu\u2019elles contiennent en elles-m\u00eames, gr\u00e2ce \u00e0 des relectures, au plus proche des contestations anciennes des codes litt\u00e9raires de la culture \u00ab\u00a0straight\u00a0\u00bb, laquelle est remise en cause de fa\u00e7on de plus en plus frontale dans le domaine contemporain, avec ses propres probl\u00e9matiques[23].<\/p>\n<p>Pourtant, la binarit\u00e9, justement contest\u00e9e sur le plan ontologique, peut rester pertinente comme outil d\u2019analyse en raison de l\u2019histoire de la bipartition sexu\u00e9e et sexuelle qui, sans cesse contest\u00e9e, s\u2019est impos\u00e9e au fil des si\u00e8cles. C\u2019est pourquoi les \u00e9tudes sur les masculinit\u00e9s et les hommes permettent des \u00e9clairages int\u00e9ressants. Elles commencent tout juste \u00e0 s\u2019assurer une certaine visibilit\u00e9 dans les \u00e9tudes litt\u00e9raires fran\u00e7aises[24].<\/p>\n<p>Le colloque permettra ainsi de sortir du seul paradigme de l\u2019invisibilisation ou de l\u2019invisibilit\u00e9 des \u00e9crivaines pour envisager, plut\u00f4t, ce que les \u00e9tudes de genre ont permis et permettent aux \u00e9tudes litt\u00e9raires, depuis les premiers fr\u00e9missements de ces approches jusqu\u2019aux bouleversements plus contemporains. \u00a0<\/p>\n<p>\u00a0\u2014<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, m\u00eame si elle s\u2019est empar\u00e9e de ces questions, qu\u2019en est-il vraiment des \u00e9tudes de genre et des \u00e9tudes f\u00e9ministes dans les disciplines litt\u00e9raires\u00a0? C\u2019est l\u2019heure d\u2019un premier bilan et nous voudrions proposer un regard r\u00e9trospectif et prospectif sur les \u00e9tudes de genre et des sexualit\u00e9s en proposant trois fils d\u2019orientation.\u00a0<\/p>\n<p>\u2b9a \u00a0 \u00a0\u00a0<strong>\u00a0Premier fil\u00a0:<\/strong>\u00a0invisibilisation\u00a0; cantonnements\u00a0; moyens de lutte pour la reconnaissance. Quelles \u00e9tudes sur les femmes ont cherch\u00e9 \u00e0 rendre visibles les femmes et, par cons\u00e9quent, implicitement ou non, invitent \u00e0 un questionnement sur les processus d&#8217;exclusion qui les ont invisibilis\u00e9es\u00a0? \u00a0Quelles \u00e9tudes f\u00e9ministes ont cherch\u00e9 l&#8217;origine et les processus des ph\u00e9nom\u00e8nes d&#8217;exclusion et d&#8217;oppression\u00a0? En quoi les pens\u00e9es et les \u00e9critures f\u00e9ministes et du genre accompagnent-elles ou pr\u00e9c\u00e8dent-elles les \u00e9volutions et les probl\u00e8mes sociaux\u00a0? Nous proposons de rechercher d\u2019o\u00f9 vient l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 de traitement entre les auteur.es et d\u2019interroger les recherches de nouvelles m\u00e9thodologies qui permettent de rebattre les cartes de l\u2019objectivit\u00e9 scientifique. Comment combattre aujourd\u2019hui l\u2019invisibilisation\u00a0? Quelle est la position des autrices \u00e0 propos des f\u00e9minismes (Beauvoir, Ernaux, Duras peuvent en donner des exemples, mais il y en a d\u2019autres)\u00a0? Dans quelle mesure les litt\u00e9ratures et les imaginaires queer, lesbiens, gays ou \u00e9manant de masculinit\u00e9s ou de f\u00e9minit\u00e9s non normatives, de litt\u00e9ratures dites p\u00e9riph\u00e9riques ont-ils \u00e9t\u00e9 invisibilis\u00e9s ou au contraire valoris\u00e9s\u00a0?