{"id":2835,"date":"2009-08-06T11:59:28","date_gmt":"2009-08-06T11:59:28","guid":{"rendered":"http:\/\/165"},"modified":"2009-08-06T11:59:28","modified_gmt":"2009-08-06T11:59:28","slug":"j-rossiaud-l-histoire","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/siefar.org\/gb\/debats-articles\/j-rossiaud-l-histoire\/","title":{"rendered":"J. Rossiaud &#8211; L&#8217;Histoire"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\"><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: rgb(128, 0, 0);\"><span style=\"font-size: small;\"><b>Qui &ecirc;tes-vous, Louise       Lab&eacute;?<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>(p.18)<\/em> On permettra &agrave; un historien &#8212; de surcro&icirc;t m&eacute;di&eacute;viste &#8212; de s&#8217;aventurer dans les labyrinthes enchant&eacute;s entourant Louise Lab&eacute;. L&#8217;intrus a pour lui quelque excuse: il a nagu&egrave;re fait conna&icirc;tre des milieux auxquels la Belle Cordi&egrave;re n&#8217;&eacute;tait pas &eacute;trang&egrave;re, et il a longtemps fr&eacute;quent&eacute; les historiens qui ont lou&eacute; ou vilipend&eacute; cette Lyonnaise d&#8217;exception.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Chaque &eacute;poque a habill&eacute; Louise selon ses go&ucirc;ts       (des gardes nationales de 1790, qu<i>i <\/i>suivaient un drapeau       &agrave; son nom, jusqu&#8217;aux universitaires qui aujourd&#8217;hui pratiquent       la <i>gender history<\/i>) et les essais qui lui ont &eacute;t&eacute; consacr&eacute;s n&#8217;ont &eacute;t&eacute; d&eacute;pourvus ni de louange ni de <em>(19)<\/em> d&eacute;nigrement, l&#8217;oeuvre po&eacute;tique &#8212; les <i>Euvres de Louize Lab&eacute; Lionnoize <\/i>parues chez       Jean de Tournes, en 1555 &#8212; faisant quant &agrave; elle l&#8217;objet       d&#8217;une admiration unanime.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Mais voici cette personnalit&eacute; singuli&egrave;re, myst&eacute;rieuse, attachante, aujourd&#8217;hui d&eacute;pouill&eacute;e de ses parures. Mireille Huchon, au terme d&#8217;une critique implacable, fait de Louise &laquo;une cr&eacute;ature de papier&raquo; et de son oeuvre, une supercherie litt&eacute;raire. Lecture achev&eacute;e, la dame appara&icirc;t nue, sans attrait, silencieuse comme elle le fut apr&egrave;s 1555 et la publication des <i>Euvres. <\/i>Fulgurances de l&#8217;assomption et de la chute, qui s&#8217;accordent bien aux contrastes qu&#8217;offrent et la ville et le temps de Louise.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Lyon vers 1550 ! Magnifique et sordide apr&egrave;s un si&egrave;cle de croissance. Les demeures somptueusement b&acirc;ties s&#8217;y sont multipli&eacute;es, mais des cloaques y conduisent o&ugrave; les pourceaux pataugent. La Sa&ocirc;ne &eacute;tincelante nourrit la ville, mais des senteurs putrides s&#8217;en &eacute;chappent aux moindres chaleurs. Ses foires ont fait le succ&egrave;s d&#8217;un million de &laquo;dents noires&raquo; (les caract&egrave;res) qui mordent le papier, de mille tissutiers fiers de leurs soies, et de cent maisons de banque jouant avec le monde. Mais l&#8217;Aum&ocirc;ne g&eacute;n&eacute;rale peine &agrave; secourir les pauvres, compagnons et artisans doivent d&eacute;fendre leur pain par la gr&egrave;ve, et les changeurs se plaignent des concurrents trop offensifs d&#8217;Anvers et de Francfort.