Anne-Hyacinthe de Saint-Léger : Différence entre versions

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Version du 20 août 2012 à 17:52

Anne-Hyacinthe de Saint-Léger
Conjoint(s) M. de Colleville
Dénomination(s) Mademoiselle de Saint-Léger
Minette
Félisette
Biographie
Date de naissance 1761
Date de décès 1824
Notice(s) dans dictionnaire(s) ancien(s)
Dictionnaire Fortunée Briquet (1804)


Notice de Aurore Evain, 2005

Anne-Hyacinthe de Saint-Léger, née le 26 mars 1761 à Paris, est la fille de Catherine et Charles Geille de Saint-Léger. Son père, docteur régent de la Faculté de médecine et spécialiste en vénérologie, est un des médecins de la maison du duc d'Orléans. Anne-Hyacinthe, surnommée Minette, est probablement l'aînée des trois enfants du couple. Elle reçoit une éducation moderne, fondée sur la confiance parentale et une solide instruction. Très jeune, elle assiste aux représentations des théâtres parisiens et, dès l'âge de douze ans au moins, compose ses premiers écrits: des récits en prose, des pièces poétiques, et surtout de nombreuses comédies, saynètes ou bouquets qu'elle représente avec sa soeur et son frère lors des fêtes familiales. Ses lectures épicuriennes influencent bientôt ses écrits d'adolescente, alors que la jeune autrice, soutenue par ses parents, envisage une carrière d'écrivaine. En 1781, elle publie son premier ouvrage, un roman épistolaire qui paraît l'année où Laclos achève le manuscrit des Liaisons dangereuses, dont il partage l'intrigue. Les critiques élogieuses encouragent Mlle de Saint-Léger: elle poursuit l'année suivante avec un deuxième roman. La sensibilité pré-romantique de cette jeune prodige, sa spontanéité et la liberté de pensée qui émane de ses écrits séduisent Rétif de La Bretonne, à tel point que celui-ci cherche à faire sa connaissance. Brève rencontre, qui débouchera sur une querelle de plusieurs années entre les deux écrivains, à la suite de la publication d'une lettre calomnieuse par Rétif. À cette époque, Anne-Hyacinthe compose également des vers pour divers périodiques. Elle fréquente l'astronome Jérôme Le François de Lalande, M. de Saint-Ange, traducteur d' Ovide, et probablement le dramaturge Charles Jacob Guillemain, qui écrit pour le théâtre des Variétés. C'est là que l'autrice fait représenter Les Deux Soeurs, comédie morale qui reçoit un très large succès en 1783. La pièce, reprise à Lyon en 1785, connaît plusieurs rééditions jusqu'en 1790 et sera traduite en anglais en 1805. Cet accueil permet à l'écrivaine de faire jouer une seconde comédie plus sentimentale, Sophie et Derville, à la Comédie-Italienne en 1788. La Révolution vient alors interrompre cette carrière théâtrale pourtant prometteuse. Mlle de Saint-Léger, désormais Mme de Colleville (on ignore la date de son mariage) est en proie à de graves difficultés financières. Le décès de ses parents, son divorce et la perte d'une grande partie de ses rentes sur l'État l'ont réduite à la misère. Madame de M***, ou la rentière rend compte de ces difficultés. Après une interruption de dix ans, elle revient à l'écriture avec ce roman en partie autobiographique, qui offre une peinture sociale et politique plutôt critique du Directoire. Écrit en 1799, il ne pourra être publié qu'en 1802 et témoignerait des tentatives d'intégration de Mlle de Saint-Léger dans la France napoléonienne: le succès est au rendez-vous, et l'autrice en donne une suite sous le titre de Victor de Martigues. En 1806, elle publie Salut à Messieurs les maris, dernier roman qu'on puisse lui attribuer avec certitude. D'après les dictionnaires du XIXe siècle, Mme de Colleville se serait tournée vers la religion à la fin de sa vie et aurait brûlé sa dernière production, un manuscrit intitulé Le Porteur d'eau. Elle vit retirée du monde pendant plusieurs années avant de décéder à Paris le 18 septembre 1824, apparemment oubliée de ses contemporains.