\u00a0<\/p>\n<p>\u2b9a \u00a0 \u00a0<strong>\u00a0\u00a0Deuxi\u00e8me fil\u00a0:<\/strong>\u00a0s\u2019interroger sur les productions litt\u00e9raires du genre.\u00a0<\/p>\n<p>Le genre remet en question la pr\u00e9tendue naturalit\u00e9 des diff\u00e9rences femmes\/hommes et met en lumi\u00e8re la fluidit\u00e9 de genre, v\u00e9cue ou choisie[25]. Comment cela s\u2019exprime-t-il en litt\u00e9rature\u00a0? Comment les recherches peuvent-elles s\u2019en emparer\u00a0? La fiction est-elle un espace particulier d\u2019exp\u00e9rimentation sur les questions de genre\u00a0? Le th\u00e9\u00e2tre, en ce qu\u2019il est performance, propose-t-il un regard sp\u00e9cifique sur ces questions\u00a0? Qu\u2019en est-il de la po\u00e9sie\u00a0? La litt\u00e9rature en g\u00e9n\u00e9ral est-elle un laboratoire de pr\u00e9dilection sur ces questions, en litt\u00e9rature fran\u00e7aise, francophone ou dans d\u2019autres langues\u00a0? Comment les genres litt\u00e9raires ont-ils \u00e9t\u00e9 investis par les \u00e9crivain.es f\u00e9ministes\u00a0?\u00a0<\/p>\n<p>\u2b9a \u00a0 \u00a0<strong>\u00a0\u00a0Troisi\u00e8me fil\u00a0:<\/strong>\u00a0interrogation r\u00e9flexive et m\u00e9tacritique sur les \u00e9tudes queer, lesbiennes et gays, sur les masculinit\u00e9s, sur les femmes dans la discipline litt\u00e9raire.\u00a0<\/p>\n<p>Quel regard peut-on porter sur le pass\u00e9, sur l\u2019\u00e9tat actuel des \u00e9tudes f\u00e9minines et f\u00e9ministes litt\u00e9raires\u00a0? Quels conflits d\u00e9finitionnels ou th\u00e9oriques existent, ou ont exist\u00e9\u00a0? Que nous apprend la comparaison entre les \u00e9tudes litt\u00e9raires de genre en fran\u00e7ais, en pays francophones et dans d\u2019autres langues et cultures pour nos propres pratiques r\u00e9flexives\u00a0? Quelle est la part de reconnaissance institutionnelle pour ces \u00e9tudes en France aujourd\u2019hui et par quels canaux passe-t-elle (Universit\u00e9, soci\u00e9t\u00e9s savantes, associations\u2026)\u00a0? Comment la cr\u00e9ation litt\u00e9raire et la pens\u00e9e du genre se nourrissent-elles, ou non, l\u2019une et l\u2019autre\u00a0?<\/p>\n<p>Dans chacun de ces domaines, existe la possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9tudes de cas. Nous privil\u00e9gierons les propositions qui montrent le souci d\u2019une approche critique et\/ou th\u00e9orique, et d\u2019une attention \u00e0 l\u2019historicit\u00e9 des questionnements dans les \u00e9tudes de genre. Des angles d\u2019attaque proprement litt\u00e9raires (narratologie, perspective stylistique, plus philosophique\u2026) sont souhait\u00e9s.