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">La ville toujours effervescente est soit joyeuse soit angoiss&eacute;e; les princes y sont fastueusement re&ccedil;us, les h&eacute;r&eacute;tiques ex&eacute;cut&eacute;s. Mais la Cour y s&eacute;journe, les gloires de la Renaissance y font &eacute;tape, et des pl&eacute;iades de voyageurs et d&#8217;humanistes c&eacute;l&egrave;brent le &laquo;circuit planc&icirc;en&raquo;<em>(note: Du nom du fondateur de la colonie romaine de Lyon, Muncacius Plancus)<\/em>; la capitale de l&#8217;&eacute;crit et du verbe, des mascarades et des rencontres savantes, se veut une cit&eacute; du bien-vivre o&ugrave; comme le montrent images et po&egrave;mes &laquo;<i>tout redonde de faveurs, de gr&acirc;ces       et de beaut&eacute;&raquo; <\/i>(selon les mots de l&#8217;historien       du temps Guillaume Paradin).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Tel est le monde de Louise, n&eacute;e Charly, vers 1520 sur les pentes de la Croix-Rousse, du second mariage de Pierre Charly, dit l&#8217;Abb&eacute; (le terme se r&eacute;f&egrave;re &agrave; une confr&eacute;rie urbaine, une &laquo;abbaye&raquo;). Vers 1545 et conform&eacute;ment aux usages, l&#8217;homme, cordier et patricien du peuple, marie sa fille &agrave; un confr&egrave;re, Ennemond Perrin, de 25 ans plus &acirc;g&eacute;. La t&ocirc;t surnomm&eacute;e &laquo;Belle Cordi&egrave;re&raquo; &#8212; l&#8217;adjectif est important &#8212; marque de sa personne et de ses pratiques le quartier de Confort.<br \/>\nVeuve d&egrave;s avant 1557, Louise passe les derni&egrave;res ann&eacute;es de sa vie aupr&egrave;s d&#8217;un Florentin (futur ex&eacute;cuteur testamentaire), et quitte Lyon pour sa m&eacute;tairie des bords de Sa&ocirc;ne o&ugrave; elle s&#8217;&eacute;teint entre le 4 et le 15 f&eacute;vrier 1566. Telles sont les maigres indications biographiques que nous livrent les archives.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Cette authentique Lyonnaise obtient en 1554 le privil&egrave;ge royal n&eacute;cessaire &agrave;l&#8217;impression de son livre publi&eacute; l&#8217;ann&eacute;e suivante. Dans l&#8217;&eacute;p&icirc;tre d&eacute;dicatoire adress&eacute;e &agrave; M.C.D.B.L. (Mademoiselle Cl&eacute;mence de Bourges Lyonnaise, fille de l&#8217;un des honorables les plus prestigieux), l&#8217;auteur rend gr&acirc;ce &agrave; l&#8217;&eacute;poque o&ugrave; <i>&laquo;les s&eacute;v&egrave;res lois des hommes n&#8217;emp&ecirc;chent       plus les femmes de s&#8217;appliquer aux sciences et aux disciplines&raquo;<\/i>,       et invite ses consoeurs &agrave; &laquo;<i>&eacute;lever un peu       leurs esprits dessus leurs quenouilles&raquo;<\/i>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Suivent 24 ou 25 sonnets, trois &eacute;l&eacute;gies et un <i>D&eacute;bat       de folie et d&#8217;amour. <\/i>Le tout est rehauss&eacute; des <i>&Eacute;crits       de divers po&egrave;tes &agrave; la louange de Louize Lab&eacute;       Lionnoize, <\/i>qui cis&egrave;lent une couronne de 24 pi&egrave;ces non sign&eacute;es, mais pour certaines individualis&eacute;es par des initiales ou des devises. Le <i>D&eacute;bat <\/i>devant le tribunal de Jupiter, conduit avec une science alerte, traite th&eacute;&acirc;tralement des nouvelles d&eacute;finitions (n&eacute;oplatoniciennes) de l&#8217;amour, et les po&eacute;sies rendent &eacute;l&eacute;gamment compte des <i>&laquo;amoureuses noises&raquo; <\/i>d&#8217;une passionn&eacute;e       victime de ses pulsions, mais sachant exprimer les paroxysmes       du ravissement et de la douleur &laquo;<i>Je vis, je meurs, je       me br&ucirc;le et me noie&raquo;<\/i>&#8230;), justifier la passion,       et allier la raison &agrave; l&#8217;art de bien dire.