Catherine Chaussin d'Hurly : Différence entre versions

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== Notice de Isabelle Tremblay, 2008 ==
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Catherine Chaussin d’Hurly, fille de François Chaussin, seigneur d’Hurly, et de Jeanne Gasparde Le Besque, est née en 1725 d’une famille ancienne et noble. Bien que Mme de Genlis, la fille de son cousin, Pierre-César Ducrest, juge son instruction médiocre, elle côtoie des gens d’esprit et occupe une place enviable dans la société mondaine. Elle se lie d’amitié avec Jean-François Marmontel, reçoit chez elle le maréchal de Lowendal, le marquis de Souvré, le comte de Fleurieu, de même que le colonel Jean-Baptiste Dubois, et fréquente le salon de Mme de Tencin, qui compte Fontenelle, Marivaux et Duclos parmi ses habitués. En 1740, elle épouse Jean de Branol, seigneur de Bellevaux, officier de cavalerie, qui est vraisemblablement tué au siège de Prague en 1743. Sa liaison avec Charles-Guillaume Lenormand d’Étiolles, l’époux de la marquise de Pompadour, est la source de nombreuses rumeurs à son sujet. Dans ses ''Souvenirs,''Jacob-Nicolas Moreau soutient que Mme de Bellevaux est soupçonnée d’être la mère des deux fillettes qui lui sont confiées et à qui on a donné l’état civil d’un couple soudoyé pour la cause. Seul Jean Nicolle fait la lumière sur cette soi-disant maternité dans son étude sur la marquise de Pompadour. Il affirme que Marie-Victoire de Chevailles, veuve de François-Antoine des Lacs du Bosquet d’Arcambal, et Charles-Guillaume Lenormand d’Étiolles seraient les parents véritables de Marie-Françoise Félicité et de Catherine, que Mme de Bellevaux a recueillies moyennant une rente de la part de son amant. Le mariage de Lazare Ducrest de Chigy et de Philippe-Julienne Gayot, qui acceptent de reconnaître les deux fillettes pour leurs enfants légitimes, assure un nom à ces dernières. Chargée de leur éducation, Mme de Bellevaux s’attache surtout à l’aînée, qui épouse en 1765 Antoine-Gautier de Montdorge, une de ses relations. En 1771, Mme de Bellevaux s’installe dans un hôtel particulier avec sa pupille et le second époux de celle-ci, Antoine-Joseph des Lacs d’Arcambal. Elle y meurt le 4 janvier 1773.<br />
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Catherine Chaussin d’Hurly, fille de François Chaussin, seigneur d’Hurly, et de Jeanne Gasparde Le Besque, est née en 1725 d’une famille ancienne et noble. Bien que Mme de Genlis, la fille de son cousin, Pierre-César Ducrest, juge son instruction médiocre, elle côtoie des gens d’esprit et occupe une place enviable dans la société mondaine. Elle se lie d’amitié avec Jean-François Marmontel, reçoit chez elle le maréchal de Lowendal, le marquis de Souvré, le comte de Fleurieu, de même que le colonel Jean-Baptiste Dubois, et fréquente le salon de Mme de Tencin, qui compte Fontenelle, Marivaux et Duclos parmi ses habitués. En 1740, elle épouse Jean de Branol, seigneur de Bellevaux, officier de cavalerie, qui est vraisemblablement tué au siège de Prague en 1743. Sa liaison avec Charles-Guillaume Lenormand d’Étiolles, l’époux de la marquise de Pompadour, est la source de nombreuses rumeurs à son sujet. Dans ses ''Souvenirs,''Jacob-Nicolas Moreau soutient que Mme de Bellevaux est soupçonnée d’être la mère des deux fillettes qui lui sont confiées et à qui on a donné l’état civil d’un couple soudoyé pour la cause. Seul Jean Nicolle fait la lumière sur cette soi-disant maternité dans son étude sur la marquise de Pompadour. Il affirme que Marie-Victoire de Chevailles, veuve de François-Antoine des Lacs du Bosquet d’Arcambal, et Charles-Guillaume Lenormand d’Étiolles seraient les parents véritables de Marie-Françoise Félicité et de Catherine, que Mme de Bellevaux a recueillies moyennant une rente de la part de son amant. Le mariage de Lazare Ducrest de Chigy et de Philippe-Julienne Gayot, qui acceptent de reconnaître les deux fillettes pour leurs enfants légitimes, assure un nom à ces dernières. Chargée de leur éducation, Mme de Bellevaux s’attache surtout à l’aînée, qui épouse en 1765 Antoine-Gautier de Montdorge, une de ses relations. En 1771, Mme de Bellevaux s’installe dans un hôtel particulier avec sa pupille et le second époux de celle-ci, Antoine-Joseph des Lacs d’Arcambal. Elle y meurt le 4 janvier 1773.