\u00a0<\/p>\n<p>Des propositions sur des corpus de toutes les \u00e9poques et langues sont bienvenues. Si la focalisation sera sur la litt\u00e9rature fran\u00e7aise, les \u00e9tudes sur d\u2019autres champs litt\u00e9raires seront les bienvenus, avec ou sans prisme comparatif.\u00a0<\/p>\n<p>\u2014\u00a0<\/p>\n<p><strong>Comit\u00e9 scientifique\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>Sophie Albert (Sorbonne Universit\u00e9)<\/p>\n<p>Isabelle Boisclair (Universit\u00e9 de Sherbrooke)<\/p>\n<p>Flavia Bujor (Universit\u00e9 Paris 8)<\/p>\n<p>M\u00e9linda Caron (Universit\u00e9 T\u00c9LUQ)<\/p>\n<p>Nathalie Grande (Universit\u00e9 de Nantes)<\/p>\n<p>Camille Islert (\u00c9cole normale sup\u00e9rieure de Lyon)<\/p>\n<p>Daniele Maira (Universit\u00e9 de G\u00f6ttingen)<\/p>\n<p>Sofia Raquel Oliveira Dias (Universit\u00e9 de Salamanque)<\/p>\n<p>Christine Plant\u00e9 (Universit\u00e9 Lumi\u00e8re Lyon 2)<\/p>\n<p>Marie-Jeanne Zenetti (Universit\u00e9 Lumi\u00e8re Lyon 2)<\/p>\n<p>\u2014<\/p>\n<p>Les propositions de communications (en fran\u00e7ais, anglais, italien ou espagnol), qui feront une demi-page environ, sont \u00e0 envoyer pour le 28 novembre 2024 sous format pdf aux adresses suivantes\u00a0:<\/p>\n<p><a href=\"mailto:beatrice.bloch@univ-poitiers.fr\">beatrice.bloch@univ-poitiers.fr<\/a><\/p>\n<p><a href=\"mailto:anne.debrosse@univ-poitiers.fr\">anne.debrosse@univ-poitiers.fr<\/a><\/p>\n<p><a href=\"mailto:natacha.d.orlando@univ-poitiers.fr\">natacha.d.orlando@univ-poitiers.fr<\/a><\/p>\n<p><a href=\"mailto:elina.galin01@univ-poitiers.fr\">elina.galin01@univ-poitiers.fr<\/a><\/p>\n<p><em>Colloque dans le cadre du FoReLLIS, avec le soutien de l\u2019\u00c9cole doctorale Humanit\u00e9s (Universit\u00e9 de Poitiers), la SI\u00c9FAR (Soci\u00e9t\u00e9 internationale pour l\u2019\u00e9tude des femmes de l\u2019Ancien R\u00e9gime) et de l\u2019IEC (Institut \u00c9milie du Ch\u00e2telet).<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p>\n[1] Jacques Dalarun, \u00ab\u00a0Dieu changea de sexe, pour ainsi dire\u00a0\u00bb\u00a0: la religion faite femme\u00a0: XIe-XVe si\u00e8cle, Paris, Fayard, 2008.<br \/>\n[2] Christine Plant\u00e9, \u00ab\u00a0Le genre en litt\u00e9rature\u00a0: difficult\u00e9s, fondements et usages d\u2019un concept\u00a0\u00bb. \u00c9pist\u00e9mologies du genre, \u00e9dit\u00e9 par GenERe, ENS \u00c9ditions, 2018,\u00a0<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/books.enseditions.9197\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/books.enseditions.9197<\/a>\u00a0SMASH.<br \/>\n[3] Par exemple, les collectifs \u00ab\u00a0Le genre et les \u00e9tudes litt\u00e9raires d\u2019expression fran\u00e7aise (XXe-XXIe si\u00e8cle). \u00c0 la lumi\u00e8re des \u00e9tudes de genre\u00a0\u00bb (dir. Nathalie Froloff et Yvanne Rialland, Revue ElFe XX-XXI, n.6, 2016)\u00a0; Le genre en litt\u00e9rature. Les reconfigurations masculin\/f\u00e9minin du Moyen \u00c2ge \u00e0 l\u2019extr\u00eame contemporain (dir. Marie-Fran\u00e7oise Berthu-Courtivron