{"id":11023,"date":"2024-01-31T16:27:17","date_gmt":"2024-01-31T15:27:17","guid":{"rendered":"http:\/\/siefar.org\/?p=11023"},"modified":"2024-01-31T16:27:17","modified_gmt":"2024-01-31T15:27:17","slug":"genre-emotions-et-animalite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/siefar.org\/gb\/genre-emotions-et-animalite\/","title":{"rendered":"Genre, \u00e9motions et animalit\u00e9"},"content":{"rendered":"<div id=\"resume\">\n<div id=\"resume-1124719-fr\" class=\"tabContent\" lang=\"fr\" xml:lang=\"fr\"><span style=\"font-size: 12pt;\">L\u2019ambition de ce colloque, organis\u00e9 par le laboratoire junior RAT (recherches animali\u00e8res transdisciplinaires) de l\u2019ENS de Lyon, est d\u2019articuler les probl\u00e9matiques de genre, d\u2019\u00e9motions et d\u2019animalit\u00e9 dans une perspective interdisciplinaire. En effet, si ces approches connaissent des processus et des questionnements similaires, elles permettent de renouveler les \u00e9tudes de relations humains-animaux en pla\u00e7ant les \u00e9motions au coeur de l\u2019analyse, que ce soit dans la sph\u00e8re scientifique, professionnelle ou militante.\u00a0Il s\u2019agira d\u2019articuler ces questionnements entre genre, \u00e9motions et animalit\u00e9s autour de diff\u00e9rents axes\u00a0:\u00a0les enjeux \u00e9pist\u00e9mologiques d\u2019une approche intersectionnelle, la question du travail avec les animaux, les enjeux du\u00a0<em>care<\/em> et les liens entre genre, \u00e9motions et engagements.<\/span><\/div>\n<div lang=\"fr\" xml:lang=\"fr\">\u00a0<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"annonce\">\n<div id=\"annonce-1124719-fr\" class=\"tabContent\" lang=\"fr\" xml:lang=\"fr\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Le laboratoire junior RAT coordonne actuellement le\u00a0<a href=\"https:\/\/rat.hypotheses.org\/1675\">num\u00e9ro 17 de la revue\u00a0<em>Glad!<\/em><\/a>\u00a0qui sera publi\u00e9 en 2024 et consacr\u00e9 \u00e0 la question du genre, des animaux et du langage. Dans un m\u00eame \u00e9lan d\u2019interrogations, le laboratoire souhaite ouvrir la r\u00e9flexion au-del\u00e0 du langage dans le cadre d\u2019un colloque qui aura lieu les 13 et 14 Juin 2024, \u00e0 l\u2019ENS de Lyon, concernant les liens multiples entre genre et \u00e9motions au sein de nos interactions avec les animaux non-humains, dans une approche interdisciplinaire.L\u2019articulation de ces probl\u00e9matiques est r\u00e9cente au sein de la recherche et demande \u00e0 \u00eatre explor\u00e9e. Lorsque la \u00ab question animale \u00bb \u00e9merge en sciences sociales dans les ann\u00e9es 1970 dans un processus semblable \u00e0 celui r\u00e9alis\u00e9 par les f\u00e9ministes \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode avec les cat\u00e9gories de genre (Demello, 2012) et par les anti-racistes avec la cat\u00e9gorie de race (Mazouz, 2020) ; des questionnements se tournent d\u00e9j\u00e0 vers la sensibilit\u00e9, des affects ou de la violence. Les \u00e9tudes animales et les \u00e9tudes de genre partagent un socle th\u00e9orique commun, et les travaux qui articulent ces deux perspectives sont de plus en plus nombreux aujourd\u2019hui \u2014 en t\u00e9moigne le dernier num\u00e9ro de la revue\u00a0<em>Clio<\/em>, paru en 2022, sur le th\u00e8me de l\u2019\u00ab animalit\u00e9 \u00bb. Pour autant, rares sont les travaux qui ont fait converger \u00e9tudes de genre et \u00e9tudes animales au regard des \u00e9motions.Les