Publié pour la première fois en novembre 1758 et en janvier 1759 dans le ''Mercure de France'', son roman épistolaire, ''Lettres écrites en 1743 et 1744 au chevalier de Luzeincour par une jeune veuve'', comprend quinze lettres. En 1761, ce roman sentimental, augmenté de douze lettres, est édité à Paris chez A. Gautier de Montdorge. Publiées anonymement à Liège en 1762, les ''Lettres galantes de deux dames de notre temps''comportent deux parties: les «Lettres de Minette baronne de M*** écrites pendant le cours de la campagne de l’an 1758, à son mari L. J. baron de M*** Brigadier et Colonel à l’Armée russienne [''sic''] trouvées au Champ de bataille de Zorndorf» et «Quelques lettres écrites en 1743 et 1744 par une jeune veuve, au chevalier de Luzeincour», qui correspondent aux vingt-sept lettres publiées dans l’édition parisienne de 1761. Si son premier roman n’est toujours pas signé en 1769, au moment de sa troisième édition, qui compte cinquante-trois lettres, Friedrich Melchior Grimm lève le voile sur l’identité de son auteure en février de la même année. Dans sa ''Correspondance littéraire'', il soutient que ce roman, attribué à Antoine-Gautier de Montdorge, est de la main de Mme de Bellevaux, comme le lui a confirmé Jean-François Marmontel. Il ne subit que peu de modifications au fil de ses rééditions. Outre la suppression de la septième missive, le travail d’augmentation ne s’accompagne que de la transformation des noms de certains personnages.<br />
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Publié pour la première fois en novembre 1758 et en janvier 1759 dans le ''Mercure de France'', son roman épistolaire, ''Lettres écrites en 1743 et 1744 au chevalier de Luzeincour par une jeune veuve'', comprend quinze lettres. En 1761, ce roman sentimental, augmenté de douze lettres, est édité à Paris chez A. Gautier de Montdorge. Publiées anonymement à Liège en 1762, les ''Lettres galantes de deux dames de notre temps''comportent deux parties: les «Lettres de Minette baronne de M*** écrites pendant le cours de la campagne de l’an 1758, à son mari L. J. baron de M*** Brigadier et Colonel à l’Armée russienne [''sic''] trouvées au Champ de bataille de Zorndorf» et «Quelques lettres écrites en 1743 et 1744 par une jeune veuve, au chevalier de Luzeincour», qui correspondent aux vingt-sept lettres publiées dans l’édition parisienne de 1761. Si son premier roman n’est toujours pas signé en 1769, au moment de sa troisième édition, qui compte cinquante-trois lettres, Friedrich Melchior Grimm lève le voile sur l’identité de son auteure en février de la même année. Dans sa ''Correspondance littéraire'', il soutient que ce roman, attribué à Antoine-Gautier de Montdorge, est de la main de Mme de Bellevaux, comme le lui a confirmé Jean-François Marmontel. Il ne subit que peu de modifications au fil de ses rééditions. Outre la suppression de la septième missive, le travail d’augmentation ne s’accompagne que de la transformation des noms de certains personnages.
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Bien que Mme de Genlis garde un bon souvenir de sa marraine, chez qui elle et sa mère ont résidé pendant plus de deux ans, elle ne la mentionne que brièvement dans ses Mémoires et ne lui réserve aucune place dans De l’influence des femmes sur la littérature française comme protectrices des lettres et comme auteurs (1811). Le souvenir de Mme de Bellevaux, absente des Mémoires de Jean-François Marmontel, est entaché par la dure critique qu’a faite Grimm de son premier roman et par le jugement que Jacob-Nicolas Moreau a émis à l’endroit de son réseau de connaissances. Si on lui a reconnu la beauté, le charme et l’esprit, on a sous-estimé son talent de romancière. Parce qu’ils remettaient en question des rôles dits «féminins», ses romans ont été l’objet de diatribes de la part des critiques de son époque. Les chercheurs et les chercheuses contemporain-e-s n’ont consacré aucune étude à son sujet.
 