et Fabienne Pomel, PUR, 2021)\u00a0; Comment faire des \u00e9tudes-genres avec de la litt\u00e9rature. Masquereading (dir. Guyonne Leduc, L\u2019Harmattan, 2014, ouvrage issu d\u2019un s\u00e9minaire lillois)\u00a0; les travaux d\u2019Anne-Emmanuelle Berger (notamment ceux qui portent sur les diff\u00e9rences entre \u00e9tudes de genre am\u00e9ricaines et fran\u00e7aises dans Le grand th\u00e9\u00e2tre du genre\u00a0: Identit\u00e9s, sexualit\u00e9s et f\u00e9minisme en \u201cAm\u00e9rique\u201d, Paris, Belin, 2013)\u00a0; des articles qui ressaisissent la question comme \u00ab\u00a0Genre. Penser le \u201cgenre\u201d en langue(s) ou comment faire des \u00e9tudes de genre en litt\u00e9raire\u202f?\u00a0\u00bb, dans Fragments d\u2019un discours th\u00e9orique. Nouveaux \u00e9l\u00e9ments de lexique litt\u00e9raire, dir. Emmanuel Bouju, Nantes, \u00e9ditions C\u00e9cile Defaut, 2015\u00a0; \u00ab\u00a0Le genre en litt\u00e9rature\u00a0: \u00a0difficult\u00e9s, fondements et usages d\u2019un concept\u00a0\u00bb, de Christine Plant\u00e9 (\u00c9pist\u00e9mologies du genre Croisements des disciplines, intersections des rapports de domination, Lyon, ENS \u00e9ditions, 2018), qui note en 2018 qu\u2019il est \u00ab\u00a0difficile de parler de genre dans les \u00e9tudes litt\u00e9raires\u00a0\u00bb\u00a0; et l\u2019existence de postes comme la chaire \u00ab\u00a0\u00c9tudes litt\u00e9raires de genre\u00a0\u00bb (ENS de Lyon, occup\u00e9e par Camille Islert)\u00a0; etc.<br \/>\n[4] Histoire de la virilit\u00e9, dir. Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine et Georges Vigarello, 3 tomes, Seuil, 2011.<br \/>\n[5] Les travaux pionniers de Marie-Jo Bonnet (Un choix sans \u00e9quivoque. Recherches historiques sur les relations amoureuses entre les femmes (XVIe-XXe si\u00e8cle), 1981, republi\u00e9 r\u00e9cemment sous le titre Les Relations amoureuses entre les femmes du XVIe au XXe si\u00e8cle. Essai historique, Paris, Odile Jacob, 1995), s\u2019appuyaient beaucoup sur la litt\u00e9rature, mais dans un travail d\u2019historienne. Jennifer Tamagne (Mauvais genre\u00a0? Une histoire des repr\u00e9sentations de l\u2019homosexualit\u00e9, Paris, La Martini\u00e8re, 2001).<br \/>\n[6] \u00c9crire \u00e0 l\u2019encre violette. Litt\u00e9ratures lesbiennes en France de 1900 \u00e0 nos jours, Aurore Turbiau, Alex Lachkar, Camille Islert, Manon Berthier et Alexandre Antolin, Le Cavalier bleu, 2022. L\u2019introduction s\u2019interroge d\u2019ailleurs sur l\u2019emploi du syntagme \u00ab\u00a0\u00e9criture lesbienne\u00a0\u00bb et sur ses limites. Le colloque de Mulhouse\u00a0: \u00ab\u00a0\u201cSapphic Vibes\u201d\u00a0: les lesbiennes dans la litt\u00e9rature de la Renaissance \u00e0 nos jours\u00a0\u00bb (org. Carine Martin, Claire McKeown, Maxime Leroy et Robert Payne, 2019).\u00a0<br \/>\n[7] Claude J. Summers (dir.), New-York, Henry Holt, 1995. L\u2019entreprise dirig\u00e9e par Didier \u00c9ribon et Arnaud Lerch, Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes (Paris, Larousse, 2003), adopte toujours un angle g\u00e9n\u00e9raliste, historique et culturel.