{"id":2834,"date":"2009-08-06T11:55:51","date_gmt":"2009-08-06T11:55:51","guid":{"rendered":"http:\/\/164"},"modified":"2009-08-06T11:55:51","modified_gmt":"2009-08-06T11:55:51","slug":"m-lazard-le-monde-des-livres","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/siefar.org\/gb\/debats-articles\/m-lazard-le-monde-des-livres\/","title":{"rendered":"M. Lazard &#8211; Le Monde des livres"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: small;\"><br \/>\n<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: rgb(128, 0, 0);\"><b>Droit de r&eacute;ponse<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">M. Fumaroli a raison. Les cr&eacute;atures de l&#8217;art, litt&eacute;raire ou autre, ne sont jamais identiques aux &ecirc;tres de la vie. Les Corinne et les Lesbie, les Laure et les D&eacute;lie dont les po&egrave;tes latins et leurs imitateurs ont chant&eacute; la beaut&eacute; et la cruaut&eacute; sont bien des cr&eacute;atures de papier. M&ecirc;me lorsque le po&egrave;te ou le romancier dit &laquo;je&raquo; dans ses vers ou dans son r&eacute;cit, ce n&#8217;est pas lui qui parle. Le narrateur de la <i>Recherche du       temps perdu<\/i> a beau s&#8217;appeler aussi Marcel (il le dit deux       fois dans le roman), il n&#8217;est pas Marcel Proust. L&#8217;auteur qui       &eacute;crit<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">O longs d&eacute;sirs, o esp&eacute;rances vaines, <br \/>\nTristes soupirs et larmes coutumi&egrave;res <br \/>\nA engendrer de moi maintes rivi&egrave;res, <br \/>\nDont mes deux yeux sont sources et fontaines<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">n&#8217;est pas l&#8217;amoureuse qui clame son d&eacute;sir et sa souffrance: il ou elle est l&#8217;artiste, riche de sa culture et de son savoir technique, qui mieux que d&#8217;autres dit une certaine sorte de d&eacute;sir et de souffrance, et celle qui parle est une cr&eacute;ature de l&#8217;art tout comme Corinne, Lesbie et les autres.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Le cas de Louise Lab&eacute; est cependant diff&eacute;rent de celui de Corinne ou de D&eacute;lie. D&#8217;abord, c&#8217;est un personnage historique, que nous connaissons un peu. Nous avons sur elle quelques t&eacute;moignages de contemporains. Nous avons des lumi&egrave;res sur sa famille. Nous savons quand elle est morte. Nous lisons son testament, o&ugrave; nous apprenons quelles propri&eacute;t&eacute;s elle poss&eacute;dait et quels legs charitables elle a fait. En second lieu, elle n&#8217;est pas un &ecirc;tre, imaginaire ou r&eacute;el, auquel un po&egrave;te s&#8217;adresse ou pr&ecirc;te la parole. Elle est elle-m&ecirc;me donn&eacute;e comme po&egrave;te. Nous lisons les oeuvres publi&eacute;es sous son nom &agrave; Lyon en 1555, puis en 1556, et une troisi&egrave;me fois &agrave; Rouen la m&ecirc;me ann&eacute;e. Elles consistent en &laquo;un superbe dialogue en prose de <i>Folie et Amour<\/i>, trois &eacute;l&eacute;gies, vingt-trois sonnets d&eacute;chirants&raquo;, pour reprendre les termes de M. Fumaroli. Il ne s&#8217;agit pas de chercher quelle personne r&eacute;elle a pu inspirer telle cr&eacute;ature chant&eacute;e par un po&egrave;te, mais de savoir si le personnage historique nomm&eacute; Louise Lab&eacute; est ou non l&#8217;auteur des oeuvres qui lui sont attribu&eacute;es.