Anne-Elisabeth Schoenemann : Différence entre versions

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== Notice de [[Laure Hennequin-Lecomte]], 2014 ==
 
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Anne-Elisabeth Schoenemann naît en 1758 à Francfort. Par sa mère, [[Suzanne Élisabeth d’Orville]], elle appartient à une famille de réformés du Nord de la France. Par son père, Jean-Wolfgang Schoenemann, fondateur d'un établissement bancaire, elle fait partie du monde des négociants calvinistes. Une soirée de décembre 1774, sa beauté et son interprétation d’une sonate sont remarquées par Goethe. Avec l'aval de sa mère, veuve depuis 1763, Anne-Elisabeth revoit l’auteur de ''Werther''. Ils se déclarent leurs sentiments au printemps 1775 à la campagne. Elle est la souveraine d’une cour la célébrant par des fêtes champêtres et des jeux de société. Son aisance dans cette société brillante est un attrait et un repoussoir pour l’écrivain réformé. La différence de fortune, la question des religions expliquent la brièveté de leurs fiançailles : en 1775, elle se sépare quelques mois de Goethe et voyage en Suisse ; en octobre de la même année, elle réalise, tout comme lui, qu’ils ne sont pas faits l’un pour l’autre et la rupture a lieu d’un commun accord. En janvier 1778, elle se fiance avec Bernard-Frédéric de Turckheim qui avait fait son apprentissage, de décembre 1766 à juin 1770, dans la banque Schoenemann. Malgré la réprobation de la famille de celui-ci (aucun Turckheim n'assiste au mariage), elle l’épouse le 9 août 1778. Dès lors et jusqu’à sa mort, devenue baronne de Turckheim, elle séjourne essentiellement à Strasbourg 1, rue Brûlée. En 1779, Goethe la rencontre «avec un poupon de sept semaines», Madeleine-Elisabeth. En 1780, elle met au monde Jean-Frédéric, qui succèdera à son père dans la banque et comme maire de Strasbourg. En 1783, elle donne la vie à Jean-Charles qui dirigera la banque paternelle avec son frère aîné. En 1785, elle accouche de son fils préféré, Frédéric-Guillaume, aide de camp de Rapp, surnommé le «gendre précieux» par [[Amélie Louise de Berckheim|Amélie de Berckheim]] en raison de son rôle crucial dans les forges de Dietrich. En 1789, elle est mère pour la sixième et dernière fois : Henri sera militaire comme son frère Guillaume. En 1791, elle perd un de ses fils, François-Louis, né en 1788.  
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Anne-Elisabeth Schoenemann naît en 1758 à Francfort. Par sa mère, [[Suzanne Élisabeth d’Orville]], elle appartient à une famille de réformés du Nord de la France. Par son père, Jean-Wolfgang Schoenemann, fondateur d'un établissement bancaire, elle fait partie du monde des négociants calvinistes. Une soirée de décembre 1774, sa beauté et son interprétation d’une sonate sont remarquées par Goethe. Avec l'aval de sa mère, veuve depuis 1763, Anne-Elisabeth revoit l’auteur de ''Werther''. Ils se déclarent leurs sentiments au printemps 1775 à la campagne. Elle est la souveraine d’une cour la célébrant par des fêtes champêtres et des jeux de société. Son aisance dans cette société brillante est un attrait et un repoussoir pour l’écrivain réformé. La différence de fortune, la question des religions expliquent la brièveté de leurs fiançailles : en 1775, elle se sépare quelques mois de Goethe, qui voyage en Suisse ; en octobre de la même année, elle réalise, tout comme lui, qu’ils ne sont pas faits l’un pour l’autre et la rupture a lieu d’un commun accord. En janvier 1778, elle se fiance avec Bernard-Frédéric de Turckheim qui avait fait son apprentissage, de décembre 1766 à juin 1770, dans la banque Schoenemann. Malgré la réprobation de la famille de celui-ci (aucun Turckheim n'assiste au mariage), elle l’épouse le 9 août 1778. Dès lors et jusqu’à sa mort, devenue baronne de Turckheim, elle séjourne essentiellement à Strasbourg 1, rue Brûlée. En 1779, Goethe la rencontre «avec un poupon de sept semaines», Madeleine-Elisabeth. En 1780, elle met au monde Jean-Frédéric, qui succèdera à son père dans la banque et comme maire de Strasbourg. En 1783, elle donne la vie à Jean-Charles qui dirigera la banque paternelle avec son frère aîné. En 1785, elle accouche de son fils préféré, Frédéric-Guillaume, aide de camp de Rapp, surnommé le «gendre précieux» par [[Amélie Louise de Berckheim|Amélie de Berckheim]] en raison de son rôle crucial dans les forges de Dietrich. En 1789, elle est mère pour la sixième et dernière fois : Henri sera militaire comme son frère Guillaume. En 1791, elle perd un de ses fils, François-Louis, né en 1788.  
 