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\"><b>Son oeuvre aurait &eacute;t&eacute; &eacute;labor&eacute;e       par un cercle de po&egrave;tes<\/b><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\"><i>Les Euvres, <\/i>r&eacute;imprim&eacute;es en 1556, sont deux si&egrave;cles durant ignor&eacute;es, jusqu&#8217;&agrave; leur r&eacute;&eacute;dition &agrave; Lyon en 1762. Au d&eacute;but du XIXe si&egrave;cle, le Romantisme les red&eacute;couvrira. Cet extraordinaire oubli ajoute encore aux myst&egrave;res d&#8217;une vie et d&#8217;une &eacute;criture singuli&egrave;res. Les quelques informations disponibles, d&#8217;ordre biographique, laissent dans l&#8217;ombre les dates exactes de la naissance et du mariage, ne disent rien de l&#8217;&eacute;ducation re&ccedil;ue, demeurent muettes sur le d&eacute;veloppement de la cr&eacute;ation et ignorent l&#8217;ampleur des libert&eacute;s prises par la Belle Cordi&egrave;re.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Ajoutons &agrave; cela une surprenante et soudaine c&eacute;l&eacute;bration po&eacute;tique, et voici haut dress&eacute;e la montagne d&#8217;&eacute;nigmes que Mireille Huchon a entrepris de d&eacute;nouer, guid&eacute;e par les doutes depuis longtemps exprim&eacute;s sur l&#8217;authenticit&eacute; de l&#8217;oeuvre (de Verdun Louis Saulnier en 1948 &agrave; Keith Cameron en 1990), et arm&eacute;e d&#8217;une &eacute;rudition litt&eacute;raire &eacute;tourdissante. <br \/>\n<em>(20)<\/em> Pour elle, une &eacute;vidence: l&#8217;oeuvre de Louise Lab&eacute; est une chim&egrave;re, &eacute;labor&eacute;e par un cercle de po&egrave;tes friands de mystifications et ayant travaill&eacute; sous l&#8217;influence des po&egrave;tes Maurice Sc&egrave;ve et Claude de Taillemont.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">L&#8217;auteur n&#8217;a aucun mal &agrave; montrer que les pr&eacute;tendus       &eacute;l&eacute;ments biographiques ou autobiographiques contenus       dans les <i>&Eacute;crits <\/i>et dans <i>les Euvres <\/i>ne rel&egrave;vent que des conventions du genre, et que depuis dix ans en 1555, les recueils &agrave; la gloire de figures f&eacute;minines se sont multipli&eacute;s; elle rappelle surtout que l&#8217;incitation &agrave; &laquo;<i>louer Louise&raquo; <\/i>r&eacute;pond &agrave; l&#8217;exaltation de la Laure de P&eacute;trarque &#8212; qui, deux si&egrave;cles plus t&ocirc;t, a fait la gloire d&#8217;Avignon [note: Le po&egrave;te italien P&eacute;trarque (1304-1374) rencontra Laure de Noves en 1327 dans l&#8217;&eacute;glise Sainte-Claire d&#8217;Avignon. Il l&#8217;aima pendant vingt ans et ne cessa de la regretter apr&egrave;s sa mort. Les po&eacute;sies qu&#8217;il fit sur elle composent le recueil <i>Canzoniere.<\/i>]<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Entre les deux femmes, le lien est explicite. Jean de Tournes, d&egrave;s 1545, avait publi&eacute; la &laquo;d&eacute;couverte&raquo; faite douze ans auparavant en Avignon par Maurice Sc&egrave;ve du tombeau de Laure. Jacques Peletier, l&#8217;ann&eacute;e de la publication, r&eacute;v&egrave;le le sens des <i>&Eacute;crits <\/i>et des       <i>Euvres: &laquo;Laure eut besoin de faveur emprunt&eacute;e\/ Louise autant en beaut&eacute; r&eacute;put&eacute;e\/ Trop plus se fait par sa plume estimer.