<br \/>\n[8] Cluster Genre, Institut du Genre (Paris), Legs (Paris 8)&#8230; Les associations et soci\u00e9t\u00e9s savantes sont tr\u00e8s dynamiques\u00a0: la SI\u00c9FAR (https:\/\/siefar.org\/), pluridisciplinaire, contient une forte tendance litt\u00e9raire. EFiGiES (https:\/\/efigies-ateliers.hypotheses.org\/), PHILOMEL, LIMA.GE (sur le Moyen \u00c2ge)&#8230;<br \/>\n[9]\u00a0<a href=\"https:\/\/www.centre-hubertine-auclert.fr\/sites\/default\/files\/fichiers\/synthese-etude2013-francais-cha-web_1.pdf\">https:\/\/www.centre-hubertine-auclert.fr\/sites\/default\/files\/fichiers\/synthese-etude2013-francais-cha-web_1.pdf<\/a><br \/>\n[10]\u00a0<a href=\"https:\/\/www.haut-conseil-egalite.gouv.fr\/IMG\/pdf\/hce_rapport_formation_a_l_egalite_2017_02_22_vf.pdf\">https:\/\/www.haut-conseil-egalite.gouv.fr\/IMG\/pdf\/hce_rapport_formation_a_l_egalite_2017_02_22_vf.pdf<\/a>. Voir p. 16 sq.<br \/>\n[11] \u00ab\u00a0Les femmes ont-elles une Histoire litt\u00e9raire\u00a0?\u00a0\u00bb, LHT-Fabula, n\u00b07, janvier 2010, URL\u00a0:\u00a0<a href=\"http:\/\/www.fabula.org\/lht\/7\/\">http:\/\/www.fabula.org\/lht\/7\/<\/a>. Il faut aussi regarder, beaucoup plus r\u00e9cent, Regards de femmes sur l\u2019histoire litt\u00e9raire\u00a0: r\u00e9flexions liminaires, dir. Nathalie Grande et Mathilde Labb\u00e9, RHLF, 2023.<br \/>\n[12]\u00a0<a href=\"https:\/\/mnemosyne-asso.com\/la-place-des-femmes-la-revue-de-presse\/\">https:\/\/mnemosyne-asso.com\/la-place-des-femmes-la-revue-de-presse\/<\/a>\u00a0: La place des femmes dans l\u2019histoire. Une histoire mixte (dir. Genevi\u00e8ve Dermenjian, Ir\u00e8ne Jami, Annie Rouquier et Fran\u00e7oise Th\u00e9baud, Belin, 2013). \u00a0Nous pourrions ajouter Histoire f\u00e9minine de la France (Yannick Ripa, Belin, 2020) et L\u2019Histoire des femmes en France de la Renaissance \u00e0 nos jours (Catherine Chadefaud, Ellipses, 2023).<br \/>\n[13] Des femmes en litt\u00e9rature, 100 textes d\u2019\u00e9crivaines \u00e0 \u00e9tudier en classe, 2019, Belin \u00e9ducation.<br \/>\n[14] Voir Jean Larnac, Histoire de la litt\u00e9rature f\u00e9minine en France, Paris, Kra, 1929. La premi\u00e8re anthologie connue d&#8217;\u0153uvres de femmes remonte \u00e0 1559 (Rime diverse d&#8217;alcune nobilissime et virtuosissime donne, par Lodovico Domenichi, voir l\u2019\u00e9d. contemporaine par Clara Stella, Paris, Classiques Garnier, 2022).<br \/>\n[15] Des bases de donn\u00e9es commencent \u00e0 se constituer\u00a0<a href=\"https:\/\/visiautrices.hypotheses.org\/\">https:\/\/visiautrices.hypotheses.org\/<\/a>,\u00a0<a href=\"https:\/\/ledeuxiemetexte.fr\/jelalis\/\">https:\/\/ledeuxiemetexte.fr\/jelalis\/<\/a>\u00a0et\u00a0<a href=\"http:\/\/george2etexte.free.fr\/\">http:\/\/george2etexte.free.fr\/<\/a>,\u00a0<a href=\"https:\/\/untexteunjour.fr\/nos-applications\">https:\/\/untexteunjour.fr\/nos-applications<\/a>\u00a0et