En 1792, la Révolution met sur le devant de la scène son époux, élu maire de Strasbourg. De 1794 à octobre 1795, elle émigre à Erlangen, en Moyenne Franconie. En 1800, son aisance lui permet d’acquérir deux résidences campagnardes : Krautergersheim et Truttenhausen et de 1801 à 1804, elle dirige la restauration et l'agrandissement de la première des deux propriétés, située dans la plaine d'Alsace. En 1802, elle prend les eaux à Baden, évitant les mondanités de la cour de Karlsruhe par souci d'économie. Elle se rend régulièrement en Forêt Noire à Griesbach, Wildbad et Schlangenbad pour sa santé. En 1809, elle doit s'installer à Karlsruhe en raison de la nomination de son époux comme Ministre des finances à la cour de Bade. Elle n'apprécie pas cette vie mondaine, regagnant avec bonheur au bout de quelques mois Krautergersheim, après la démission de son mari. De 1810 à 1817, elle se partage entre Strasbourg et Krautergersheim. Elle meurt, en 1817, à l’âge de 59 ans, et est inhumée dans la chapelle de la famille aux côtés d’Adrien Lezay-Marnésia, le préfet d’exception du Bas-Rhin et l’ami de la famille à Krautergersheim.<br/>
 
En 1792, la Révolution met sur le devant de la scène son époux, élu maire de Strasbourg. De 1794 à octobre 1795, elle émigre à Erlangen, en Moyenne Franconie. En 1800, son aisance lui permet d’acquérir deux résidences campagnardes : Krautergersheim et Truttenhausen et de 1801 à 1804, elle dirige la restauration et l'agrandissement de la première des deux propriétés, située dans la plaine d'Alsace. En 1802, elle prend les eaux à Baden, évitant les mondanités de la cour de Karlsruhe par souci d'économie. Elle se rend régulièrement en Forêt Noire à Griesbach, Wildbad et Schlangenbad pour sa santé. En 1809, elle doit s'installer à Karlsruhe en raison de la nomination de son époux comme Ministre des finances à la cour de Bade. Elle n'apprécie pas cette vie mondaine, regagnant avec bonheur au bout de quelques mois Krautergersheim, après la démission de son mari. De 1810 à 1817, elle se partage entre Strasbourg et Krautergersheim. Elle meurt, en 1817, à l’âge de 59 ans, et est inhumée dans la chapelle de la famille aux côtés d’Adrien Lezay-Marnésia, le préfet d’exception du Bas-Rhin et l’ami de la famille à Krautergersheim.<br/>
 
Anne-Elisabeth est passée à la postérité sous le surnom de «Lili» que lui donne Goethe dans ses poèmes, son autobiographie et sa correspondance. Elle demeure «Lili» pour deux de ses biographes, Ries et Keller, mais son époux n'emploie pas ce surnom. Sa mère l'appelle «Lisi». Elle même signe «Elisabeth», «Lise» ou «Elise» (jamais « Lili ») et ces multiples identités ne manquent pas d’intérêt. Sa correspondance conjugale évoque les travaux et les jours de sa famille, illustrant ce que Barthes appelle la « bonté réciproque » entre époux. Dans ses échanges épistolaires avec ses quatre fils, elle transmet une éthique caractérisée par le sens de l'honneur et du devoir. Elle les incite à illustrer le nom qu'ils portent, usant de l'émulation fraternelle. Elle leur propose comme exemple leur père, qui se dévoue pour le bien-être de sa progéniture. Sa société est recherchée dans un patriciat rhénan qui n'ignore pas ses liens avec Goethe. La plus jeune des demoiselles de Berckheim la qualifie d’ « excellente » et la considère à la fois comme une amie et un guide. Le [[cercle de Schoppenwihr]] l’honore en musique lors de sa fête pendant l’hiver 1797. Ses écrits familiers, connus depuis longtemps, commencent à peine à être étudiés en profondeur.
 