enjeux de genre et d\u2019animalit\u00e9 se rencontrent d\u00e8s l\u2019<em>Animal turn<\/em>\u00a0des ann\u00e9es 1970 qui prend une dimension f\u00e9ministe particuli\u00e8rement marqu\u00e9e, notamment via l\u2019approche \u00e9cof\u00e9ministe (D\u2019Eaubonne, 1974) qui pense l\u2019exploitation du corps des femmes et celle de la nature (animaux compris) comme les revers d\u2019un m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne de domination masculine (Sebastiani, 2022 ; Bahaffou, 2022). Ces questionnements sont prolong\u00e9s par le tournant sociologique dans les ann\u00e9es 1990 qui favorise le croisement des questions de f\u00e9minisme et d\u2019animalit\u00e9, en particulier avec des universitaires f\u00e9ministes comme Carol Adams et Josephine Donovan (1995) qui ont publi\u00e9 le premier ouvrage majeur s\u2019int\u00e9ressant \u00e0 ces enjeux :\u00a0<em>Animals and Women: Feminist Theoretical Explorations<\/em>, puis avec l\u2019ouvrage\u00a0<em>Regarding Animals\u00a0<\/em>(1996) d\u2019Arnold Arluke et Clinton Sanders.\u00a0Les questions d\u2019\u00e9motions et d\u2019animalit\u00e9, quant \u00e0 elles, se croisent dans les travaux de psychologie et d\u2019\u00e9thologie, s\u2019int\u00e9ressant \u00e0 la fois aux \u00e9motions des humains et des autres animaux. Si l\u2019\u00e9motion peut \u00eatre d\u00e9finie comme \u00ab une r\u00e9action de l\u2019organisme \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement ext\u00e9rieur, et qui comporte des aspects physiologiques, cognitifs et comportementaux \u00bb (Lecomte, 2017), elle ne s\u2019y limite pas car elles \u00e9voluent dans le temps et m\u00ealent des dimensions biophysiques et psychologiques \u00e0 des aspects socioculturelles (Bernard, 2015). Ainsi, les \u00e9motions sont aujourd\u2019hui \u00e0 la fois un champ, un objet et un outil de recherche, notamment dans les recherches en sciences sociales (Burnay, 2022 ; Guinard et Tratjnek, 2016).\u00a0La question des \u00e9motions concerne \u00e9galement notre rapport \u00e0 la recherche et \u00e0 l&#8217;engagement, elle appara\u00eet d\u00e8s les premiers travaux du tournant historique (Demello, 2012). Peter Singer (1975) et Tom Regan (1983), ont largement insist\u00e9 sur l\u2019importance d\u2019exclure le registre \u00e9motionnel dans la construction d\u2019une \u00e9thique animale. D\u00e8s l\u2019introduction d\u2019<em>Animal Liberation<\/em>, Peter Singer affirme ainsi que \u00ab l\u2019amour des animaux \u00bb et les \u00e9motions provoqu\u00e9es par le sort qui leur est r\u00e9serv\u00e9 viendraient d\u00e9cr\u00e9dibiliser les arguments \u00ab rationnels \u00bb de la lutte antisp\u00e9ciste. Peter Singer se moque ainsi des \u00ab\u00a0<em>little old ladies in tennis shoes<\/em>\u00a0\u00bb (Adams, 2007) qui composaient les mouvements de protection animale dont il cherche \u00e0 se distinguer. C\u2019est dans leur ouvrage\u00a0<em>The feminist care tradition in animal ethics\u00a0<\/em>que Josephine Donovan et Carol J. Adams (2007) entendent redonner leur part belle aux \u00e9motions et d\u00e9noncent le sexisme des pens\u00e9es utilitaristes.Si certains travaux scientifiques ou militants pr\u00f4nent une mise \u00e0 distance affective vis-\u00e0-vis des animaux au nom de la lutte pour la cause animale, une telle distance \u00e9motionnelle \u00e0 la souffrance des animaux s\u2019av\u00e8re \u00eatre un \u00e9l\u00e9ment central des formations au travail avec les animaux. \u00c0 rebours de ces injonctions, et \u00e0 la suite des travaux insistant sur la place des \u00e9motions au travail (Jeantet, 2018; Bernard, 2020; Bonnet, 2020) et dans les logiques de l\u2019engagement militant (Traini, 2012), le colloque souhaite au contraire replacer les \u00e9motions au c\u0153ur des analyses des relations humains-animaux, que ce soit dans la sph\u00e8re militante, professionnelle ou acad\u00e9mique.