{"id":11013,"date":"2024-01-31T16:07:24","date_gmt":"2024-01-31T15:07:24","guid":{"rendered":"http:\/\/siefar.org\/?p=11013"},"modified":"2024-01-31T16:07:24","modified_gmt":"2024-01-31T15:07:24","slug":"imaginer-la-revolution-francaise-1830-2024-faire-de-lhistoire-sans-etre-historien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/siefar.org\/gb\/imaginer-la-revolution-francaise-1830-2024-faire-de-lhistoire-sans-etre-historien\/","title":{"rendered":"Imaginer la R\u00e9volution fran\u00e7aise (1830-2024) : faire de l\u2019histoire sans \u00eatre historien ?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Je ne suis pas historien\u00a0: je suis arriv\u00e9 au 4 ao\u00fbt en ne connaissant rien\u00a0\u00bb (Bertrand Guillot)\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Le fond des c\u0153urs est sans doute rago\u00fbt \u00e0 irriter les historiens\u00a0\u00bb (Joseph Andras)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9lan initial, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 la pi\u00e8ce de Jo\u00ebl Pommerat, dans laquelle la nuit du 4 ao\u00fbt \u00e9tait un des moments les plus spectaculaires\u00a0\u00bb\u00a0: ainsi Bertrand Guillot, auteur de\u00a0<em>L\u2019Abolition des privil\u00e8ges<\/em>\u00a0(Les Avrils, 2022), saluait-il, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un entretien donn\u00e9 au s\u00e9minaire IMAREV 18-21 (CERILAC, ERP441), sa dette \u00e0 l\u2019\u00e9gard de\u00a0<em>\u00c7a ira (1). Fin de Louis<\/em>, cr\u00e9\u00e9 en 2015 et devenu un succ\u00e8s international. B. Guillot soulignait aussi le plaisir d\u2019aller vers les sources factuelles, qu\u2019il comparait \u00e0 un \u00ab\u00a0voyage\u00a0\u00bb dans un pays \u00e9loign\u00e9 avec lequel \u00e9prouver une progressive familiarit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est bien sous le coup d\u2019un effet-Pommerat que s\u2019\u00e9tait ouvert, en 2016, le s\u00e9minaire propos\u00e9, depuis 2017, sur les imaginaires de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, m\u00eame si la d\u00e9cennie pr\u00e9c\u00e9dente, secou\u00e9e d\u00e9j\u00e0 par une turbulente actualit\u00e9 politique et sociale o\u00f9 \u00e9tait revenue la r\u00e9f\u00e9rence r\u00e9volutionnaire, avait aussi jou\u00e9 son r\u00f4le et donn\u00e9 la mesure d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne de r\u00e9emploi plus large, \u00e0 la fois politique, m\u00e9diatique, esth\u00e9tique et commercial[1]. \u00c7a ira d\u00e9ployait cependant une capacit\u00e9 in\u00e9dite \u00e0 instruire la mati\u00e8re de l\u2019histoire dans un travail de repr\u00e9sentation o\u00f9, le m\u00e9tier de l\u2019historien et la plong\u00e9e dans les archives avaient trouv\u00e9 leur place du fait de l\u2019appel \u00e0 un expert. Cette convocation de l\u2019histoire savante et de ses instruments n\u2019\u00e9tait pas neuve en soi\u00a0: Ariane Mnouchkine avait sollicit\u00e9 des historiens pour\u00a0<em>1789<\/em>. Mais outre que le rapport \u00e0 ces derniers a sans doute chang\u00e9 de nature, la p\u00e9riode ouverte en 2016 s\u2019est illustr\u00e9e par une efflorescence de fictions, de\u00a0<em>14 Juillet<\/em>\u00a0\u00e0\u00a0<em>Pour vous combattre<\/em>, o\u00f9 Joseph Andras r\u00e9investit la figure de Camille Desmoulins (Actes Sud, 2022), en passant par\u00a0<em>Un violent d\u00e9sir de bonheur<\/em>\u00a0de Cl\u00e9ment Schneider (2018),\u00a0<em>Un peuple et son roi<\/em>\u00a0de Pierre Schoeller (2018) ou\u00a0<em>Saint-Just &amp; des poussi\u00e8res\u00a0<\/em>d\u2019Arnaud Ma\u00efsetti (L\u2019Arbre vengeur, 2021).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux ans apr\u00e8s\u00a0<em>\u00c7a ira<\/em>, le r\u00e9alisateur Pierre Schoeller confiait \u00e0 IMAREV son propre vertige des archives et l\u2019obsession de n\u2019en rien trahir dans un film o\u00f9 l\u2019hommage \u00e0\u00a0<em>La Marseillaise<\/em>\u00a0de Renoir (1937) est \u00e9vident. Dans la foul\u00e9e, Florent Groazel et Younn Locard publiaient le premier volume de leur splendide somme graphique (<em>R\u00e9volution I\u00a0: Libert\u00e9<\/em>, Actes Sud, 2019) appuy\u00e9e sur un tr\u00e8s impressionnant investissement dans les sources. C\u2019est \u00e0 ce point de jonction entre la curiosit\u00e9, voire l\u2019app\u00e9tit, souvent formul\u00e9s par les cr\u00e9ateurs, pour le savoir historien, et leur construction