L'oeuvre de Rétif contient les rares éléments biographiques qui ont pu, jusqu'à présent, nous renseigner sur la vie de Mlle de Saint-Léger. Seules quelques notices parues dans les dictionnaires du XIXe siècle ont fourni des informations complémentaires, souvent contradictoires et lacunaires. Aujourd'hui, la découverte de nouveaux éléments sur son père et la consultation d'un cahier manuscrit contenant ses oeuvres de jeunesse permettent de mieux cerner sa personnalité, son milieu et les conditions de sa naissance à l'écriture. Ce parcours d'une autrice de la fin de l'Ancien Régime, depuis ses premières productions littéraires à l'âge de douze ans jusqu'aux oeuvres de la maturité, offre ainsi une contribution précieuse à l'Histoire des écrivaines de l'Ancien Régime. Mlle de Saint-Léger est, en outre, la première dramaturge reconnue à avoir écrit pour le théâtre des boulevards. Encore très peu étudiée, son oeuvre mériterait également d'être redécouverte dans le cadre des recherches sur le roman libertin et épistolaire.

Oeuvres

- 1773-1783 : OEuvres diverses par Mlle de Saint-Léger. Plaire, instruire, toucher..., Paris, inédit (bibl. de Clermont-Ferrand, MS 254). Contient: un court roman épistolaire (non titré, non daté), un proverbe dramatique en 1 acte (en prose, non titré, non daté), une comédie en 1 acte (en prose, non titrée, 1773), deux comédies en 1 et 2 actes (en prose, non titrées, 1774), une comédie en 1 acte (en prose, non titré, 1774), un divertissement (en prose, non titré, 1776), La Réunion de l'Amour et de L'Hymen (comédie en 1 acte, en prose, non datée), Lucile (conte, non daté), Rose (opéra-comique en 2 actes, en prose mêlée d'ariettes, non daté), La Famille réunie (comédie en 1 acte, en prose mêlée d'ariettes, non datée), diverses pièces en vers et chansons.
- 1781 : Lettres du chevalier de Saint-Alme et de Mademoiselle de Melcourt, par Mlle de ***, Paris, De Lormel.
- 1782 : Alexandrine, ou l'Amour est une vertu, Paris, De Lormel/Vve Duchesne/Esprit, 1783 (l'édition de 1782 est introuvable, mais attestée par une critique parue dans le Journal encyclopédique, nov. 1782).
- oct. 1782?-mai 1783? : lettres à Rétif de La Bretonne, publiées en partie par Rétif dans La Prévention nationale, 2e partie, «Suite du quarante-cinquenaire», Paris/Genève, Slatkine Reprints, 1988 [1784], p.442-455.
- 1783 : «Impromptu de Mlle de Saint-Léger sur ce que le hasard lui avait accordé l'honneur d'être reine de la fève», Mercure de France, 18 janvier.
- 1783 : Les Deux Soeurs (comédie en un acte, en prose), Théâtre des Variétés-Amusantes (Paris), 4 juin 1783, Paris, Cailleau/Mérigot.
- 1783 : Le Bouquet du père de famille (comédie en un acte, en prose), représentée en société, date inconnue, Paris, Mérigot.
- 1785 : «Épître à ma petite jument», Mercure de France, 25 juin.
- 1788 : Sophie et Derville (comédie en un acte, en prose), Comédie-Italienne (Paris), 8 janvier 1788, Paris, Brunet (la pièce fut représentée en 2 actes, puis remaniée et publiée en un acte).
- 1788? : «Épître à ma mère» (cette production est mentionnée dans le Petit Almanach de nos grandes femmes en 1789; elle fut publiée dans un périodique dont nous n'avons pas retrouvé la trace).
- 1799 : Madame de M***, ou la rentière, Paris, Marandan, 1802, 4 vol.
- 1800 : Les Dangers d'un tête-à-tête, ou Histoire de Miss Mildmay, Paris, Le Prieur, 2 vol. (traduction d'un roman de Hugh Kelly, signée «A. Colleville»).
- 1804 : Victor de Martigues, ou suite de la rentière, Paris, M.-J. Hénée/l'autrice, 4 vol.
- 1806 : Salut à Messieurs les maris, ou Rose et d'Orsinval, Paris, Borniche.
- Le Porteur d'eau, inédit (manuscrit brûlé par l'autrice selon Michaud).