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">L&#8217;affaire est d&eacute;licate, car sa vie n&#8217;est pas sans quelque myst&egrave;re. On s&#8217;interroge en particulier sur la possibilit&eacute; pour une fille et femme d&#8217;artisan cordier d&#8217;acqu&eacute;rir la culture et la ma&icirc;trise qui se refl&egrave;tent dans son oeuvre et d&#8217;acc&eacute;der au cercle des po&egrave;tes lyonnais de son temps. Ce myst&egrave;re et quelques autres ont conduit Mireille Huchon &agrave; l&#8217;hypoth&egrave;se qu&#8217;elle d&eacute;veloppe dans son tr&egrave;s savant livre r&eacute;cent. Selon cette hypoth&egrave;se, le personnage historique ne serait pour rien dans les &eacute;crits qui portent son nom. Ils ne lui devraient justement que ce nom, choisi pour d&eacute;signer une po&eacute;tesse fant&ocirc;me, et ne seraient pas autre chose que le fruit d&#8217;une supercherie mont&eacute;e par Maurice Sc&egrave;ve et ses amis. A vrai dire, on se demande pourquoi ceux-ci auraient &eacute;prouv&eacute; le besoin d&#8217;emprunter le nom d&#8217;une personne r&eacute;elle au lieu d&#8217;inventer un auteur imaginaire comme le furent probablement Jeanne Flore &agrave; la m&ecirc;me &eacute;poque et assur&eacute;ment Clara Gazul au XIXe si&egrave;cle.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Mireille Huchon, &eacute;minente sp&eacute;cialiste de la litt&eacute;rature de ce temps, a rassembl&eacute; &agrave; l&#8217;appui de sa th&egrave;se une s&eacute;rie d&#8217;indices qu&#8217;elle a glan&eacute;s de divers c&ocirc;t&eacute;s avec une patience de d&eacute;tective et une admirable &eacute;rudition. Son argumentation peut s&eacute;duire de bons esprits, mais, malgr&eacute; toute l&#8217;estime que m&#8217;inspirent les travaux de cette coll&egrave;gue, il faut bien avouer que ces indices ne forment qu&#8217;un faisceau de pr&eacute;somptions, et ne fournissent pas une preuve. Des pr&eacute;somptions suffisent-elles &agrave; condamner la po&eacute;tesse Louise Lab&eacute;? Le juge a de quoi h&eacute;siter, d&#8217;autant que certaines d&#8217;entre elles sont fond&eacute;es sur des interpr&eacute;tations, qui peuvent facilement se retourner.<br \/>\nL&#8217;hypoth&egrave;se de la supercherie a l&#8217;avantage de dissiper le myst&egrave;re &eacute;voqu&eacute; ci-dessus. Mais elle laisse subsister d&#8217;autres difficult&eacute;s rencontr&eacute;es par les biographes, et elle en suscite de nouvelles. Je n&#8217;en mentionnerai qu&#8217;une, mais de taille. Si la Louise Lab&eacute; historique n&#8217;est pour rien dans les oeuvres qui lui sont attribu&eacute;es, qui en est l&#8217;auteur? Qui donc a compos&eacute; le &laquo;superbe dialogue&raquo; et surtout les &laquo;vingt-trois sonnets d&eacute;chirants&raquo;? Quel est l&#8217;obscur po&egrave;te qui fut modeste au point de ne jamais avouer pour siens ces vers magnifiques&#8217; Maurice Sc&egrave;ve? Grand po&egrave;te certes, mais d&#8217;un style totalement diff&eacute;rent. Olivier de Magny, Claude de Taillemont, Guillaume des Autels, Jacques Pelletier du Mans&#8217; Gentils po&egrave;tes sans doute, mais bien &eacute;loign&eacute;s de la nettet&eacute;, de la fermet&eacute;, de la limpidit&eacute; des sonnets et de l&#8217;&eacute;lan d&#8217;un seul jet qui les porte. On y sent une personnalit&eacute; exceptionnelle. Laquelle, sinon celle de Louise Lab&eacute; elle-m&ecirc;me?<\/span><\/p>\n<dl><\/dl>\n<\/p>\n<dl>\n<dt>\n<p align=\"RIGHT\"><span style=\"font-size: small;\"><b>Madeleine Lazard (Droit de r&eacute;ponse         envoy&eacute; au <i>Monde des livres<\/i>, non publi&eacute;)<br \/>\n        <\/b>autrice de <i>Louise Lab&eacute;<\/i>, Paris         Fayard, 2004.<\/span><\/p>\n<\/dt>\n<\/dl>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\"><br \/>\n    <\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Droit de r&eacute;ponse M. Fumaroli a raison. Les cr&eacute;atures de l&#8217;art, litt&eacute;raire ou autre, ne sont jamais identiques aux &ecirc;tres de la vie. Les Corinne et les Lesbie, les Laure et les D&eacute;lie dont les po&egrave;tes latins et leurs imitateurs ont chant&eacute; la beaut&eacute; et la cruaut&eacute; sont bien des cr&eacute;atures de papier. 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