Bien que Mme de Genlis garde un bon souvenir de sa marraine, chez qui elle et sa mère ont résidé pendant plus de deux ans, elle ne la mentionne que brièvement dans ses Mémoires et ne lui réserve aucune place dans De l’influence des femmes sur la littérature française comme protectrices des lettres et comme auteurs (1811). Le souvenir de Mme de Bellevaux, absente des Mémoires de Jean-François Marmontel, est entaché par la dure critique qu’a faite Grimm de son premier roman et par le jugement que Jacob-Nicolas Moreau a émis à l’endroit de son réseau de connaissances. Si on lui a reconnu la beauté, le charme et l’esprit, on a sous-estimé son talent de romancière. Parce qu’ils remettaient en question des rôles dits «féminins», ses romans ont été l’objet de diatribes de la part des critiques de son époque. Les chercheurs et les chercheuses contemporain-e-s n’ont consacré aucune étude à son sujet.
 
== Oeuvres ==
 
== Oeuvres ==

Version du 18 septembre 2010 à 06:56

Catherine Chaussin d'Hurly
Titre(s) Marquise de Bellevaux
Conjoint(s) Jean de Branol, seigneur de Bellevaux
Dénomination(s) Madame de Bellevaux
Madame de Belvo
Biographie
Date de naissance 1725
Date de décès 1773
Notice(s) dans dictionnaire(s) ancien(s)


Notice de Isabelle Tremblay, 2008

Catherine Chaussin d’Hurly, fille de François Chaussin, seigneur d’Hurly, et de Jeanne Gasparde Le Besque, est née en 1725 d’une famille ancienne et noble. Bien que Mme de Genlis, la fille de son cousin, Pierre-César Ducrest, juge son instruction médiocre, elle côtoie des gens d’esprit et occupe une place enviable dans la société mondaine. Elle se lie d’amitié avec Jean-François Marmontel, reçoit chez elle le maréchal de Lowendal, le marquis de Souvré, le comte de Fleurieu, de même que le colonel Jean-Baptiste Dubois, et fréquente le salon de Mme de Tencin, qui compte Fontenelle, Marivaux et Duclos parmi ses habitués. En 1740, elle épouse Jean de Branol, seigneur de Bellevaux, officier de cavalerie, qui est vraisemblablement tué au siège de Prague en 1743. Sa liaison avec Charles-Guillaume Lenormand d’Étiolles, l’époux de la marquise de Pompadour, est la source de nombreuses rumeurs à son sujet. Dans ses Souvenirs,Jacob-Nicolas Moreau soutient que Mme de Bellevaux est soupçonnée d’être la mère des deux fillettes qui lui sont confiées et à qui on a donné l’état civil d’un couple soudoyé pour la cause. Seul Jean Nicolle fait la lumière sur cette soi-disant maternité dans son étude sur la marquise de Pompadour. Il affirme que Marie-Victoire de Chevailles, veuve de François-Antoine des Lacs du Bosquet d’Arcambal, et Charles-Guillaume Lenormand d’Étiolles seraient les parents véritables de Marie-Françoise Félicité et de Catherine, que Mme de Bellevaux a recueillies moyennant une rente de la part de son amant. Le mariage de Lazare Ducrest de Chigy et de Philippe-Julienne Gayot, qui acceptent de reconnaître les deux fillettes pour leurs enfants légitimes, assure un nom à ces dernières. Chargée de leur éducation, Mme de Bellevaux s’attache surtout à l’aînée, qui épouse en 1765 Antoine-Gautier de Montdorge, une de ses relations. En 1771, Mme de Bellevaux s’installe dans un hôtel particulier avec sa pupille et le second époux de celle-ci, Antoine-Joseph des Lacs d’Arcambal. Elle y meurt le 4 janvier 1773.

Publié pour la première fois en novembre 1758 et en janvier 1759 dans le Mercure de France, son roman épistolaire, Lettres écrites en 1743 et 1744 au chevalier de Luzeincour par une jeune veuve, comprend quinze lettres. En 1761, ce roman sentimental, augmenté de douze lettres, est édité à Paris chez A. Gautier de Montdorge. Publiées anonymement à Liège en 1762, les Lettres galantes de deux dames de notre tempscomportent deux parties: les «Lettres de Minette baronne de M*** écrites pendant le cours de la campagne de l’an 1758, à son mari L. J. baron de M*** Brigadier et Colonel à l’Armée russienne [sic] trouvées au Champ de bataille de Zorndorf» et «Quelques lettres écrites en 1743 et 1744 par une jeune veuve, au chevalier de Luzeincour», qui correspondent aux vingt-sept lettres publiées dans l’édition parisienne de 1761. Si son premier roman n’est toujours pas signé en 1769, au moment de sa troisième édition, qui compte cinquante-trois lettres, Friedrich Melchior Grimm lève le voile sur l’identité de son auteure en février de la même année. Dans sa Correspondance littéraire, il soutient que ce roman, attribué à Antoine-Gautier de Montdorge, est de la main de Mme de Bellevaux, comme le lui a confirmé Jean-François Marmontel. Il ne subit que peu de modifications au fil de ses rééditions. Outre la suppression de la septième missive, le travail d’augmentation ne s’accompagne que de la transformation des noms de certains personnages.