Attributions douteuses
- Alexandrine de Ba** ou Lettres de la princesse Albertine, contenant les aventures d'Alexandrine de Ba** son aïeule [...] par Mademoiselle de ***, Paris, Buisson, 1786. Ce roman a souvent été confondu avec Alexandrine ou l'Amour est une vertu et attribué à tort à Mlle de Saint-Léger. L'auteur serait André-Marie Guzman, descendant d'Alexandrine de Bacq (voir J. Rustin, «Une Histoire véritable au XVIIIe siècle: Alexandrine de Ba**», Travaux de linguistique et de littérature, Strasbourg, 1965, III, no 2).
- Coralie ou le danger de se fier à soi-même, 2 vol. Un même titre, signé «Madame de Ch***» et datant de 1797 (Paris, Imprimerie de Chaignieau Aîné, 2 t. en 1 vol.), est attribué à Félicité de Choiseul-Meuse.

Choix bibliographique

- Evain, Aurore, «Mlle de Saint-Léger, "femme écureuil" et autrice de théâtre», Études Rétiviennes, 37, déc. 2005.

- Miller, Judith A., «The Sentimental Seller: The Problem of Property in the Age of Passion, 1794-1815», http://www.politics.ox.ac.uk/philp/text/Papers/Miller_paper.pdf (le début de l'article est consacré à une analyse du roman Mme de M*** ou la rentière d'un point de vue économique et social).