des anthologies continuent d\u2019exister\u00a0: l\u2019anthologie d\u2019autrices publi\u00e9e r\u00e9cemment par Daphn\u00e9 Ticrizenis n\u2019est pas tr\u00e8s diff\u00e9rente de celles qui existent depuis le XIXe si\u00e8cle (par exemple, Louise D\u2019Alq, Anthologie f\u00e9minine\u00a0: anthologie des femmes \u00e9crivains, po\u00e8tes et prosateurs depuis l&#8217;origine de la langue fran\u00e7aise jusqu&#8217;\u00e0 nos jours, Paris, Bureaux des Causeries famili\u00e8res, 1893). Voir aussi\u00a0:\u00a0<a href=\"https:\/\/www.fabula.org\/colloques\/sommaire10947.php\">https:\/\/www.fabula.org\/colloques\/sommaire10947.php<\/a>, et m\u00eame encore avant, Louise de Keralio (Collection des meilleurs ouvrages fran\u00e7ois, compos\u00e9s par des femmes, d\u00e9di\u00e9e aux femmes fran\u00e7oises, 14 volumes, 1786-1789), Fortun\u00e9e Briquet (le Dictionnaire historique, litt\u00e9raire et bibliographique des Fran\u00e7aises et des \u00e9trang\u00e8res naturalis\u00e9es en France (1804) et F\u00e9licit\u00e9 de Genlis (De l&#8217;influence des femmes sur la litt\u00e9rature fran\u00e7aise, comme protectrices des lettres et comme auteurs, 1811). Voir ausi\u00a0<a href=\"https:\/\/www.fabula.org\/colloques\/sommaire10947.php\">https:\/\/www.fabula.org\/colloques\/sommaire10947.php<\/a>\u00a0pour la Belle \u00c9poque.<br \/>\n[16]\u00a0<a href=\"https:\/\/www.fabula.org\/actualites\/79424\/petition-pas-d-39-agregation-de-lettres-sans-autrice.html\">https:\/\/www.fabula.org\/actualites\/79424\/petition-pas-d-39-agregation-de-lettres-sans-autrice.html<\/a>. et selon\u00a0<a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/campus\/article\/2022\/06\/16\/bac-de-francais-2022-les-femmes-sont-mieux-prises-en-compte-dans-les-uvres-au-programme_6130546_4401467.html\">https:\/\/www.lemonde.fr\/campus\/article\/2022\/06\/16\/bac-de-francais-2022-les-femmes-sont-mieux-prises-en-compte-dans-les-uvres-au-programme_6130546_4401467.html<\/a>, en t\u00e9moigne ainsi la p\u00e9tition lanc\u00e9e en mai 2016, par Fran\u00e7oise Cahen \u00ab\u00a0Pour donner leur place aux femmes dans les programmes de litt\u00e9rature au bac L\u00a0\u00bb en France et qui eut un \u00e9norme succ\u00e8s imm\u00e9diat jusqu\u2019\u00e0 infl\u00e9chir les programmes du lyc\u00e9e fran\u00e7ais avec succ\u00e8s, mais qui ne parvient cependant pas encore totalement \u00e0 donner aux femmes une place suffisamment flagrante (tandis que la situation est catastrophique au Royaume-Uni, o\u00f9 seulement 2% de femmes figurent dans les programmes scolaires\u00a0:\u00a0<a href=\"https:\/\/usbeketrica.com\/fr\/article\/les-autrices-grandes-absentes-des-programmes-scolaires)\">https:\/\/usbeketrica.com\/fr\/article\/les-autrices-grandes-absentes-des-programmes-scolaires)<\/a>.