d\u2019une vision et d\u2019un point de vue sur l\u2019\u00e9v\u00e9nement, que le colloque souhaite situer ses interrogations. En quoi imaginer la R\u00e9volution suppose-t-il un geste d\u2019historien sans \u00eatre historien\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En maintenant dans son intitul\u00e9 le verbe plut\u00f4t que le substantif, le colloque entend insister sur la dimension agissante, programmatique, instituante des imaginaires de la R\u00e9volution, qui ont besoin d\u2019une relation \u00e0 la fois conflictuelle et empathique avec les historiens, leurs savoirs, leurs questions, leurs m\u00e9thodes, leurs prises de parti historiographiques et leur propre rapport aux fictions et aux imaginaires, d\u00e9sormais revendiqu\u00e9 comme un territoire de leur discipline\u00a0: songeons au colloque international\u00a0<em>La R\u00e9volution en 3D\u00a0: Textes, images, sons, 1787-2440<\/em>\u00a0(Sorbonne Universit\u00e9, 14-16 mars 2019) organis\u00e9 par Pierre Serna et Anne Simonin. C\u00f4t\u00e9 litt\u00e9raires, des travaux fondateurs, dans la lign\u00e9e desquels le colloque s\u2019inscrit pour une part, ont plut\u00f4t investi le vaste corpus des fictions litt\u00e9raires par l\u2019analyse de leurs composantes po\u00e9tiques en tant qu\u2019efforts pour une \u00e9criture de l\u2019histoire\u00a0:\u00a0<em>Les Romans de la R\u00e9volution, 1792-1912<\/em>\u00a0(Belin, 2014, dir. Jean-Marie Roulin et Aude D\u00e9ruelle) et\u00a0<em>Fictions de la R\u00e9volution, 1789-1912<\/em>\u00a0(dir. Jean-Marie Roulin et Corinne Saminadayar-Perrin), se penchaient sur les mani\u00e8res dont la R\u00e9volution se figure dans des \u00ab\u00a0noyaux fictionnels\u00a0\u00bb sur un long dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle hant\u00e9 par la question du sens de l\u2019Histoire. Le pr\u00e9sent colloque souhaite d\u00e9placer l\u2019enqu\u00eate du c\u00f4t\u00e9 du rapport au travail de l\u2019histoire comme discipline. Comment le cr\u00e9ateur constitue-t-il et invente-t-il son autonomie depuis une forme de d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019histoire, laquelle peut \u00eatre tr\u00e8s clairement assum\u00e9e, parfois au nom m\u00eame d\u2019une mission de l\u2019artiste\u00a0? En 1880, Zola refusait ainsi la m\u00e9diocrit\u00e9 des m\u00e9lodrames \u00e0 la mode pour en appeler \u00e0 un th\u00e9\u00e2tre dont l\u2019authentique vocation civique et p\u00e9dagogique demanderait de s\u2019appuyer s\u00e9rieusement sur l\u2019histoire. Ce questionnement est r\u00e9activ\u00e9 par le th\u00e9\u00e2tre de Romain Rolland,\u00a0<em>La Marseillaise<\/em>\u00a0de Renoir dans son rapport au Front populaire, ou le\u00a0<em>1789<\/em>\u00a0de Mnouchkine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour mesurer ce rapport \u00e0 l\u2019histoire et aux historiens, le colloque propose de remonter jusqu\u2019au \u00ab\u00a0moment 1830\u00a0\u00bb, point de d\u00e9part d\u2019une longue s\u00e9rie d\u2019histoires de la R\u00e9volution et de d\u00e9bats historiographiques, id\u00e9ologiques et politiques ins\u00e9parables de la fondation scientifique de la discipline, qui commence \u00e0 s\u2019arracher au temps des m\u00e9morialistes. C\u2019est aussi un tournant dans la construction des fictions de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. En 1872, un certain Charles Vatel, avocat, notait au d\u00e9tour d\u2019un ouvrage pionnier d\u2019historiographie th\u00e9\u00e2trale que les \u00ab\u00a0romans de Ducray-Duminil\u00a0\u00bb et les drames de Pix\u00e9r\u00e9court relevaient, dans la repr\u00e9sentation de la R\u00e9volution et de ses figures, d\u2019un \u00ab\u00a0syst\u00e8me encore r\u00e9gnant en 1829\u00a0\u00bb, ann\u00e9e de la publication d\u2019un roman qui fit en effet rupture\u00a0:\u00a0<em>Les Chouans<\/em>\u00a0de Balzac. Des Trois Glorieuses \u00e0 nos jours, comment l\u2019artiste et l\u2019\u00e9crivain ont-ils n\u00e9goci\u00e9 leur rapport aux historiens de la R\u00e9volution\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parmi les questions qu\u2019on souhaite voir aborder\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; \u00a0 \u00a0 \u00a0 Les rapports des auteur.e.s \u00e0 la discipline historique. Quel(s) savoir(s) la repr\u00e9sentation artistique et litt\u00e9raire, dans la diversit\u00e9 de ses mediums, pense-t-elle, ou