{"id":2832,"date":"2009-08-02T15:25:11","date_gmt":"2009-08-02T15:25:11","guid":{"rendered":"http:\/\/162"},"modified":"2009-08-02T15:25:11","modified_gmt":"2009-08-02T15:25:11","slug":"c-duneton-figaro-litteraire","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/siefar.org\/gb\/debats-articles\/c-duneton-figaro-litteraire\/","title":{"rendered":"C. Duneton &#8211; Figaro litt\u00e9raire"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">J&#8217;AI RE&Ccedil;U du Printemps des po&egrave;tes (du 3 au 12 mars) cette lettre touchante: &laquo;Comme je vous lis r&eacute;guli&egrave;rement dans Le Figaro, je me disais que d&eacute;but mars il vous serait peut-&ecirc;tre agr&eacute;able de saluer la po&eacute;sie et les inventeurs de langue que sont les po&egrave;tes&raquo;&#8230; Quel coeur de pierre, dites-le-moi, refuserait de saluer les po&egrave;tes&#8217; Au contraire, cela tombe &agrave; pic car j&#8217;&eacute;tais sur le point de voler au secours de Louise Lab&eacute;. Figurez-vous qu&#8217;une universitaire en renom vient d&#8217;&eacute;crire tout un livre pour expliquer que Louise Lab&eacute;, la po&eacute;tesse lyonnaise du XVIe si&egrave;cle, n&#8217;a jamais exist&eacute;. Un mythe, un v&eacute;ritable fant&ocirc;me la belle &laquo;poeteresse&raquo; avec ses sonnets de 1555. Comme on disait jadis dans mon village: cette prof nous la sort bonne!<\/p>\n<p>Voici la th&egrave;se de Mme Mireille Huchon: l&#8217;auteur de <i>Baise       m&#8217;encor<\/i> serait une &laquo;cr&eacute;ature de papier&raquo;, invent&eacute;e de toute page par un c&eacute;nacle de po&egrave;tes du temps, autour de Maurice Sc&egrave;ve et Claude de Taillemont. Ce groupe de lascars, vingt-quatre en tout, dont Olivier de Magny, l&#8217;amant suppos&eacute; de la belle, aurait mont&eacute; ce beau canular chez leur &eacute;diteur commun, Olivier de Tournes. Ils auraient &eacute;crit les po&egrave;mes, les attribuant par jeu et d&eacute;rision &agrave; cette Louise Charlin, ou Charly, dite &laquo;Lab&eacute;&raquo;. Pourquoi Lab&eacute;, au fait&#8217; Elle avait la chair &eacute;loquente &#8212; la chaire?&#8230; Son portrait, tir&eacute; par un graveur d&#8217;&eacute;poque, le laisserait supposer, mais le moins que l&#8217;on puisse dire c&#8217;est qu&#8217;avec autant de bavards dans le coup, un pareil bateau, sans la moindre fuite, aurait &eacute;t&eacute; solidement mont&eacute;! C&#8217;est tellement invraisemblable que je ne crois pas un mot de cette &eacute;lucubration. Sur quoi Mireille Huchon se fonde-t-elle pour avancer cette audacieuse hypoth&egrave;se? Sur rien; rien de concret, aucune d&eacute;couverte pr&eacute;cise; seulement des impressions &eacute;rudites, des co&iuml;ncidences, des soup&ccedil;ons qui honorent peut-&ecirc;tre sa science mais n&#8217;apportent qu&#8217;une eau bien rare &agrave; son moulin.<\/p>\n<p>Mme Huchon s&#8217;&eacute;tonne que Louise Lab&eacute; n&#8217;ait publi&eacute; qu&#8217;un seul livre. Mais&#8230; On est en 1555, on ne publie pas tous les deux ans! La jeune femme avait eu une crise amoureuse qui l&#8217;avait inspir&eacute;e et forc&eacute; son talent. Villon non plus n&#8217;a pas publi&eacute; comme un malade! Et puis l&#8217;&eacute;poque est durement charni&egrave;re &#8212; Mme Huchon feint de l&#8217;oublier: en France, le monde bascule dans la crise de la R&eacute;forme. Au train o&ugrave; vont les choses, nous allons savoir, nous autres, d&#8217;ici quelques ann&eacute;es &agrave; quoi nous en tenir sur les &laquo;guerres de religion&raquo;, avec leurs effets sur le politiquement correct&#8230; Le temps des bagatelles allait bient&ocirc;t finir, &agrave; Lyon, apr&egrave;s 1555, et passer la saison des sonnets de luxure:<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Je vis, je meurs: je me br&ucirc;le et me noie.<br \/>\nJ&#8217;ai chaud extr&ecirc;me en endurant froidure:<br \/>\nLa vie m&#8217;est trop molle et trop dure, etc.