Anne-Elisabeth est passée à la postérité sous le surnom de «Lili» que lui donne Goethe dans ses poèmes, son autobiographie et sa correspondance. Elle demeure «Lili» pour deux de ses biographes, Ries et Keller, mais son époux n'emploie pas ce surnom. Sa mère l'appelle «Lisi». Elle même signe «Elisabeth», «Lise» ou «Elise» (jamais « Lili ») et ces multiples identités ne manquent pas d’intérêt. Sa correspondance conjugale évoque les travaux et les jours de sa famille, illustrant ce que Barthes appelle la « bonté réciproque » entre époux. Dans ses échanges épistolaires avec ses quatre fils, elle transmet une éthique caractérisée par le sens de l'honneur et du devoir. Elle les incite à illustrer le nom qu'ils portent, usant de l'émulation fraternelle. Elle leur propose comme exemple leur père, qui se dévoue pour le bien-être de sa progéniture. Sa société est recherchée dans un patriciat rhénan qui n'ignore pas ses liens avec Goethe. La plus jeune des demoiselles de Berckheim la qualifie d’ « excellente » et la considère à la fois comme une amie et un guide. Le [[cercle de Schoppenwihr]] l’honore en musique lors de sa fête pendant l’hiver 1797. Ses écrits familiers, connus depuis longtemps, commencent à peine à être étudiés en profondeur.
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==Oeuvres==
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* Lili Schoenemann, ''Baronne de Turckheim, Lettres inédites, journal intime et extraits des papiers de famille'', éd. Jules Keller, Berne, Peter Lang, 1987.
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==Principales sources==
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A.- Archives inédites
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* Bibliothèque Nationale Universitaire Strasbourg : Réserve MS. Turchkeim 203: lettres de Lili (Elisabeth) de Turckheim née Schönemann à son mari Bernard-Frédéric de Turckheim, 1770-1892, 7 liasses, 322 f°.
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* Bibliothèque Nationale Universitaire Strasbourg : Fonds Turckheim, Faire-part de la famille de Turckheim, Carton 50, f° 166: décès de Lili.
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B.- Sources éditées
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* Lili Schoenemann Baronne de Turckheim, ''Lettres inédites, journal intime et extraits des papiers de famille'', éd. Jules Keller,  Berne, Peter Lang, 1987.
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* 'Die Briefe der Elise von Türckheim, geb. Schönemann, Goethes Lili'', éd. John Ries, Francfort, Verlag Englert & Schlosser, 1924.
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==Choix bibliographique==
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* Hennequin-Lecomte Laure, ''Le patriciat strasbourgeois (1789-1830), Destins croisés et voix intimes, Strasbourg'', Presses Universitaires de Strasbourg, 2011.
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* Keller, Jules, « Vérité ou poésie ? Goethe et Lili Schönemann après la rupture de leurs fiançailles », dans ''Frontières-Mémoires, Hommage à Adrien Finck'', Strasbourg, Presses Universitaires de Strasbourg, 2001, p. 37-49.