\u00a0Quatre axes de r\u00e9flexion permettent d\u2019articuler des questionnements entre genre, \u00e9motions et animalit\u00e9s : les enjeux \u00e9pist\u00e9mologiques d\u2019une approche intersectionnelle, la question du travail avec les animaux, les enjeux du\u00a0<em>care\u00a0<\/em>et les liens entre genre, \u00e9motions et engagements. Les communications propos\u00e9es pourront s\u2019ins\u00e9rer dans un ou plusieurs de ces axes.<\/span><\/p>\n<h3><span style=\"font-size: 12pt;\">Axe 1 :\u00a0Genre et question animale, enjeux \u00e9pist\u00e9mologiques<\/span><\/h3>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Selon \u00c9ric Baratay (2017) les t\u00e9moignages d\u2019\u00e9motions humaines face aux souffrances animales augmentent \u00e0 partir de la seconde moiti\u00e9 du XVIIIe si\u00e8cle en raison d\u2019une sensibilit\u00e9 plus grande \u00e0 la violence et \u00e0 la souffrance, et d&#8217;un \u00e9loignement physique des lieux o\u00f9 celles-ci se d\u00e9roulent, notamment avec le d\u00e9placement des abattoirs en dehors des villes, le passage de la voiture \u00e0 cheval \u00e0 la voiture \u00e0 moteur, ou encore l&#8217;arr\u00eat des combats de rue, qui voient veaux, vaches, cochons, chevaux et coqs quitter les villes (Baratay, 2012). Au XXe si\u00e8cle c\u2019est aussi par l\u2019affaiblissement des croyances religieuses et philosophiques et par des critiques du rationalisme cart\u00e9sien que les \u00e9motions humaines et la diff\u00e9rence homme-animal sont reconsid\u00e9r\u00e9es .Ces r\u00e9flexions sur les formes de domination humaine sur les autres animaux ainsi que sur les cat\u00e9gories de pens\u00e9e et de langage qui les rendent possibles, ont de nombreux points communs avec les travaux portant sur d\u2019autres rapports de pouvoir : le sexisme, le racisme, le validisme. Ainsi, Flo Morin souligne qu\u2019 \u00ab il est utile de penser l\u2019esp\u00e8ce ou la dichotomie humain\/animal de la m\u00eame fa\u00e7on que l\u2019historienne Joan Scott a pens\u00e9 le genre [1988], c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la fois comme un rapport de pouvoir et comme une mani\u00e8re privil\u00e9gi\u00e9e de signifier d\u2019autres rapports de pouvoir. [&#8230;] Autrement dit, si les cat\u00e9gories m\u00eames d\u2019humain et d\u2019animal sont culturellement produites, en des termes toujours d\u00e9j\u00e0 genr\u00e9s, de la m\u00eame fa\u00e7on les cat\u00e9gories de genre ou de race sont elles-m\u00eames toujours d\u00e9j\u00e0 sp\u00e9ci\u00e9es.\u00a0\u00bb (Morin, 2021).Cette approche intersectionnelle soul\u00e8ve des enjeux \u00e9pist\u00e9mologiques, \u00e0 la fois sur la mani\u00e8re dont se construisent les\u00a0<em>Animal Studies<\/em>\u00a0mais aussi sur les personnes qui portent ces questions. Si dans les pays anglosaxons, le champ des\u00a0<em>Animal Studies<\/em>\u00a0s\u2019est construit en m\u00eame temps que celui des \u00e9tudes de genre, traditionnellement plus f\u00e9minis\u00e9, existe-t-il une r\u00e9partition genr\u00e9e des questions de recherche au sein des\u00a0<em>Animal Studies\u00a0<\/em>? La question animale est-elle historiquement f\u00e9ministe et\/ou port\u00e9e par des femmes ?