<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Les rosseries de Mme Huchon se balaient d&#8217;une chiquenaude. Louise &eacute;tait courtisane\u00ab La belle affaire \u00bb Des po&egrave;mes un peu libres ne pouvaient que lui donner du chien &shy; et lui rapporter de la thune, comme disent les banquiers. Il aura fallu quatre si&egrave;cles pour red&eacute;couvrir son talent&#8217; L&#8217;argument se retourne ais&eacute;ment: il est bien suspect qu&#8217;on ait attendu quatre cent cinquante ans pour &eacute;venter une supercherie qui e&ucirc;t &eacute;t&eacute; un secret de Polichinelle!<\/p>\n<p>Par-dessus tout, ce qui est incroyable c&#8217;est que des po&egrave;tes tels que Maurice Sc&egrave;ve et ses copains, estimables rimeurs certes, se soient transcend&eacute;s tout &agrave; coup pour produire une oeuvre courte mais intense. Que n&#8217;&eacute;crivaient-ils aussi bien pour eux-m&ecirc;mes, ces &laquo;hommes fac&eacute;tieux&raquo;, au lieu de ne devenir g&eacute;niaux par enchantement, tous ensemble par-dessus le march&eacute;, que le temps de cette &laquo;oeuvre mystificatrice&raquo;? L&#8217;auteur avance une r&eacute;ponse tellement paradoxale que j&#8217;en reste comme deux ronds de frite: &laquo;C&#8217;est un texte artificiel, dit-elle, bien &eacute;loign&eacute; de ces accents de sinc&eacute;rit&eacute; absolue que l&#8217;on a cru y lire.&raquo;<\/p>\n<p>Alors l&agrave;, &eacute;videmment&#8230; C&#8217;est une cuistrerie qui n&#8217;engage que l&#8217;insensibilit&eacute; de son auteur, ou son manque affreux de souffrance amoureuse. J&#8217;en appelle au Printemps des po&egrave;tes et &agrave; tous les inventeurs de langue contre la m&eacute;chante f&eacute;e universitaire! Soyez tortur&eacute;es au creux des ovaires, et apprenez par coeur ces sonnets, vous m&#8217;en direz des nouvelles&#8230; Ce n&#8217;est pas parce que P&eacute;trarque a lou&eacute; Laure que &ccedil;a emp&ecirc;che une jolie cordi&egrave;re d&#8217;aimer passionn&eacute;ment, &agrave; en jeter son sonnet par-dessus les moulins!<\/p>\n<p>Je vous salue, Calliope, et je salue Louise en ce Printemps d&#8217;hiver, voulant s&eacute;cher ses pleurs et la sauver de cette calomnie toute neuve: le po&egrave;te est capable de tout tant qu&#8217;il aime!<\/p>\n<p>Si ce n&#8217;est pas Louise Lab&eacute; qui a &eacute;crit ses po&egrave;mes, ce ne peut pas &ecirc;tre en tout cas les gens qui sont &eacute;voqu&eacute;s dans ce livre. Alors qui? &#8212; Ce doit &ecirc;tre le chat.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: right;\"><span style=\"font-size: small;\"><b>Claude Duneton (<i>Le Figaro litt&eacute;raire<\/i>,       9 mars 2006)<\/b><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&#8217;AI RE&Ccedil;U du Printemps des po&egrave;tes (du 3 au 12 mars) cette lettre touchante: &laquo;Comme je vous lis r&eacute;guli&egrave;rement dans Le Figaro, je me disais que d&eacute;but mars il vous serait peut-&ecirc;tre agr&eacute;able de saluer la po&eacute;sie et les inventeurs de langue que sont les po&egrave;tes&raquo;&#8230; Quel coeur de pierre, dites-le-moi, refuserait de saluer les [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"parent":2831,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"class_list":["post-2832","page","type-page","status-publish","hentry"],"translation":{"provider":"WPGlobus","version":"3.0.0","language":"gb","enabled_languages":["fr","gb"],"languages":{"fr":{"title":true,"content":true,"excerpt":false},"gb":{"title":false,"content":false,"excerpt":false}}},"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/2832","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2832"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/2832\/revisions"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/2831"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/siefar.org\/gb\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2832"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}