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* Keller, Jules, ''Bernard-Frédéric de Turckheim (1752-1831). Episodes de la Révolution française et de l’Empire en Alsace vus à travers les écrits inédits du fonds de Turckheim'', Strasbourg, Editions Hirlé, 2007.
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* Le Roy de Sainte Croix, François Noel, « Madame de Turckheim », dans VII.- ''Les Dames d'Alsace et la Vertu. Encore les dames d'Alsace devant l'histoire, la légende, la religion, la patrie et l'art'', Strasbourg, Imprimerie Veuve Bader et Cie, et Mulhouse, Hagemann et Cie, 1880, p. 357-362.
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* Lichti, Lilly, « Lili Schoenemann et la Révolution », dans ''Association d’histoire et d’archéologie de Sarre-Union'', 1989, p. 52-61.
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==Choix iconographique==
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* 1779 : Joseph Melling, ''Lili à l’âge de 21 ans'', (pastel) collection particulière, autrefois conservé au château de Dachstein. Reproduit dans ''Goethe et Lili, Variante inédite du poème Zurchseefahrt, 1775'', Fonds de Turckheim, B.N.U.S., mars 2000, p. 7.
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* 1758-1817 ? : anonyme, ''Portrait avec son époux Bernard-Frédéric de Turckheim'' -- Reproduit dans John Ries, ''Die Briefe der Elise von Türckheim, geb. Schönemann, Goethes Lili'', Francfort, Verlag Englert & Schlosser, 1924, p. VII.
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* 1758-1817? : anonyme, ''portrait de groupe avec son époux Bernard-Frédéric et ses enfants'' -- Reproduit dans John Ries, ''Die Briefe der Elise von Türckheim, geb. Schönemann, Goethes Lili'', Francfort, Verlag Englert & Schlosser, 1924, p. XIII.
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==Jugements==
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* « Avec les forces fraîches, avec le jeune sang/D’un monde nouveau je me grise : /Pleins de grâce est la bonne nature/Qui me tient serré sur son sein./La vague berce notre barque/Qui tangue et obéit au battement des rames,/Et les monts vêtus de nuages/Au fil de notre course viennent à sa rencontre./Œil bien aimé, pourquoi t’abaisses-tu ?/Rêves dorés du bonheur, êtes-vous de retour ?/Songe, fuis loin de moi, serais-tu fait d’or pur ?/Amour et vie sont aussi bien d’ici./Sur les vagues scintillent/Mille étoiles flottantes/Les douces brumes boivent/Tout alentour les lointains qui s’amassent;/Le vent du petit jour embrasse de son aile/La baie envahie d’ombre,/Et dans le lac se mire,/En mûrissant, le fruit. Oberried, du haut des monts./Si je ne t’aimais pas, Lili chérie,/Que cette vue me ravirait !/Mais, très chère Lili, si je ne t’aimais pas,/Aurais-je du bonheur ? De quoi serait-il fait ? » (Goethe, ''Zurch Seefahrt'', Variante inédite du poème, 1775, ''En excursion sur le Lac de Zurich'', juin 1775, Fonds Turckheim, B.N.U.S., traduction de Claude Vigée, Paris, 16 février 2000).
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Version actuelle en date du 19 décembre 2014 à 14:06