Jugements

- [...] D'Erato tu saisis la touche;
Son âme étincelle en tes yeux;
Et j'entends l'Amour par ta bouche
Parler le langage des Dieux.
À ton feu son flambeau s'enflamme;
Ton coeur brûlant est son foyer;
La flamme coule de ta plume;
Elle dévore le papier.
Comme Sapho tu sais écrire;
Mille auteurs vont te célébrer;
Et moi, malheureux, je soupire
De ne pouvoir que t'adorer.
(C.-S. Favart, «À Mlle St.-Léger, sous le nom de Minette», Almanach des Muses 1782 ou choix de poésies fugitives de 1781).
- (à propos des Lettres du chevalier de Melcourt) «Le roman que nous annonçons mérite quelque distinction et sera lu avec plaisir malgré des incorrections et des négligences de style, bien pardonnables sans doute au sexe et à l'âge de l'auteur. On y trouvera de la rapidité, de la chaleur et de l'énergie. Peut-être y désirerait-on un peu plus de cette douce sensibilité qui fait le principal charme des ouvrages de ce genre. [...] Cependant, l'ouvrage, comme nous l'avons déjà dit, n'est pas sans mérite, même du côté du style, qui le plus souvent a de la chaleur et de la précison. Il fait honneur également à l'âme et à l'esprit de Mlle ***, qui sent avec force et s'exprime presque toujours de même» (Journal encyclopédique, juil. 1781, t.V, p.265-267).
- (à propos d'Alexandrine) «Voici le second roman que Mlle de S***, très jeune encore, fait paraître dans l'espace d'une année. Tant d'ardeur, tant d'application au travail dans un âge et dans un sexe qui semblent voués à la dissipation mérite sans doute des éloges; mais si, pour écrire un roman qui doit offrir le tableau de la vie, l'histoire des passions humains, il faut une grande connaissance du coeur humain, moins puisée dans des lectures que dans ses observations et sa propre expérience [...] peut-être Mlle de S*** devrait-elle se presser moins, et donner un peu plus de maturité aux productions de sa plume. C'est un conseil que nous hasardons d'autant plus volontiers qu'on reconnaît dans ses ouvrages le germe du vrai talent. [...] Nous finirons par engager Mlle de S*** à châtier un peu son style, à éviter les termes impropres, mais surtout nous lui répéterons le conseil d'être plus claire dans ses expressions, plus simple enfin, plus naturelle: et alors elle obtiendra tous les suffrages des gens de goût, auxquels elle a certainement droit de prétendre» (Journal encyclopédique, nov. 1782, t.VII, p.458).
- (à propos des Deux Soeurs) «La petite pièce des Deux Soeurs avait attiré fort bonne compagnie aux Variétés Amusantes, et même beaucoup de femmes intéressées au triomphe de l'auteur. C'est une bagatelle morale, où il n'y a pas le mot pour rire; mais pleine d'honnêteté, de sensibilité, de naïveté. Le but est de corriger les mères aveugles qui, éblouies par quelques qualités brillantes d'un enfant, le préfèrent à un autre d'un mérite plus solide, mais plus concentré. Les Deux Soeurs ont été fort applaudies et assez bien jouées. À la fin, on a demandé l'auteur. Un acteur est venu annoncer qu'il ne pouvait répondre aux désirs du public, que c'était une demoiselle. Interrogé sur le nom du poète femelle, il a répondu qu'il s'appelait Mlle de Saint-Léger, connue déjà dans la littérature par divers ouvrages» (Bachaumont, Mémoires secrets, Londres, Adamson, 1783, t.23, p.2).
- «Je voudrais qu'une femme autrice ne peignît que la nature, qu'elle n'eût de moyens que ceux de l'esprit naturel, sans aucun appui de lecture. Cependant, il faut des exceptions: je permettrais la science à Mme Riccoboni, parce qu'elle sait en faire un charmant usage [...] mais je l'interdirais à Mlle Saint-Léger, parce que l'ignorance doit être adorable dans ses vives et sémillantes productions» (Rétif de La Bretonne, La Paysanne pervertie [1784], Paris/Genève, Slatkine Reprints, 1988, t.3, VIe partie, p.237).
- (à propos de Sophie et Derville) «L'action de cette comédie est d'une extrême simplicité; tout son intérêt est établi sur la candeur et sur l'ingénuité du caractère de Sophie. Les développements de cette ingénuité sont quelquefois un peu apprêtés, un peu longs, et un peu trop chargés d'esprit; mais on y remarque une connaissance assez étendue de quelques sentiments familiers au coeur humain, de la grâce, de la finesse et de la sensibilité. [...] On assure que cet ouvrage doit être resserré en un acte, avant d'être représenté pour la seconde fois; il ne peut qu'y gagner beaucoup. Il est de Mlle de Saint-Léger, jeune personne déjà connue par des productions estimables qui ont obtenu et mérité leurs succès» (Mercure de France, 19 janv. 1788, vol. janv.-fév. 1788, p.137-139).
- «Saint-Léger (Mlle de) est poète et auteur comique. Nous avons d'elle de petits et de grands vers, pleins de sentiment; entre autres, une longue épître à sa chère mère, qui respire d'un bout à l'autre l'amour le plus filial. Item, elle a donné aux Variétés les Deux Soeurs, comédie dont l'intrigue est forte et bien conçue. Il est vrai qu'elle est écrite en prose, mais en prose si harmonieuse qu'on la prendrait volontiers pour de la poésie véritable. Aussi M. Lemière (qui s'y entend) a-t-il adressé une épître à mademoiselle, dans laquelle il lui dit, "qu'en faisant la comédie des Deux soeurs, elle a prouvé net et clair qu'elle connaissait les neuf"» (Le Petit Almanach de nos grandes femmes, Londres, s. n., 1789, p.83-84).
- (à propos des Deux Soeurs) «Un but moral, un dialogue plein de naturel, de sentiment et de finesse, un contraste heureux de caractères, distinguent cette pièce qui fut très applaudie et obtint les suffrages de littérateurs distingués» (Louis-Henry Lecomte, Histoire des théâtres de Paris. Les Variétés amusantes (1778-1815), Paris, H. Darangon, 1908).

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