Bien que Mme de Genlis garde un bon souvenir de sa marraine, chez qui elle et sa mère ont résidé pendant plus de deux ans, elle ne la mentionne que brièvement dans ses Mémoires et ne lui réserve aucune place dans De l’influence des femmes sur la littérature française comme protectrices des lettres et comme auteurs (1811). Le souvenir de Mme de Bellevaux, absente des Mémoires de Jean-François Marmontel, est entaché par la dure critique qu’a faite Grimm de son premier roman et par le jugement que Jacob-Nicolas Moreau a émis à l’endroit de son réseau de connaissances. Si on lui a reconnu la beauté, le charme et l’esprit, on a sous-estimé son talent de romancière. Parce qu’ils remettaient en question des rôles dits «féminins», ses romans ont été l’objet de diatribes de la part des critiques de son époque. Les chercheurs et les chercheuses contemporain-e-s n’ont consacré aucune étude à son sujet.

Oeuvres

- 1758-1759 : «Lettres écrites en 1743 et 1744 au chevalier de Luzeincour par une jeune veuve», Mercure de France, novembre 1758 et janvier 1759.
- 1761 : Quelques lettres écrites en 1743 et 1744, par une jeune veuve, au chevalier de Luzeincour, Paris, A. Gautier de Montdorge -- Revue du dix-huitième siècle, 1, 1913, p.61-73, 219-223 et 310-317.
- 1762 : Lettres galantes de deux dames de notre temps, Liège, Jean Gottl. Imman. Breitkopf.
- 1769 : Lettres au chevalier de Luzeincour, par une jeune veuve, Londres, A. Gautier de Montdorge.

Choix bibliographique

- Broglie, Gabriel, Madame de Genlis, Paris, Perrin, 1985, p.11-33.
- Court, Jules-Victor de, «Lettres galantes de deux dames de notre temps», dans Dictionnaire des Anonymes et Pseudonymes (XVesiècle-1900), Bruxelles, Académie royale de Belgique, 1960, p.566.
- Gauthier, Marthe, Chaussin: maison féodale de Bourgogne-Franche-Comté depuis le XIe siècle et ses alliances et devenirs, Yzeure, Imprimeries réunies, 1980.
- Nicolle, Jean, «Les soeurs Ducrest», dans Madame de Pompadour et la société de son temps, Paris, Albatros, 1980, p.184-204.
- Sareil, Jean, «Le salon de Madame de Tencin», dans Les Tencin. Histoire d’une famille au dix-huitième siècle d’après de nombreux documents inédits, Genève, Droz, 1969, p.215-243.

Jugements

- (à propos de la troisième édition des Lettres au chevalier de Luzeincour) «Elles n’ont pas eu le succès que M. Marmontel nous avait annoncé; il s’en faut bien qu’on les ait regardées comme un modèle. Elles sont écrites avec légèreté, avec facilité et avec agrément; mais il y a peu de correction, peu d’intérêt, et beaucoup de choses de mauvais goût et de mauvais ton. Les citations d’ailleurs de madame de Sévigné et les anecdotes rapportées de quelques personnes célèbres ne sont pas assez naturellement amenées. L’éditeur craint qu’on ne trouve que la jeune veuve aime avec trop de transport; il peut être tranquille, il n’y a pas l’ombre de passion dans ces Lettres. C’est du commérage, du cailletage tout pur; commérage assez agréable, si vous voulez, mais ce n’est que cela. Il s’écrit tous les matins à Paris six cents lettres qui valent mieux que cela, et il n’y a point d’homme, pour peu qu’il ait vécu avec des femmes, qui n’en ait d’aussi agréables dans son porte-feuille de galanterie». (Friedrich Melchior Grimm, Correspondance littéraire, philosophique et critique de Grimm et de Diderot depuis 1753 jusqu’en 1790 [février 1769], Paris, Furne & Ladrange, 1829, t.6, p.154-155)