\u00a0 Et plus largement, comment les approches par les \u00e9tudes de genre et par le champ des \u00e9motions permettent-elles d\u2019enrichir les travaux sur les animaux ?<\/span><\/p>\n<h3><span style=\"font-size: 12pt;\">Axe 2 : Genre, \u00e9motions et travail avec les animaux\u00a0<\/span><\/h3>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Dans l\u2019\u00e9tude des relations avec les animaux non-humains, la question du travail fait l\u2019objet d\u2019un int\u00e9r\u00eat sp\u00e9cifique (Porcher, 2002 et 2017, Mouret, 2017, Deneux, 2020), \u00e0 la fois pour \u00e9tudier les formes de ce travail avec ou pour les animaux, mais aussi pour souligner l\u2019agentivit\u00e9 des animaux dans cette relation. Ainsi, les animaux travaillent de plusieurs mani\u00e8res, pour diff\u00e9rentes t\u00e2ches et dans de multiples contextes. Il y a des animaux qui assistent des travailleurs humains (dans les douanes, la d\u00e9tection de certaines maladies, les chiens guides (Mouret, 2017), dans le cadre de la m\u00e9diation animale (Michalon, 2014), etc.) mais aussi des animaux dont le corps est utilis\u00e9 \u00e0 des fins de production (\u00e9levage, laboratoire, abattoir (R\u00e9my, 2009)) ou de divertissement (cirques, parcs animaliers, zoos (Estebanez, 2010) et des animaux autour desquels des activit\u00e9s professionnelles sont cr\u00e9\u00e9es (refuges, activit\u00e9s de protection (Michalon, 2013), v\u00e9t\u00e9rinaires (Bonnaud et Fortan\u00e9, 2021), etc.). Toutes ces activit\u00e9s jonglent de diff\u00e9rentes mani\u00e8res avec les \u00e9motions r\u00e9sultant du contact humains-animaux. Celles-ci peuvent \u00eatre accept\u00e9es, mises \u00e0 distance, r\u00e9prim\u00e9es, fa\u00e7onn\u00e9es par un travail \u00e9motionnel (Hochschild, 2003). Elles sont le fruit d\u2019un processus d\u2019apprentissage et font l\u2019objet de normes sociales sp\u00e9cifiques.\u00a0Ainsi, pour Lynda Birke (1994), une part de l&#8217;entra\u00eenement des scientifiques animaliers consiste en l\u2019apprentissage de la suppression des \u00e9motions et en particulier de l\u2019empathie. Cela insiste sur l\u2019id\u00e9e que les affects ne d\u00e9pendent pas d\u2019aptitudes inn\u00e9es qui, dans une perspective genr\u00e9e, viendraient \u00e9tablir des \u00ab dispositions morales particuli\u00e8res aux femmes \u00bb (Roux, 2016). En effet, l\u2019empathie est traditionnellement associ\u00e9e au genre f\u00e9minin, produit d\u2019une socialisation diff\u00e9renci\u00e9e qui attribue \u00e0 chaque genre des attentes \u00e9motionnelles sp\u00e9cifiques. L\u2019empathie ne fait par exemple pas partie de la masculinit\u00e9 valoris\u00e9e. Pour L. Birke la science et sa pratique sont elles aussi influenc\u00e9es par les st\u00e9r\u00e9otypes de genre. La distance affective est traditionnellement masculine dans nos cultures, nous dit-elle, et supprimer l\u2019empathie ou la sensibilit\u00e9 envers les animaux revient \u00e0 supprimer quelque chose de f\u00e9minin (1994).