non, produire\u00a0? Comment envisage-t-elle de faire histoire\u00a0? En vue de sugg\u00e9rer quel type de rapport au(x) pass\u00e9(s), mais aussi au pr\u00e9sent\u00a0? Quel est le poids des d\u00e9bats id\u00e9ologiques qui ont travers\u00e9 ou qui traversent l\u2019historiographie de la R\u00e9volution fran\u00e7aise\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; \u00a0 \u00a0 \u00a0 Publics vis\u00e9s, horizons d\u2019attente. Pour la plupart des auteur.e.s, aujourd\u2019hui, le geste cr\u00e9ateur est \u00e0 cet \u00e9gard indissociable d\u2019un geste critique. Peut-on parler d\u2019une ambition p\u00e9dagogique\u00a0? Comment contribuer \u00e0 la recomposition d\u2019un imaginaire collectif susceptible de faire pi\u00e8ce aux lieux communs fig\u00e9s de \u00ab\u00a0l\u2019imagerie\u00a0\u00bb\u00a0? Comment se faire entendre\u00a0? Comment se faire comprendre\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211;\u00a0 \u00a0 \u00a0 Pratiques de cr\u00e9ation. Comment faire de l\u2019histoire (mode de sollicitation d\u2019experts, changements d\u2019\u00e9chelle et de point de vue, effets de montage, d\u00e9tournements de l\u2019archive\u2026)\u00a0? \u00a0Comment se confronter \u00e0 la masse documentaire, \u00e0 la complexit\u00e9 \u00e9v\u00e9nementielle et \u00e0 une historiographie oc\u00e9anique\u00a0? Quelles ressources propres \u00e0 la cr\u00e9ation artistique sont-elles mobilis\u00e9es\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les propositions de contribution en une page pr\u00e9cisant l\u2019axe de la communication et son corpus sont \u00e0 adresser pour le 1er mars 2024 au plus tard (imp\u00e9ratif) \u00e0\u00a0:\u00a0<a href=\"mailto:olivier.ritz@u-paris.fr\">olivier.ritz@u-paris.fr<\/a>,\u00a0<a href=\"mailto:florence.lotterie@u-paris.fr\">florence.lotterie@u-paris.fr<\/a>\u00a0et\u00a0<a href=\"mailto:sphlucet@gmail.com\">sphlucet@gmail.com<\/a>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Comit\u00e9 scientifique\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Antoine De Baecque (ENS-PSL), Quentin Deluermoz (Universit\u00e9 Paris Cit\u00e9), Jean-Cl\u00e9ment Martin (Paris I-Panth\u00e9on Sorbonne), Paule Petitier (Universit\u00e9 Paris Cit\u00e9), Allan Potofsky (Universit\u00e9 Paris Cit\u00e9), Jean-Marie Roulin (Universit\u00e9 Jean Monnet-Saint-\u00c9tienne), Pierre Serna (Paris I-Panth\u00e9on Sorbonne), Armelle Talbot (Universit\u00e9 Paris Cit\u00e9).[1] Ce ph\u00e9nom\u00e8ne fait l\u2019objet des contributions de l\u2019important collectif, issues de trois colloques organis\u00e9s en 2011 et 2012, dirig\u00e9 et pr\u00e9sent\u00e9 par Martial Poirson\u00a0: La R\u00e9volution fran\u00e7aise et le monde d&#8217;aujourd&#8217;hui. Mythologies contemporaines, Paris, Classiques Garnier, 2014.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Je ne suis pas historien\u00a0: je suis arriv\u00e9 au 4 ao\u00fbt en ne connaissant rien\u00a0\u00bb (Bertrand Guillot)\u00a0 \u00ab\u00a0Le fond des c\u0153urs est sans doute rago\u00fbt \u00e0 irriter les historiens\u00a0\u00bb (Joseph Andras) \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9lan initial, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 la pi\u00e8ce de Jo\u00ebl Pommerat, dans laquelle la nuit du 4 ao\u00fbt \u00e9tait un des moments les plus spectaculaires\u00a0\u00bb\u00a0: [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":3693,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[],"categorie_personnage":[],"class_list":["post-11013","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-appels-contribution"],"translation":{"provider":"WPGlobus","version":"3.0.0","language":"gb","enabled_languages":["fr","gb"],"languages":{"fr":{"title":true,"content":true,"excerpt":false},"gb":{"title":false,"content":false,"excerpt":false}}},"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11013","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=11013"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/11013\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11013"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=11013"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=11013"},{"taxonomy":"categorie_personnage","embeddable":true,"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/categorie_personnage?post=11013"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}