<br \/>\n[17] Voir par exemple en France la revue Po\u00e9zibao. Sur Rupi Kaur, voir\u00a0:\u00a0<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=3QEgOmgQVG4\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=3QEgOmgQVG4<\/a><br \/>\n[18] Christian Baudelot, Marie Cartier, Christine D\u00e9trez, Et pourtant ils lisent, Paris, Seuil, \u00ab\u00a0L\u2019\u00c9preuve des faits\u00a0\u00bb, 1999.<br \/>\n[19] On peut voir \u00e0 ce sujet, de Nathalie Grande, Strat\u00e9gies de romanci\u00e8res de Cl\u00e9lie \u00e0 La Princesse de Cl\u00e8ves (1654-1678), Paris, Honor\u00e9 Champion, collection \u00ab\u00a0Lumi\u00e8re classique\u00a0\u00bb n\u00b0 20, 1999 et, de 1999 \u00e9galement, Les Pr\u00e9cieuses, naissance des femmes de lettres en France au XVIIe si\u00e8cle, Paris, Honor\u00e9 Champion, collection \u00ab\u00a0Lumi\u00e8re classique\u00a0\u00bb, de Myriam Dufour-Ma\u00eetre.<br \/>\n[20] Voir l\u2019\u00e9dition r\u00e9cente des \u0152uvres par Mich\u00e8le Cl\u00e9ment et Michel Jourde.<br \/>\n[21] Voir Un savoir gai de William Marx, Paris, Les \u00c9ditions de Minuit, 2018.<br \/>\n[22] Queer (Re)Readings in the French Renaissance: Homosexuality, Gender, Culture, de Gary Ferguson, Aldershot, Ashgate, 2008.\u00a0<br \/>\n[23] Par exemple Fran\u00e7ois Cusset, Queer critics. La litt\u00e9rature fran\u00e7aise d\u00e9shabill\u00e9e par ses homo\u2011lecteurs, Paris, PUF, coll. \u00ab\u00a0Perspectives critiques\u00a0\u00bb, 2002\u00a0; Muriel Plana, Fictions queer. Esth\u00e9tique et politique de l&#8217;imagination dans la litt\u00e9rature et les arts du spectacle, Dijon, EUD, 2018.<br \/>\n[24] Impuissances. D\u00e9faillances masculines et pouvoir politique de. Montaigne \u00e0 Stendhal, Yves Citton, Paris, Aubier, 1994\u00a0; Fictions du masculin dans les litt\u00e9ratures occidentales, dir. Bernard Banoun, Anne Tomiche et Monica Zapata, Paris, Classiques Garnier, 2014\u00a0; Horizons du masculin Pour un imaginaire du genre, dir. Anne Debrosse et Marie Saint Martin, Paris, Classiques Garnier, 2020\u00a0; Mollesses renaissantes. D\u00e9faillances et assouplissement du masculin, dir. Daniele Maira en coll. avec Freya Baur et Teodoro Patera, Gen\u00e8ve, Droz, 2021. D\u2019autres ouvrages croisent les disciplines tout en accordant une grande place \u00e0 la litt\u00e9rature, comme Marges du masculin\u00a0: exotisation, d\u00e9placements, recentrements (dir. Maxime Cervulle, Patrick Farges et Anne-Isabelle Fran\u00e7ois, L\u2019Harmattan, 2015), qui se met sous le signe des \u00e9tudes cin\u00e9matographiques \u00e9galement.<br \/>\n[25] Les d\u00e9bats sont vifs comme en t\u00e9moigne par exemple l\u2019ouvrage en ligne Situer la th\u00e9orie\u00a0: pens\u00e9es de la litt\u00e9rature et savoirs situ\u00e9s (f\u00e9minismes, postcolonialismes) (Dir. Marie-Jeanne Zenetti, Flavia Bujor, Marion Coste, Claire Paulian, Heta Rundgren et Aurore Turbiau).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Universit\u00e9 de Poitiers Organis\u00e9 par B\u00e9atrice Bloch, Anne Debrosse, Natacha D\u2019Orlando et \u00c9lina Galin. 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