\u00c9tudier le travail avec et pour les animaux au prisme du genre et des \u00e9motions pose donc de nombreuses questions. Existe-t-il des pratiques de soin et d\u2019attention sp\u00e9cifiques au travail avec\/pour les animaux ? Constate-t-on une r\u00e9partition sp\u00e9ci\u00e9e et genr\u00e9e du travail, avec par exemple\u00a0 des hommes travaillant plus facilement avec les animaux les plus gros, les plus chers et les plus l\u00e9gitimes pour le capitalisme, et inversement des femmes avec les petits animaux, les animaux malades ou encore\u00a0 les moins l\u00e9gitimes ? Quelle place est donn\u00e9e \u00e0 l\u2019affectivit\u00e9 par les professionnel.les dans la d\u00e9finition des situations professionnelles rencontr\u00e9es ?<\/span><\/p>\n<h3><span style=\"font-size: 12pt;\">Axe 3 : \u00c9motions,\u00a0<em>care<\/em>\u00a0et animaux\u00a0<\/span><\/h3>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Les approches par le\u00a0<em>care\u00a0<\/em>offrent des pistes riches dans le cadre des travaux sur les relations entre les humains et leurs environnements (Laugier, 2015). Ainsi, Joan Tronto d\u00e9finit le\u00a0<em>care\u00a0<\/em>comme \u00ab une activit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rique qui comprend tout ce que nous faisons pour maintenir, perp\u00e9tuer et r\u00e9parer notre \u00ab monde \u00bb, de sorte que nous puissions y vivre aussi bien que possible. Ce monde comprend nos corps, nous-m\u00eame et notre environnement, tous \u00e9l\u00e9ments que nous cherchons \u00e0 relier en un r\u00e9seau complexe, en soutien \u00e0 la vie. \u00bb (Tronto, 2009). Cette attention et ce soin du monde et de nos environnements engagent \u00e9galement des formes de care vis-\u00e0-vis des animaux non-humains dans toutes les dimensions d\u00e9finies par J. Tronto : se soucier, prendre en charge, prendre soin et recevoir le soin.\u00a0Si les activit\u00e9s de\u00a0<em>care\u00a0<\/em>comme le travail domestique, le soin, l\u2019\u00e9ducation, ont \u00e9t\u00e9 occup\u00e9es de fa\u00e7on privil\u00e9gi\u00e9e par des femmes, Joan Tronto rappelle dans sa d\u00e9finition que le\u00a0<em>care\u00a0<\/em>ne repose pas sur une disposition psychologique des femmes mais sur une s\u00e9rie d\u2019exp\u00e9riences ou d\u2019activit\u00e9s (Molinier, Laugier, et Paperman 2009). Ces derni\u00e8res sont \u00e0 la fois le fruit d\u2019une \u00e9ducation genr\u00e9e mais aussi de parcours de vies, marqu\u00e9s par des exp\u00e9riences \u00e9motionnelles fortes. Ainsi, dans son article sur la lutte pour la protection animale, Christophe Tra\u00efni montre les rapports \u00e9troits entre exp\u00e9riences affectives avec des animaux pendant l\u2019enfance et engagements militants (Tra\u00efni, 2011). Il cite notamment Gail Melson qui affirme la place d\u00e9terminante des relations intenses qu\u2019entretiennent les enfants avec les animaux dans leur sociabilit\u00e9 et d\u00e9veloppement \u00e9motionnel (Melson, Cyrulnik, et Bouillot 2002). Le d\u00e9veloppement d\u2019un bestiaire imaginaire de l\u2019enfance a favoris\u00e9 la diffusion d\u2019un nombre croissant de produits de consommations destin\u00e9s aux enfants (Tra\u00efni, 2011).\u00a0La question des \u00e9motions au sens large a ici toute sa place, y compris dans des domaines o\u00f9 elles sembleraient\u00a0<em>a priori<\/em>\u00a0exclues. Ainsi, on imagine souvent le travail avec les animaux d\u2019\u00e9levage, un travail masculinis\u00e9, comme d\u00e9pourvu d\u2019affects. Or Jocelyne Porcher note l\u2019importance de l\u2019implication affective dans le travail des \u00e9leveurs et montre que celle-ci dans la relation \u00e0 l\u2019animal \u00ab permet d\u2019\u00e9tablir des rapports de communication au sein desquels le corps