Anne-Elisabeth Schoenemann
Dénomination(s) Anne-Elisabeth Schönemann, Lisi, Lili
Biographie
Date de naissance 1758
Date de décès 6 mai 1817
Notice(s) dans dictionnaire(s) ancien(s)


Notice de Laure Hennequin-Lecomte, 2014

Anne-Elisabeth Schoenemann naît en 1758 à Francfort. Par sa mère, Suzanne Élisabeth d’Orville, elle appartient à une famille de réformés du Nord de la France. Par son père, Jean-Wolfgang Schoenemann, fondateur d'un établissement bancaire, elle fait partie du monde des négociants calvinistes. Une soirée de décembre 1774, sa beauté et son interprétation d’une sonate sont remarquées par Goethe. Avec l'aval de sa mère, veuve depuis 1763, Anne-Elisabeth revoit l’auteur de Werther. Ils se déclarent leurs sentiments au printemps 1775 à la campagne. Elle est la souveraine d’une cour la célébrant par des fêtes champêtres et des jeux de société. Son aisance dans cette société brillante est un attrait et un repoussoir pour l’écrivain réformé. La différence de fortune, la question des religions expliquent la brièveté de leurs fiançailles : en 1775, elle se sépare quelques mois de Goethe, qui voyage en Suisse ; en octobre de la même année, elle réalise, tout comme lui, qu’ils ne sont pas faits l’un pour l’autre et la rupture a lieu d’un commun accord. En janvier 1778, elle se fiance avec Bernard-Frédéric de Turckheim qui avait fait son apprentissage, de décembre 1766 à juin 1770, dans la banque Schoenemann. Malgré la réprobation de la famille de celui-ci (aucun Turckheim n'assiste au mariage), elle l’épouse le 9 août 1778. Dès lors et jusqu’à sa mort, devenue baronne de Turckheim, elle séjourne essentiellement à Strasbourg 1, rue Brûlée. En 1779, Goethe la rencontre «avec un poupon de sept semaines», Madeleine-Elisabeth. En 1780, elle met au monde Jean-Frédéric, qui succèdera à son père dans la banque et comme maire de Strasbourg. En 1783, elle donne la vie à Jean-Charles qui dirigera la banque paternelle avec son frère aîné. En 1785, elle accouche de son fils préféré, Frédéric-Guillaume, aide de camp de Rapp, surnommé le «gendre précieux» par Amélie de Berckheim en raison de son rôle crucial dans les forges de Dietrich. En 1789, elle est mère pour la sixième et dernière fois : Henri sera militaire comme son frère Guillaume. En 1791, elle perd un de ses fils, François-Louis, né en 1788. En 1792, la Révolution met sur le devant de la scène son époux, élu maire de Strasbourg. De 1794 à octobre 1795, elle émigre à Erlangen, en Moyenne Franconie. En 1800, son aisance lui permet d’acquérir deux résidences campagnardes : Krautergersheim et Truttenhausen et de 1801 à 1804, elle dirige la restauration et l'agrandissement de la première des deux propriétés, située dans la plaine d'Alsace. En 1802, elle prend les eaux à Baden, évitant les mondanités de la cour de Karlsruhe par souci d'économie. Elle se rend régulièrement en Forêt Noire à Griesbach, Wildbad et Schlangenbad pour sa santé. En 1809, elle doit s'installer à Karlsruhe en raison de la nomination de son époux comme Ministre des finances à la cour de Bade. Elle n'apprécie pas cette vie mondaine, regagnant avec bonheur au bout de quelques mois Krautergersheim, après la démission de son mari. De 1810 à 1817, elle se partage entre Strasbourg et Krautergersheim. Elle meurt, en 1817, à l’âge de 59 ans, et est inhumée dans la chapelle de la famille aux côtés d’Adrien Lezay-Marnésia, le préfet d’exception du Bas-Rhin et l’ami de la famille à Krautergersheim.
Anne-Elisabeth est passée à la postérité sous le surnom de «Lili» que lui donne Goethe dans ses poèmes, son autobiographie et sa correspondance. Elle demeure «Lili» pour deux de ses biographes, Ries et Keller, mais son époux n'emploie pas ce surnom. Sa mère l'appelle «Lisi». Elle même signe «Elisabeth», «Lise» ou «Elise» (jamais « Lili ») et ces multiples identités ne manquent pas d’intérêt. Sa correspondance conjugale évoque les travaux et les jours de sa famille, illustrant ce que Barthes appelle la « bonté réciproque » entre époux. Dans ses échanges épistolaires avec ses quatre fils, elle transmet une éthique caractérisée par le sens de l'honneur et du devoir. Elle les incite à illustrer le nom qu'ils portent, usant de l'émulation fraternelle. Elle leur propose comme exemple leur père, qui se dévoue pour le bien-être de sa progéniture. Sa société est recherchée dans un patriciat rhénan qui n'ignore pas ses liens avec Goethe. La plus jeune des demoiselles de Berckheim la qualifie d’ « excellente » et la considère à la fois comme une amie et un guide. Le cercle de Schoppenwihr l’honore en musique lors de sa fête pendant l’hiver 1797. Ses écrits familiers, connus depuis longtemps, commencent à peine à être étudiés en profondeur.

Oeuvres

  • Lili Schoenemann, Baronne de Turckheim, Lettres inédites, journal intime et extraits des papiers de famille, éd. Jules Keller, Berne, Peter Lang, 1987.

Principales sources

A.- Archives inédites

  • Bibliothèque Nationale Universitaire Strasbourg : Réserve MS. Turchkeim 203: lettres de Lili (Elisabeth) de Turckheim née Schönemann à son mari Bernard-Frédéric de Turckheim, 1770-1892, 7 liasses, 322 f°.
  • Bibliothèque Nationale Universitaire Strasbourg : Fonds Turckheim, Faire-part de la famille de Turckheim, Carton 50, f° 166: décès de Lili.