- (à propos du roman Lettres au chevalier de Luzeincour) «il est écrit avec grâce et naturel». (Stéphanie-Félicité Ducrest de Saint-Aubin, comtesse de Genlis, Mémoires de Mme la comtesse de Genlis[1825], éd. Didier Masseau, Paris, Mercure de France, 2004, p.64-65)

- «Ma tante, madame de Bellevaux, vint aussitôt nous voir à notre hôtel garni. Elle avait alors vingt-neuf ans, et, si elle avait eu des dents passables, sa beauté eût été parfaite. Une taille majestueuse, des manières nobles et remplies de grâce; un éclat éblouissant, des traits réguliers, une conversation spirituelle et piquante, des talents agréables la rendaient l’une des plus charmantes personnes que j’aie jamais vue. [...] Je trouvais ma tante spirituelle et charmante, et presque tous ses jugements me paraissaient faux; ils l’étaient en effet, mais elle parlait avec grâce, sans pédanterie; elle avait du naturel, et la fausseté de ses idées venait plus de son ignorance et de sa mauvaise littérature que de son esprit: aussi ne paraissait-elle être en elle que de la légèreté et du manque de réflexion.» (Stéphanie-Félicité Ducrest de Saint-Aubin, comtesse de Genlis, Mémoires..., voir supra, p.63-65)

- (à propos de sa société) «De toutes les personnes composant cette brillante compagnie, je ne nommerai que lui [Jean-François Marmontel], et j’ajouterai seulement que les cinq heures que je passai dans cette maison me décidèrent bien à n’y jamais remettre les pieds. Tout m’y parut malhonnête, excepté les propos. [...] Aujourd’hui que ma mémoire me rappelle ces détails, s’il m’était permis de comparer ce que je vis à quelques uns des rassemblements dont nous avons été témoins depuis sept ans, je dirais volontiers que je trouvai là une miniature d’un grand et vaste tableau qui m’effraye encore; là, en effet, j’aperçus une aristocratie qui eût pu prendre pour devise: Liberté, égalité, et accorder avec le nom de république la distinction des trois ordres; là, en effet, des amusements de toute espèce réunissaient le haut et le bas clergé, la haute et la basse noblesse, et, si j’ose le dire, le haut et le bas tiers état.» (Jacob-Nicolas Moreau, Mes Souvenirs (1774-1797) [1796-1797], éd. Camille Hermelin, Paris, Plon, 1901, vol.2, p.182-183)

- (à propos de la réception des Lettres au chevalier de Luzeincour) «Le pauvre livre n’est lancé que pour tomber de tout son poids, sans un lecteur qui le ramasse. Les précédents ouvrages de Mondorge avaient mis en défiance. Quelqu’un, plus ami de l’auteur, se hasarde pourtant et lit les premières pages, puis les suivantes, puis le reste, jusqu’au dernier volume, qu’il referme en disant: “C’est charmant! c’est délicieux!” L’éloge se répète, se propage; on lit l’ouvrage, et tout le monde reste d’accord que c’est en effet un fort joli roman. Marmontel est des premiers à le proclamer; Grimm, entraîné, lit comme les autres, et, comme les autres, avec beaucoup moins d’enthousiasme pourtant, il convient que le livre est agréable.» (Édouard Fournier et Théophile Gautier, Paris démoli, Paris, A. Aubry et E. Dentu, 1855, p.276-277)

- «Quoiqu’il en soit, si Mme de Belvo fut une aventurière, elle fut assurément charmante et spirituelle. [...] Il fallait autre chose, à cette date [1759], pour qu’un salon fût du bel air. Mme de Belvo ne manquait pas de cette grâce d’esprit plus belle encore que la beauté; elle avait la conversation “spirituelle et piquante”. C’est par ces dons qui ne subissent pas l’outrage des ans qu’elle conquit sans doute, de l’aveu de Mme de Genlis, M. de Fleurieu dont elle était de dix ans l’aînée. Elle aimait l’amour assurément, ou du moins le sentiment jusqu’à en perdre parfois la tête et peut-être quelques scrupules.» (D. Mornet, «Quelques lettres écrites en 1743 et 1744 par une jeune veuve, au chevalier de Luzeincour», Revue du dix-huitième siècle, 1, 1913, p.61)

- «Le salon de Mme de Bellevaux n’est pas composé que de gens du monde, de vieux roués et d’aimables péronnelles, il compte aussi des hommes de lettres, des artistes, des musiciens. Marmontel le préside de toute son autorité d’écrivain à la mode.» (Jules Bertaut, Madame de Genlis, Paris, Bernard Grasset, 1941, p.24)

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