et les sens ont une place pr\u00e9pond\u00e9rante \u00bb (2002). Ainsi, aborder les \u00e9tudes animales en croisant les \u00e9tudes de genre et avec une approche par le\u00a0<em>care\u00a0<\/em>et les \u00e9motions ouvre de nombreuses pistes de r\u00e9flexions, autant autour de la socialisation primaire que secondaire, notamment en interrogeant le travail \u00e9motionnel \u00e0 l&#8217;\u0153uvre dans les professions animali\u00e8res. Comment se font ces apprentissages des relations, r\u00e9elles ou imaginaires, aux animaux ? Les enfants en font-ils une exp\u00e9rience diff\u00e9rente selon leur genre ? Et une fois adulte, le travail de\u00a0<em>care\u00a0<\/em>vis-\u00e0-vis des animaux non-humains est-il caract\u00e9ris\u00e9 par\u00a0 des t\u00e2ches ou des responsabilit\u00e9s genr\u00e9es ? Le soin et l\u2019attention \u00e0 l\u2019animal sont-ils associ\u00e9s aux pr\u00e9rogatives et aux pr\u00e9occupations f\u00e9minines ? Est-ce que l&#8217;id\u00e9e que la distinction entre animaux dignes d&#8217;attention et d&#8217;affects recoupe une distinction de genre entre les humains<\/span><\/p>\n<h3><span style=\"font-size: 12pt;\">Axe 4 : Genre, \u00e9motions et engagement(s) en faveur des animaux<\/span><\/h3>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Les t\u00e9moignages d\u2019affection que l\u2019on peut trouver dans le travail de\u00a0<em>care\u00a0<\/em>avec ou pour les animaux n\u2019abolissent pas les rapports de pouvoir dans les relations inter esp\u00e8ces, comme l\u2019a soulign\u00e9 Flo Morin (2021) concernant les animaux de compagnie. Postulant qu\u2019\u00ab\u00a0[i]l existe un continuum entre le traitement des corps des femmes, mais aussi des esclavagis\u00e9s, des handicap\u00e9s, des racis\u00e9s, et ceux des sols, des animaux, des v\u00e9g\u00e9taux : tous sont naturalis\u00e9s, terrains d\u2019exp\u00e9rimentation ou de conqu\u00eate \u00bb (D\u2019Eaubonne, Bahaffou et Gorecki, 2020), de plus en plus de chercheurs et chercheuses se rattachant aux \u00e9tudes animales explorent les relations existant entre les diverses formes d\u2019oppression. Historiquement, les mouvements de d\u00e9fense des animaux qui se sont impos\u00e9s au cours du XIXe et du XXe si\u00e8cle ont \u00e9t\u00e9 initi\u00e9 par des membres masculins des classes dominantes (Carri\u00e9, Dor\u00e9 et Michalon, 2023 ; Tra\u00efni, 2011). Les l\u00e9gislations de protection animale \u00e0 partir du XVIIIe si\u00e8cle ont pu servir de pr\u00e9texte pour sanctionner certaines pratiques des classes populaires (combat de chiens, de coqs, conduite des chevaux par les charretiers&#8230;) (Carri\u00e9, 2015). Au-del\u00e0 du classisme, Yves Bonnardel et Axelle Playoust-Braure observent ainsi que \u00ab [l]es proximit\u00e9s historique et structurelle entre racisme, sexisme et sp\u00e9cisme sont telles que l\u2019on peut parler de volets distincts d\u2019une m\u00eame matrice id\u00e9ologique \u00bb (Bonnardel et Playoust-Braure, 2020). Iels envisagent alors l\u2019animalisation comme un processus d\u2019appropriation et d\u2019inf\u00e9riorisation qui peut toucher diff\u00e9remment les animaux comme les humains, certains groupes d\u2019humains \u00e9tant davantage animalis\u00e9s que d\u2019autres. Dans la lign\u00e9e de la sociologie qui envisage \u00ab la race, la classe et le sexe comme des syst\u00e8mes entretenant des rapports d\u2019influence mutuelle \u00bb (Bonnardel et Playoust-Braure, 2020), les deux auteur\u00b7rices pensent les rapports d\u2019oppression au-del\u00e0 des diff\u00e9rences d\u2019esp\u00e8ces.