B.- Sources éditées

  • Lili Schoenemann Baronne de Turckheim, Lettres inédites, journal intime et extraits des papiers de famille, éd. Jules Keller, Berne, Peter Lang, 1987.
  • 'Die Briefe der Elise von Türckheim, geb. Schönemann, Goethes Lili, éd. John Ries, Francfort, Verlag Englert & Schlosser, 1924.

Choix bibliographique

  • Hennequin-Lecomte Laure, Le patriciat strasbourgeois (1789-1830), Destins croisés et voix intimes, Strasbourg, Presses Universitaires de Strasbourg, 2011.
  • Keller, Jules, « Vérité ou poésie ? Goethe et Lili Schönemann après la rupture de leurs fiançailles », dans Frontières-Mémoires, Hommage à Adrien Finck, Strasbourg, Presses Universitaires de Strasbourg, 2001, p. 37-49.
  • Keller, Jules, Bernard-Frédéric de Turckheim (1752-1831). Episodes de la Révolution française et de l’Empire en Alsace vus à travers les écrits inédits du fonds de Turckheim, Strasbourg, Editions Hirlé, 2007.
  • Le Roy de Sainte Croix, François Noel, « Madame de Turckheim », dans VII.- Les Dames d'Alsace et la Vertu. Encore les dames d'Alsace devant l'histoire, la légende, la religion, la patrie et l'art, Strasbourg, Imprimerie Veuve Bader et Cie, et Mulhouse, Hagemann et Cie, 1880, p. 357-362.
  • Lichti, Lilly, « Lili Schoenemann et la Révolution », dans Association d’histoire et d’archéologie de Sarre-Union, 1989, p. 52-61.

Choix iconographique

  • 1779 : Joseph Melling, Lili à l’âge de 21 ans, (pastel) collection particulière, autrefois conservé au château de Dachstein. Reproduit dans Goethe et Lili, Variante inédite du poème Zurchseefahrt, 1775, Fonds de Turckheim, B.N.U.S., mars 2000, p. 7.
  • 1758-1817 ? : anonyme, Portrait avec son époux Bernard-Frédéric de Turckheim -- Reproduit dans John Ries, Die Briefe der Elise von Türckheim, geb. Schönemann, Goethes Lili, Francfort, Verlag Englert & Schlosser, 1924, p. VII.
  • 1758-1817? : anonyme, portrait de groupe avec son époux Bernard-Frédéric et ses enfants -- Reproduit dans John Ries, Die Briefe der Elise von Türckheim, geb. Schönemann, Goethes Lili, Francfort, Verlag Englert & Schlosser, 1924, p. XIII.

Jugements

  • « Avec les forces fraîches, avec le jeune sang/D’un monde nouveau je me grise : /Pleins de grâce est la bonne nature/Qui me tient serré sur son sein./La vague berce notre barque/Qui tangue et obéit au battement des rames,/Et les monts vêtus de nuages/Au fil de notre course viennent à sa rencontre./Œil bien aimé, pourquoi t’abaisses-tu ?/Rêves dorés du bonheur, êtes-vous de retour ?/Songe, fuis loin de moi, serais-tu fait d’or pur ?/Amour et vie sont aussi bien d’ici./Sur les vagues scintillent/Mille étoiles flottantes/Les douces brumes boivent/Tout alentour les lointains qui s’amassent;/Le vent du petit jour embrasse de son aile/La baie envahie d’ombre,/Et dans le lac se mire,/En mûrissant, le fruit. Oberried, du haut des monts./Si je ne t’aimais pas, Lili chérie,/Que cette vue me ravirait !/Mais, très chère Lili, si je ne t’aimais pas,/Aurais-je du bonheur ? De quoi serait-il fait ? » (Goethe, Zurch Seefahrt, Variante inédite du poème, 1775, En excursion sur le Lac de Zurich, juin 1775, Fonds Turckheim, B.N.U.S., traduction de Claude Vigée, Paris, 16 février 2000).
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