&raquo;<\/i> L&#8217;h&eacute;ro&iuml;ne       appara&icirc;t donc comme une nouvelle Laure rel&eacute;guant       dans la p&eacute;nombre l&#8217;idole de P&eacute;trarque.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Une autre pr&eacute;sentation de Louise en &laquo;nouvelle Sappho&raquo; n&#8217;est pas d&eacute;nu&eacute;e, par l&#8217;ambigu&iuml;t&eacute; sugg&eacute;r&eacute;e, de pr&eacute;occupations commerciales. D&#8217;ailleurs la plupart des <i>&Eacute;crits <\/i>c&eacute;l&egrave;brent les attraits       de la dame, non son talent.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\"><b>Louer Louise, c&#8217;est exalter Lyon<\/b><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Mireille Huchon rejoint Pierre de Saint-Jullien, doyen de       Ch&acirc;lon, qui, en 1584, disait que le &laquo;<i>D&eacute;bat       sent <\/i><em>(davantage)<\/em> <i>l&#8217;&eacute;rudite gaillardise de l&#8217;esprit       de Maurice Sc&egrave;ve que d&#8217;une simple courtisane&raquo;<\/i>.       Elle ajoute que le po&egrave;te s&#8217;est inspir&eacute; des <i>Dialogues       d&#8217;amour <\/i>de L&eacute;on H&eacute;breu, publi&eacute;s quelques ann&eacute;es plus t&ocirc;t. Et, puisque certaines &eacute;l&eacute;gies de Louise se nourrissent de mod&egrave;les connus seulement de tr&egrave;s savants c&eacute;nacles, puisque certains sonnets sont parodiques, bien peu demeure &agrave; Louise.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Conclusion de notre critique: &agrave; l&#8217;imitation des Italiens, l&#8217;on aurait jug&eacute; bon entre Sa&ocirc;ne et Rh&ocirc;ne d&#8217;attribuer &agrave; une femme &laquo;<i>courtisane honn&ecirc;te&raquo;<\/i> des productions litt&eacute;raires sorties de plumes masculines, et estim&eacute; utile (mod&egrave;le italien oblige) d&#8217;accompagner ces &eacute;crits de louanges.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Cette th&egrave;se accorde beaucoup &agrave; l&#8217;italianisme (qui aurait submerg&eacute; les moeurs et la pens&eacute;e lyonnaise &#8212; ce qui se discute) et au go&ucirc;t du paradoxe, de la <i>&laquo;gaie       fantaisie&raquo;<\/i>, bref, du simple jeu litt&eacute;raire <em>(Elle fut entretenue nagu&egrave;re par Dorothy O&#8217;Connor puis Enzo Giudici)<\/em>. Rappelons cependant que les personnages en lice sont de chair et de sang. Ils &eacute;voluent certes dans l&#8217;univers &eacute;th&eacute;r&eacute; de l&#8217;humanisme, mais appartiennent &agrave; une cit&eacute; et &agrave; un milieu social. Le &laquo;projet&raquo; n&#8217;&eacute;tait-il pas susceptible de servir des ambitions civiques et, &agrave; l&#8217;int&eacute;rieur m&ecirc;me de la ville, des pratiques comportementales aristocratiques ?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Revenons sur la &laquo;d&eacute;couverte&raquo; du tombeau de Laure dont Sc&egrave;ve fut le h&eacute;ros et sur la rivalit&eacute; entre Lyon et Avignon. Dans l&#8217;esprit des hommes de 1530, le Midi incline aux passions amoureuses; la philosophie naturelle l&#8217;enseigne: la th&eacute;orie des climats veut le Sud f&eacute;minin, port&eacute; &agrave; l&#8217;amour et habile &agrave; le faire; la richesse avignonnaise ajoutant &agrave; la nature pousse les citadins aux plaisirs; la figure et l&#8217;oeuvre de P&eacute;trarque, enfin, couronnent cette mythologie. Influenc&eacute;s parcelle-ci, les voyageurs trouvent donc en Avignon les femmes plus belles qu&#8217;ailleurs et, le cas &eacute;ch&eacute;ant, y choisissent leur &eacute;pouse.