\u00a0Cette approche intersectionnelle explique une articulation \u00e9troite entre les mouvements antisp\u00e9cistes et d\u2019autres formes d\u2019engagement pour l\u2019abolition de l\u2019esclavage et pour les droits des femmes (Morin, 2021). Dans cette perspective, la question animale constitue une extension de la lutte pour les droits des minorit\u00e9s, leur consid\u00e9ration morale et leur inclusion politique. La souffrance et l\u2019exploitation animale, comme dans l\u2019industrie de la viande, sont li\u00e9es \u00e0 la souffrance et l\u2019exploitation humaine (Demello, 2012 ; B\u00e8gue-Shankland, 2011). On se demande alors si la r\u00e9gulation de la violence envers les animaux en plus d\u2019\u00eatre un outil de domination de classe (comme ce fut le cas pour les lois de protection concernant les combats de rue) n\u2019est pas aussi un outil de domination de genre ? La question d\u2019un tel \u201clien\u201d (B\u00e8gue-Shankland, 2011) revient r\u00e9guli\u00e8rement au sujet des violences familiales, et on pourra par exemple se demander si les auteurs de violences familiales sont, r\u00e9ellement, plus facilement auteurs de violences sur les autres animaux ? Par ailleurs, constate-t-on aujourd\u2019hui une surrepr\u00e9sentation des femmes et des classes sup\u00e9rieures et blanches dans les mouvements de d\u00e9fense des animaux ? \u00c0 partir du travail fourni par Josephine Donovan et Carol Adams pr\u00e9sent\u00e9 plus haut, comment penser les \u00e9motions comme outils de lutte ? Constate-t-on un travail \u00e9motionnel diff\u00e9renci\u00e9 chez les militant\u00b7es antisp\u00e9cistes ?<\/span><\/div>\n<div lang=\"fr\" xml:lang=\"fr\">\u00a0<\/div>\n<div class=\"tabContent\" lang=\"fr\" xml:lang=\"fr\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><span style=\"font-size: 12pt; font-family: 'Roboto Slab';\">Ouverture \u00e0 des perspectives artistiques<\/span><br \/>\n<\/span><span style=\"font-size: 12pt;\">Nous souhaitons \u00e9galement proposer un temps d\u00e9di\u00e9 au cours de ces deux journ\u00e9es \u00e0 des pr\u00e9sentations de projets artistiques ou associatifs qui porteraient sur les th\u00e9matiques d\u00e9crites ci-dessus. Toutes propositions articulant genre, \u00e9motions et animalit\u00e9 sont donc les bienvenues quelles que soient leur forme : projection, danse, chant, lecture, photographie, dessin, performance, t\u00e9moignage etc.\u00a0L\u2019objectif de cette ouverture aux dimensions artistiques est de proposer des modes de discussion et de r\u00e9flexion diff\u00e9rents de ceux promus par le mod\u00e8le acad\u00e9mique. Comment le travail artistique peut-il nous permettre de mieux ressentir les intersections entre les questions de genre, d\u2019\u00e9motions et d\u2019animalit\u00e9 ? Constate-t-on une r\u00e9ception, notamment \u00e9motionnelle, diff\u00e9renci\u00e9e des mises en sc\u00e8ne des autres animaux ? Comment pourrions-nous transformer nos pratiques, y compris du quotidien, pour accueillir et modifier les relations humains-animaux ? Comment les pratiques artistiques dans une perspective f\u00e9ministe et antiraciste, peuvent-elles nous permettre de faire communaut\u00e9, avec les autres animaux, en prenant comme point commun la question de la sensibilit\u00e9 et des \u00e9motions ? Ces questions \u00e9tant n\u00e9cessairement orient\u00e9es par des normes et des r\u00e9flexes acad\u00e9miques, l&#8217;appel se veut ici ouvert \u00e0 toutes les propositions.<\/span><\/p>\n<h1><strong><span style=\"font-size: 12pt;\">Modalit\u00e9s de candidature<\/span><\/strong><\/h1>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">Les propositions de communication, d&#8217;une longueur comprise entre 500 et 1 000 mots, accompagn\u00e9es d\u2019une bibliographie et d\u2019une courte biographie, sont attendues <span style=\"font-size: 12pt;\">pour le vendredi 16 f\u00e9vrier 2024 au plus tard.\u00a0<\/span><br \/>\n<\/span><span style=\"font-size: 12pt;\">Le colloque vise \u00e0 proposer une approche interdisciplinaire. Si les probl\u00e9matiques de l&#8217;appel s&#8217;appliquent plus facilement aux travaux de sciences humaines et sociales, le colloque reste ouvert aux travaux de litt\u00e9rature, d&#8217;\u00e9thologie et de sciences exp\u00e9rimentales concern\u00e9s par les questions. Les travaux de jeunes chercheurs.euses sont les bienvenus.\u00a0Une r\u00e9ponse aux candidat.e.s sera donn\u00e9e au plus tard le 15 mars 2024. Les communications propos\u00e9es dureront 25 minutes suivies de 10 minutes d&#8217;\u00e9changes.Le colloque aura lieu dans les locaux de l\u2019ENS de Lyon les 13 et 14 juin 2024.\u00a0Les propositions devront \u00eatre envoy\u00e9es \u00e0 l\u2019adresse mail de l&#8217;\u00e9v\u00e9nement :\u00a0<a href=\"mailto:genreetanimalite@gmail.com\"><strong>genreetanimalite@gmail.com<\/strong><\/a>.Pour toute question ou \u00e9l\u00e9ment compl\u00e9mentaire, vous pouvez contacter : Juliette Rousselet (<a href=\"mailto:juliette.rousselet@ens-lyon.fr\">juliette.rousselet@ens-lyon.fr<\/a>) et Clara Lyonnais-Voutaz (<a href=\"mailto:clara.voutaz@univ-lyon3.fr\">clara.voutaz@univ-lyon3.fr<\/a>) .<\/span><\/div>\n<\/div>\n<div lang=\"fr\" xml:lang=\"fr\">\u00a0<\/div>\n<div lang=\"fr\" xml:lang=\"fr\"><a href=\"https:\/\/calenda.org\/1124719\"><strong>En savoir plus<\/strong><\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019ambition de ce colloque, organis\u00e9 par le laboratoire junior RAT (recherches animali\u00e8res transdisciplinaires) de l\u2019ENS de Lyon, est d\u2019articuler les probl\u00e9matiques de genre, d\u2019\u00e9motions et d\u2019animalit\u00e9 dans une perspective interdisciplinaire. En effet, si ces approches connaissent des processus et des questionnements similaires, elles permettent de renouveler les \u00e9tudes de relations humains-animaux en pla\u00e7ant les \u00e9motions [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[],"categorie_personnage":[],"class_list":["post-11023","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-appels-contribution"],"translation":{"provider":"WPGlobus","version":"3.0.0","language":"gb","enabled_languages":["fr","gb"],"languages":{"fr":{"title":true,"content":true,"excerpt":false},"gb":{"title":false,"content":false,"excerpt":false}}},"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11023","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=11023"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11023\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11023"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=11023"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=11023"},{"taxonomy":"categorie_personnage","embeddable":true,"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_personnage?post=11023"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}