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Apr&egrave;s 1500 pourtant, Lyon en sa neuve richesse veut devenir telle; d&eacute;sireuse d&#8217;&eacute;vincer Avignon dans l&#8217;imaginaire des doctes, la ville se constitue une mythographie &agrave; la mesure de ses ambitions: l&#8217;&eacute;tymologie de Fourvi&egrave;res est rattach&eacute;e &agrave; V&eacute;nus <i>(Forum Veneris), <\/i>on pr&eacute;tend son climat &laquo;<i>conjonctif&raquo; <\/i>(propice au rapprochement) et <i>&laquo;copulatif&raquo;, <\/i>on &eacute;rotise ses repr&eacute;sentations (le <i>Plan       sc&eacute;nographique <\/i>de 1550, par exemple, multiplie les sc&egrave;nes lestes), ses architectures &eacute;ph&eacute;m&egrave;res, et se m&eacute;tamorphose en cit&eacute; de loisirs, de bien-vivre et de libert&eacute;. L&#8217;&eacute;dition de 1555 se comprend ais&eacute;ment dans cette perspective; <i>Euvres, &Eacute;crits, <\/i>tout y       insiste: Louise Lab&eacute; est &laquo;<i>Lionnoize<\/i>&raquo;.       Tout homme cultiv&eacute;, entre Sa&ocirc;ne et Rh&ocirc;ne,       savait pourquoi on le r&eacute;p&eacute;tait tant.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\"><b>La &laquo;supercherie&raquo; &eacute;tait aussi un appel       &agrave; mieux vivre<\/b><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">L&#8217;affirmation de cette libert&eacute; pourrait &eacute;galement expliquer l&#8217;extraordinaire d&eacute;dicace &agrave; demoiselle Cl&eacute;mence, patricienne. Elle proclame que le mode de vie des jeunes Lyonnais du temps, qui pr&eacute;tendent &agrave; la libert&eacute; sexuelle, tout comme celui des courtisanes honn&ecirc;tes ne sont pas incompatibles avec l&#8217;honorabilit&eacute; bourgeoise. Les po&egrave;tes qui fr&eacute;quentaient l&#8217;h&ocirc;tel de Cl&eacute;mence de Bourges cavalcadaient &eacute;galement avec la confr&eacute;rie joyeuse des<i> Enfants de la ville, <\/i>o&ugrave; se retrouvaient jeunes ou moins jeunes: ils menaient libre vie et fr&eacute;quentaient des courtisanes &laquo;honn&ecirc;tes&raquo; qui, distinction oblige, ne devaient pas &ecirc;tre celles du moyen peuple m&acirc;le. Louer Louise sachant parler d&#8217;amour et &agrave; l&#8217;occasion le faire, servait du m&ecirc;me coup ceux qui la rencontraient, ou c&ocirc;toyaient ses semblables. Ils l&eacute;gitimaient ainsi leur machisme sophistiqu&eacute;. Voil&agrave; sans doute pourquoi vingt po&egrave;tes ont &laquo;<i>lou&eacute;       Louize<\/i>&raquo;<i> <\/i>et pourquoi les premiers d&#8217;entre eux       ont &laquo;collabor&eacute;&raquo; &agrave; ses oeuvres.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Le mythe mis &agrave; mal &#8212; par un livre constituant d&eacute;sormais le passage oblig&eacute; des approches futures &#8212; la personne demeure, cr&eacute;ature de chair, de papier ou d&#8217;esprit, car la &laquo;supercherie&raquo; (totale?), ne l&#8217;oublions pas, &eacute;tait aussi un appel &agrave; mieux vivre.<\/p>\n<p><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><span style=\"font-size: small;\"><b>Jacques Rossiaud (<i>L&#8217;Histoire<\/i>, n&deg;       310, juin 2006, p. 18-20)<\/b><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Qui &ecirc;tes-vous, Louise Lab&eacute;? (p.18) On permettra &agrave; un historien &#8212; de surcro&icirc;t m&eacute;di&eacute;viste &#8212; de s&#8217;aventurer dans les labyrinthes enchant&eacute;s entourant Louise Lab&eacute;. 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